Course de taureaux

"Ecoeurant... inhumain... cruel envers le taureau... cruel envers les chevaux... mauvais pour les spectateurs...", telles sont les accusations portées le plus fréquemment contre le sport national de l'Espagne : les courses de taureaux. Cependant, ce divertissement vieux de plusieurs siècles survit à toutes les critiques et à tous les obstacles.

Pour ses adeptes (appelés aficionados), la corrida de toros est bien plus qu'un sport : c'est un déploiement de maîtrise, d'adresse et de bravoure, une allégorie de la vie et de la mort, une "tragédie en trois actes" comparable aux plus grands drames. Ernest Hemingway a ressenti profondément "l'intensité émotionnelle et spirituelle que peuvent produire un homme, un animal et un morceau de serge écarlate drapé sur un bâton". Toutefois, même en se limitant aux arguments de la cruauté envers les animaux, la course de taureaux est difficilement défendable.

Course de taureaux camarguaise

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Sommaire
  1. Vocabulaire des courses de taureaux
  2. Un peu d'histoire
  3. Avant le combat
    1. Plusieurs années de préparation
    2. Un taureau ne prend part qu'à un seul combat
    3. Tout ce décide à deux ans
  4. Le jour du combat
    1. L'arène : dimension presque identique quelque soit le pays
    2. Une palissade entoure l'arène
    3. Le paséo
    4. Première partie du combat
    5. Deuxième partie du combat
  5. La "minute de vérité" : troisième partie du combat

Les attaques les plus virulentes viennent de touristes qui n'ont peut-être assisté qu'à un seul combat. Et pourtant, il est curieux de constater combien les étrangers sont attirés par la corrida. En dépit de la répulsion qu'éprouvent quelques personnes, rares sont celles qui restent insensibles à la fascination des courses de taureaux. Le spectacle — soleil, couleur, noblesse des attitudes, cérémonial, sans parler de l'ambiance du public — est en lui-même une attraction. Seuls le sang et la mort, disent certains commentaires, viennent "déparer" ce qui serait autrement un magnifique divertissement. En fait, dans certains pays autres que l'Espagne, tels que la France, le Portugal, quelques régions du centre et du sud de l'Amérique, la corrida ne se termine pas par la "mise à mort". C'est peut-être là un heureux compromis. Mais le véritable aficionado ne serait pas satisfait. Pour lui, la mort du taureau est le seul dénouement possible.

Vocabulaire des courses de taureaux

Un peu d'histoire

Les courses de taureaux ont une histoire plus longue que celle de la plupart des sports pratiqués encore aujourd'hui. Des fouilles à Knossos, en Crète, ont mis à jour des dessins représentant un homme saisissant par les cornes un taureau qui charge, et sautant par-dessus. Avant Jésus-Christ, les Romains avaient rapporté d'Andalousie des récits de courses de taureaux. Jules César est probablement le premier à avoir présenté ce sport à Rome, avec des hommes et des taureaux venant du pays que nous appelons aujourd'hui l'Espagne. Ainsi la corrida est depuis plus de 2 000 ans le sport national des Espagnols. Ils en ont gardé le privilège avec leurs voisins les Portugais et les pays de leur ancien empire. L'on cite pourtant une course de taureaux organisée à Rome par le pape espagnol Alexandre VI pour célébrer la découverte du Nouveau Monde.

Avant le combat

Plusieurs années de préparation

Une course de taureaux est bien autre chose que le simple fait de lâcher un animal dans l'arène, puis d'y envoyer des hommes pour l'affronter et le tuer. Les préparatifs d'un seul combat durent, en réalité, plusieurs années.

Un taureau ne prend part qu'à un seul combat

Un taureau ne "travaille" qu'une fois car, en admettant même qu'il survive à sa première corrida, il en a déjà trop appris pour qu'un nouveau combat soit possible. (En fait, la loi exige que tout animal qui n'a pas été tué dans l'arène, le soit aussitôt après). Par conséquent, les quatre ou cinq années de la vie d'un taureau n'ont d'autre but qu'un seul et court engagement. Et l'on doit même remonter plus loin car le processus d'élevage et de sélection est extrêmement rigoureux. Un animal dans l'arène a derrière lui une longue ascendance.

Tout ce décide à deux ans

À deux ans, les jeunes taureaux passent les premiers tests de combativité. Ceux qui ne sont pas aptes vont à la boucherie, les autres retournent momentanément aux champs. Les meilleurs d'entre eux seront gardés pour la reproduction. C'est aussi dans ce but que les femelles sont retenues ou non.

Ces épreuves préliminaires offrent également aux toreros amateurs ou inexpérimentés la possibilité de s'entraîner avant d'affronter les dangers de l'arène.

Le jour du combat

L'arène : dimension presque identique quelque soit le pays

La dimension des plazas de toros varie beaucoup. Les deux plus grandes d'Espagne, situées à Madrid et à Barcelone, peuvent recevoir chacune 28 000 spectateurs ; celles des petites villes n'en contiennent parfois que 1 500. Celle de Mexico, inaugurée en 1945, compte 47000 places. Mais, quelle que soit la dimension totale de l'ensemble avec les gradins, celle de l'arène est pratiquement semblable, afin que les toreros n'aient pas de difficulté d adaptation.

Une palissade entoure l'arène

L'arène est recouverte de sable et entourée d'une palissade haute de 1,50 m environ, suffisante pour protéger la foule du taureau, mais assez basse pour être franchie par un homme en cas de nécessité, ce qui arrive fréquemment, surtout au début de la corrida.

Le paséo

Le président est celui qui dirige le déroulement de la manifestation. Ses ordres sont retransmis par deux hommes à cheval, les alguazils, qui ouvrent la cérémonie en traversant l'arène. Ils sont suivis par le cortège des matadors de la journée, accompagnés de leur cuadrilla, équipe personnelle, composée de peones, de banderilleros et de picadors à cheval : c'est le paséo.

La corrida (c'est-à-dire le combat tout entier) se divise en trois parties, les tercios.

Première partie du combat

Le premier tercio commence lorsque le président donne l'ordre d'amener le premier taureau. L'animal, enfermé depuis quatre heures dans l'obscurité du toril, débouche dans l'arène ensoleillée, face aux toreros, au milieu des cris de la foule.

Les peones ouvrent le combat en agitant leur cape l'un après l'autre pour attirer le taureau et donner au matador la possibilité d'étudier le comportement de l'animal.

Dix secondes plus tard, une trompette retentit ; le matador s'avance dans son "habit de lumière" et commence à faire à son tour des passes avec sa vaste cape. La véronique est l'une des plus spectaculaires : le torero reste sur place, presque immobile, dirigeant le taureau qui le charge, de gauche à droite ou inversement, par les seuls mouvements de sa cape déployée.

C'est alors au tour des picadors d'entrer en action ; ils sont armés de longues piques et montés sur des chevaux caparaçonnés. Le taureau fonce sur les chevaux et les picadors l'arrêtent dans son élan en lui enfonçant leur arme dans l'échine. C'est la partie de la corrida qui cause le plus de répulsion. L'on éprouve d'abord une pitié compréhensible pour les chevaux, bien que, depuis 1930, il soit obligatoire de les protéger par une armure matelassée. En outre, comme le picador a pour mission d'affaiblir le taureau tout en l'excitant, il lui fait, avec sa pique, des blessures sanglantes qui impressionnent le public. Le picador est le personnage le plus impopulaire de la corrida et se fait souvent huer par la foule. Pourtant, il court des risques certains et peut même être jeté à bas de son cheval par la charge du taureau. Aussi les toreros (et, parmi eux, le matador) doivent-ils toujours se trouver à proximité, de manière à pouvoir détourner à tout moment l'attention de la bête avec leurs passes de cape.

Deuxième partie du combat

Puis la trompette retentit à nouveau et les picadors se retirent. C'est maintenant le tercio des banderilleros, hommes à pied qui doivent approcher le taureau de tout près, esquivant sa charge furieuse pour lui poser sur le cou les banderilles (flèches aiguës ornées de papier de couleurs vives). Le matador, en principe, ne pose pas lui-même les banderilles mais il se réserve de le faire s'il veut prendre un risque supplémentaire. (C'est le cas de maîtres de l'art comme Manolete ou encore Dominguin).

Tous ces préliminaires ont pour but à la fois de fatiguer le taureau, de l'exciter et de l'obliger à baisser la tête. L'animal gratte le sol et mugit sourdement ; il est prêt pour le combat final.

La "minute de vérité" : troisième partie du combat

La trompette retentit encore une fois, marquant la fin du second tercio et le début du dernier acte, le tercio de suerte.

Les banderilleros s'éloignent et l'arène se vide. Le matador, qui s'est retiré un instant, fait son entrée droit, altier, paré pour la lutte à mort ; il salue le président et, d'un geste, dédie le taureau à une personnalité marquante de l'assistance. C'est maintenant l'instant décisif, la "minute de vérité". Le matador tient à la main droite l'épée dont il se servira seulement au moment de la mise à mort, et de l'autre la muleta, tissu écarlate drapé sur un bâton. Il déploie maintenant toute son adresse, toute sa maîtrise, effectuant des passes selon des figures tauromachiques bien précises. Il prend des risques spectaculaires, se laissant frôler par le taureau dans sa charge furieuse. Chaque passe est accompagnée des "ole" de la foule qui crie son enthousiasme ou sa réprobation.

Enfin, lorsqu'il juge la bête complètement en son pouvoir, c'est l'instant crucial de la "mise à mort". L'homme et le taureau sont seuls face à face. Le matador tend son épée, calcule soigneusement son coup et, après une dernière passe qui fait baisser la tête au taureau, porte l'estocade, lui plantant l'épée dans le cou en un point très précis. Si le torero est particulièrement adroit, un seul coup suffit et la bête tombe comme foudroyée. La foule en délire se lève pour acclamer son héros, et le matador, porté en triomphe, vient recevoir des mains du jury, selon la maîtrise déployée, l'oreille, ou les deux oreilles et parfois la queue, récompense suprême.