Exposition universelle de 1851

L'Exposition universelle de 1851, à Londres, surpassa toutes celles qui avaient eu lieu auparavant dans différents pays et servit de modèle aux suivantes. Le Crystal Palace de Joseph Paxton - l'une des merveilles architecturales de l'époque - abrita 112 000 produits environ, provenant du monde entier, et reçut plus de six millions de visiteurs, dont beaucoup d'étrangers. Cet événement extraordinaire marqua profondément toute l'époque.

L'Exposition universelle des produits des Arts et des Industries ouvrit très solennellement ses portes le1er mai, dans un grand enthousiasme populaire. Seulement deux ans auparavant, le prince Albert avait réuni une petite commission pour discuter de son projet d'exposition internationale, destiné à consacrer la paix, la prospérité et le progrès. La commission, puis les principaux industriels anglais, les représentants des colonies et les grandes nations industrielles, y furent très favorables. Il n'y eut pas moins de 254 projets de construction chiffrés, et ce fut le prince Albert lui-même qui retint celui de Joseph Paxton. Le gouvernement autorisa ensuite l'édification du palais des Expositions dans Hyde Park.

Rétracter -

Sommaire
  1. Le Crystal Palace
  2. L'inauguration
  3. Le « mariage de l'Art et de l'Industrie »
  4. Une politique des prix « démocratique »

Le Crystal Palace

Le prince Albert avait choisi un gagnant : Joseph Paxton était un personnage d'un genre nouveau, typique de son époque, tout comme son projet d'ailleurs, et ce n'est pas un hasard si c'est celui de cet homme, « fils d'un simple jardinier » comme le dit la reine Victoria elle-même, qui fut retenu et non celui d'un architecte professionnel. Paxton était alors jardinier en chef du duc du Devonshire, à Chatsworth, et avait déjà réalisé d'étonnantes serres. Le Crystal Palace ne fut en fait qu'une immense serre, de verre et de fer, une version grandiose de celles qu'il avait édifiées à Chatsworth. Sa superficie était de 8 hectares environ, et la hauteur des voûtes, 32 mètres, permit d'y loger les ormes les plus hauts d'Hyde Park.

Une fois le projet retenu, le Crystal Palace fut édifié en extrêmement peu de temps, même si l'on considère nos critères modernes. Il fut achevé en cinq mois seulement grâce aux nouvelles techniques de fabrication en série et de préfabrication. Tous les éléments étaient interchangeables : les poutres, les gouttières, les fenêtres étaient toutes identiques. Le verre, dont on venait d'alléger la taxation, étincelait de tous ses feux dans son décor di verdure : l'édifice, quoique fonctionnel, dégageait une sorte de magie. Le journal anglais Punch écrivit, non sans ironie : « On serait étonné si les enfants de la génération suivante n'étaient pas élevés comme des concombres dans une, serre. » Cependant, à mesure que le jour de l'inauguration approchait, des objections, tant nouvelles qu'anciennes, s'élevèrent. Beaucoup de personnalités et de politiciens influents, comme le duc de Wellington et Disraeli, n'étaient pas favorables à ce projet ou ne le soutenaient que parce qu'ils pensaient qu'il détournerait l'attention du peuple des difficultés du gouvernement. D'autres y étaient franchement hostiles.

Certains dirent même que l'Exposition attirerait la colère de Dieu sur ses auteurs, et également tous les malfaiteurs et éléments subversifs de Grande-Bretagne et d'Europe. Selon eux également, les personnalités étrangères, pour ne pas parler de la famille royale elle-même, risqueraient leur vie en assistant à l'inauguration car des bagarres ou même une révolution ne manqueraient pas de se produire. Des objections furent aussi avancées sur le plan technique : on dit que le toit de l'édifice n'était pas étanche et que les déjections des 50 millions de moineaux de Londres noieraient tous ceux qui se trouveraient dessous ; on allégua également que les acclamations et la musique qui salueraient l'entrée de la Reine feraient voler les verrières en éclat, causant ainsi la mort de tous les dignitaires présents. Malgré toutes ces rumeurs alarmistes, le jour de l'inauguration approchait, et la Reine ne pouvait d'ailleurs rien refuser à un époux qu'elle adorait.

Le Crystal Palace

L'inauguration

La reine Victoria s'acquitta en fait avec grand plaisir de ses fonctions officielles. Elle admira très sincèrement tout ce qu'elle vit et l'on peut dire que ses goûts furent très proches de ceux de ses contemporains. Voici comment elle décrivit la cérémonie d'ouverture :

Le spectacle offert par le Parc était merveilleux - la foule, les voitures et les troupes s'y pressaient, comme lors du Couronnement, et j'éprouvais la même anxiété . Une foule dense, joyeuse et enthousiaste était rassemblée dans Green Park et Hyde Park (...). Le soleil dardait ses rayons sur le gigantesque édifice et les drapeaux des différentes nations flottaient fièrement. Nous remontâmes Rotten Row et descendîmes de nos voitures devant l'entrée du Palace située de ce côté. La perspective que l'on avait en entrant dans le transept, les feuilles de palmier, les fleurs, les myriades de gens dans les galeries et sur les sièges, la résonance des trompettes lorsque nous entrâmes (...) firent que j'éprouvais une émotion que je n'oublierai jamais. La vue qui s'offrit à nous lorsque nous arrivâmes au centre de l'édifice, devant l'estrade et le trône qui faisaient face à la magnifique fontaine en cristal, était impressionnante et magique à la fois. Tout m'émut profondément, les acclamations de l'assistance, la joie qu'on lisait sur tous les visages, l'immensité de l'édifice, la musique de l'orgue, accompagnée par 200 instruments et 600 choristes, la présence de mon cher époux... Ce fut pour moi une journée inoubliable.

Un curieux incident survint juste après la courte prière de l'archevêque de Canterbury et l'alléluia chanté par le choeur. Un Chinois en costume national s'avança lentement au milieu de l'allée centrale et s'inclina devant la Reine. Victoria fut très impressionnée et, croyant que son admirateur était un éminent mandarin - il n'y avait en effet pas d'autres représentants de la Chine à l'Exposition - lui fit savoir qu'elle l'invitait à se joindre au cortège diplomatique, ce qu'il fit avec une très grande dignité. On ne revit cependant plus ce Chinois splendidement vêtu et le bruit courut que c'était un imposteur. Le mystère ne fut jamais éclairci. La Reine ne fut pas la seule à être impressionnée par cette cérémonie. Un journaliste du Times, bien que moins lyrique, se fit si bien l'interprète de ses propres sentiments qu'elle conserva précieusement son article :

Le spectacle qui s'offrit à nous fut véritablement exceptionnel et ne se reproduira jamais, bar la force des choses (...). Dans un édifice qui aurait facilement pu en contenir le double, vingt-cinq mille personnes environ étaient assemblées autour du trône de notre souveraine. Autour d'elles, au milieu d'elles et au-dessus de leurs têtes était exposé tout ce que la Nature ou l'Art offre aujourd'hui de beau ou d'utile. Une voûte scintillante, beaucoup plus élevée et spacieuse que celle de nos plus nobles cathédrales, les surplombait. De quelque côté qu'on se tournât, la vue semblait s'étendre à l'infini . Certains considérèrent cette cérémonie comme un second couronnement, plus glorieux encore, de leur souveraine ; d'autres y virent une consécration des Arts et de leurs infinies possibilités, d'autres encore une évocation du jour où tous les âges et toutes les nations se rassembleront autour du trône de leur Créateur.

La reine Victoria

Le « mariage de l'Art et de l'Industrie »

Le jour de l'inauguration, beaucoup de stands étrangers ne furent pas ouverts ; les stands russes ne furent d'ailleurs pas installés avant la fin du mois de mai, les ports de la Baltique étant restés tard pris dans les glaces. Ces détails passèrent inaperçus tant la richesse de l'Exposition était grande : une journée, et même une dizaine de jours, n'aurait pas suffi à faire le tour de tous les stands. Bien qu'en position de force, les industriels britanniques ne demandèrent aucune faveur particulière. La suprématie de la Grande-Bretagne et de ses colonies était cependant manifeste, puisqu'elles occupaient à elles toutes la moitié de l'espace disponible, le reste étant partagé entre les autres exposants étrangers, Français et Allemands pour la grande majorité. Un jeune fonctionnaire et savant, Lyon Playfair, avait été chargé de classer les exposants par catégorie, ce qui ne fut pas facile. Il en détermina quatre : les Matières premières (allant du plus gros bloc de charbon jamais extrait à une poignée de plumes de paon), les Machines, l'Artisanat et les Beaux-Arts ; une cinquième catégorie rassemblait les objets les plus bizarres présentés.

Les promoteurs de l'Exposition étaient tout particulièrement intéressés par les machines automatiques et par les progrès technologiques qu'elles laissaient prévoir et ce fut bien naturellement le hall des Machines qui attira le plus de visiteurs : de nombreux fermiers en habit de travail s'extasiaient devant les moissonneuses venues d'Amérique tandis que les ouvriers et les mécaniciens du nord de l'Angleterre et de la région de Birmingham se pressaient autour du métier Jacquard. La Reine, lors d'une de ses fréquentes visites, avait été très impressionnée par une machine capable de fabriquer 50 millions de médailles par semaine et par le télégraphe électrique qui lui permettrait désormais d'envoyer des messages à ses loyaux sujets d'Ecosse. L'Exposition, si elle accorda, comme cela était compréhensible, une grande place à la mécanique et à tout ce qu'il y avait de plus moderne, réussit cependant à réunir sous un même toit l'Artisanat, l'Industrie et les Beaux-Arts, comme c'était le souhait du prince Albert. Ainsi, les faïences de Sèvres, les dentelles d'Espagne étaient très largement représentées, ainsi que les travaux d'aiguille, bien que dans une moindre mesure. Les machines et outils des coutelleries de Sheffield remportèrent un grand succès auprès des visiteurs étrangers (ces stands étaient parmi les plus importants de l'Exposition), alors que les visiteurs britanniques s'intéressaient de très près, semble-t-il, aux serrures de sûreté, aux clés passe-par- tout et aux coffres forts incombustibles.

Dans cette Exposition, toutes les classes sociales, et en particulier cette nouvelle « middle class » qui fit fortune sous Victoria et dont les représentants étaient venus nombreux, pouvaient trouver de quoi les passionner. Il y avait ainsi un stand d'exposition de meubles, aux formes opulentes, qui résumaient en quelque sorte le style « kitsch » victorien et qui attiraient une clientèle intéressée par le mariage des techniques nouvelles et de l'art de l'ornementation. Certains visiteurs ont dû, malgré tout, être scandalisés d'y voir un énorme buffet Tudor entièrement en caoutchouc ! L'Exposition était bien souvent aussi distrayante qu'instructive et différents objets aussi drôles et saugrenus qu'ingénieux. Il y avait ainsi une paire de manchettes entièrement filées et tricotées à la main, en laine de caniche français, et un très curieux « pantalon anaxyridien », selon les termes de l'Officiai Catalogue, qui ne nécessitait ni bretelles ni sous-pieds. Les Britanniques tombèrent, quant à eux, en admiration devant un « lanceur de balles de cricket » automatique, pouvant pallier l'absence d'un lanceur de premier ordre.

Le succès de l'Exposition fut en grande partie dû à la grande diversité des objets exposés. Certains même étaient de nature provocante. Dans la catégorie des Beaux-Arts, par exemple, la statue d'Hiram Power, l'Esclave grecque, attira beaucoup de monde. Les nus féminins avaient en effet été tolérés à la condition que figure une légende morale telle que « jeune esclave grecque, d'une grande beauté, exposée nue pour être vendue à quelque riche barbare oriental : on notera la tristesse et le désespoir du visage, son expression de honte et de dégoût ». Les amateurs de machines industrielles, d'armures médiévales et même d'ornements ecclésiastiques ne furent pas déçus. En dehors de cette masse d'objets exposés et de l'atmosphère de fête qui régnait constamment, le Crystal Palace en lui-même valait bien la peine d'être vu. La fontaine de cristal, au centre, scintillait de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel et en était le principal pôle d'attraction.

L'Exposition universelle fut une véritable fête pour le peuple. Le Times s'était émerveillé des 2 5 000 personnes présentes le jour de l'ouverture, mais le Crystal Palace se révéla capable d'en accueillir deux fois plus en même temps, sans que la foule parût trop dense. Pendant les cent quarante et un jours que dura l'exposition (bien qu'elle fût fermée le dimanche, des partisans du respect du jour du Seigneur avaient été scandalisés qu'on ait pu photographier certains stands ce jour-là), il y eut toujours grande affluence. La fréquentation quotidienne s'éleva à 43 000 personnes, en moyenne, le 7 octobre ayant connu alors une affluence record de 109 915 personnes.

Statue d'Hiram Power

Une politique des prix « démocratique »

Les organisateurs établirent un tarif véritablement démocratique pour les prix d'entrée. Les tickets permanents, assez chers au départ, s'élevaient à trois guinées pour les hommes et à deux pour les femmes, mais devaient baisser dès le 31 juillet. A la fin de mai, l'entrée était ramenée à un shilling du lundi au jeudi, à une demi-couronne le vendredi et à cinq shillings le samedi. Ces prix permettaient aux classes sociales les plus démunies de visiter elles aussi l'exposition, comme le souhaitaient les organisateurs, désireux de célébrer en même temps les « abeilles ouvrières » et les capitaines de l'industrie. Des tarifs de train préférentiels (pour lesquels Thomas Cook, en particulier, avait œuvré) permirent également de faire de l'Exposition un véritable évènement national et même international. En dépit des préventions et des craintes des plus pessimistes, les différentes classes sociales se mêlèrent sans problème. Les visiteurs circulaient calmement dans l'ordre, et l'on n'eut aucun incident sérieux à déplorer (seules quelques pièces de faïence furent cassées le 7 octobre). Cela s'explique par la fonctionnalité du projet de Paxton, la qualité intrinsèque de l'Exposition et le bon sens des organisateurs, qui avaient interdit le tabac et la vente d'alcool. Les femmes purent visiter l'Exposition sans que leur réputation en souffrît, ce qui était assez remarquable à l'époque victorienne.

La satisfaction semblait générale, à l'exception de tout ce qui concernait la boisson et la restauration. Les recettes des restaurateurs furent mauvaises bien qu'il ait été vendu un million de bouteilles de boissons non alcoolisées, près de deux millions de beignets et de petits pains ainsi que beaucoup d'autres aliments divers. Tout y était très cher et de qualité médiocre. De plus, le personnel était composé de jeunes femmes à l'apparence négligée. Le journal Morning Chronicle reçut dans son courrier la lettre suivante :

De grâce, faites quelque chose pour les visiteurs affamés de l'Exposition ; dites aux jeunes femmes qui servent aux comptoirs que l'usage du savon les rendrait plus agréables à regarder. Il est certain qu'elles n'ont guère eu le temps de se laver depuis le1er mai ; cependant, si les patrons étaient soucieux de leur clientèle, ils gagneraient à engager des serveuses supplémentaires et mieux soignées de leur personne.

En dehors de ce problème mineur, l'Exposition connut un retentissant succès sur le plan commercial et social. Bien que l'un des premiers et plus fanatiques adversaires du projet, le colonel Sibthorp, continuât de s'élever contre ce « palais insensé » qui, selon lui, aurait attiré toute la racaille d'Europe et dépouillé les plus pauvres d'un salaire durement gagné, la plupart des autres furent réduits au silence et beaucoup d'entre eux ne ménagèrent pas leurs louanges. De nombreux organismes publics, britanniques et étrangers, félicitèrent les organisateurs : la Ville de Paris leur offrit une grande fête et Victoria et Albert furent reçus triomphalement dans un grand nombre de villes du nord de l'Angleterre. Les bénéfices étonnants de l'Exposition revinrent à la nation et servirent à construire un musée permanent à Londres - le Victoria and Albert Muséum -, à accorder des bourses de recherche et d'études et à récompenser, royalement si l'on peut dire, les différentes personnes qui contribuèrent à ce succès, et Joseph Paxton en tout premier lieu.

L'Exposition fut également une excellente opération publicitaire pour l'ensemble de l'industrie britannique, alors la plus florissante, et favorisa indirectement la naissance d'une nouvelle industrie, le tourisme, par le fait que les autres curiosités de Londres connurent elles aussi un grand succès. Mais, loin de consacrer la Grande- Bretagne comme le premier pays industriel du monde, elle ne fit en fait que précipiter son déclin. Il est curieux de noter qu'en dehors de la moissonneuse de Mc- Cormick, les autres machines et produits américains exposés ne produisirent pas grande impression sur le public. Les Américains avaient demandé une surface d'exposition beaucoup plus grande que nécessaire et le grand aigle, emblème de leur pays, qui dominait leur section, avait suscité d'ironiques commentaires. Les Etats-Unis furent ainsi considérés comme de nouveaux riches orgueilleux, aux ambitions démesurées. Dans les années 1870, cependant, les choses changèrent. Les Etats-Unis et l'Allemagne prirent la tête du monde industrialisé et, bien que le recul de la Grande-Bretagne fût largement compensé sur le plan économique par la conquête de son immense empire, l'Exposition universelle de 1851 marqua bien l'apogée du milieu du règne de la reine Victoria.

Les espoirs que le prince Albert avaient nourris en ce qui concerne l'entente et la paix internationales furent déçus : l'Exposition ne fut pas ce « nouveau point de départ » grâce auquel toutes les nations auraient pu réorienter leurs efforts. La guerre de Crimée éclata en effet quelques années plus tard. On ne prêta pas alors suffisamment attention au fait, inquiétant, que la société allemande Krupp avait reçu l'un des prix de l'Exposition pour un canon en fonte de qualité supérieure. On peut affirmer sans se tromper que c'est le Crystal Palace, plus que n'importe quel objet exposé ou que n'importe quel discours, qui fit que l'Exposition universelle resta un très grand événement. En septembre, les portes de l'Exposition durent être fermées bien avant six heures, en raison de l'insuffisance de l'éclairage au gaz et, le 11 octobre, elles se refermèrent définitivement. Beaucoup d'objets furent vendus ; certains furent offerts à la Reine, mais d'autres, trop volumineux ou qui n'avaient pas trouvé d'acquéreurs, furent abandonnés dans Hyde Parle ; certains sont, à l'heure actuelle, exposés au Victoria and Albert Muséum.

Il était prévu de démonter le Palace à la fin de l'Exposition, mais il était devenu si vite un symbole populaire que beaucoup de personnes souhaitèrent son maintien. Une brève campagne en ce sens eut lieu ; on suggéra, entre autres, de le transformer en un jardin d'hiver, mais le Parlement décida au terme d'un débat de ne pas revenir sur la décision initiale. Paxton fonda finalement une nouvelle société, acheta aux entrepreneurs qui les avaient fabriqués tous les éléments du Crystal Palace et fit reconstruire celui-ci dans le sud de Londres, où il servit de palais d'exposition, de salle de concert et même de centre social jusqu'à ce qu'un incendie le détruisît pour toujours, en 1936.

Après l'Exposition, des miniers de personnes vinrent visiter le Palace avant qu'il ne soit démonté, et des orchestres militaires y donnèrent des concerts jusqu'à l'été 1852. La Reine fut très attristée par la clôture de l'Exposition puis par ce Palace désolé, qui avait représenté à coup sûr le sommet de la carrière de son époux. Elle prit tous ces événements très à cœur ; elle devait confier à son journal que le jour de la clôture était le douzième anniversaire de son mariage avec le prince Albert - « une curieuse coïncidence ». Après sa dernière visite au Crystal Palace, Victoria écrivit :

« Je ne pouvais croire que c'était la dernière fois que je le voyais. Un air d'orgue, accompagné d'un instrument à vent au son très fin et très puissant, emplissait les voûtes et me bouleversa. La toile sur laquelle on marchait était très sale, les tentures rouges passées et beaucoup de choses très abîmées et, pourtant, tout me sembla aussi frais et neuf que jamais, presque plus beau encore. La fontaine de cristal était déjà démontée et les sapeurs et les mineurs roulaient leurs petits chariots comme ils l'avaient fait au début. Tout cela nous rendit très mélancoliques.

Ce ne fut finalement pas la dernière fois que Victoria visita le Crystal Palace ; en 1854, en effet, après qu'il eut été remonté à Sydenham, elle présida la cérémonie d'ouverture.