Guerre en Asie et dans le Pacifique

Attaquant par surprise la flotte américaine du Pacifique avec la plus grosse formation aéronavale jamais vue, le Japon inaugure sa guerre de conquête, joue son destin par un fantastique coup de dés, et jette les Etats-Unis dans un conflit qui devient désormais mondial.

Juste avant 8 heures du matin, le dimanche 7 décembre 1941, une nuée d'avions envahit tout à coup le ciel de l'île Oahu, dans les Hawaii. Près de 200 chasseurs, bombardiers et avions torpilleurs attaquaient les aérodromes et la flotte américaine du Pacifique, basée à Pearl Harbor. Une seconde vague succéda à la première. En moins de deux heures, les Japonais avaient coulé ou gravement endommagé 7 cuirassés, 2 torpilleurs et 4 bâtiments auxiliaires. Ils avaient anéanti les défenses antiaériennes de l'île et détruit au sol 247 appareils, avant même que ceux-ci aient pu décoller. Les Américains déploraient 2 403 morts et 1 178 blessés.

Le lendemain, le président Roosevelt proclamait, indigné, que le 7 décembre resterait à jamais « marqué par l'infamie », et le Congrès déclara la guerre au Japon. Le 11 décembre, l'Allemagne et l'Italie, alliées du Japon, déclarèrent à leur tour la guerre aux Etats-Unis, et le Congrès leur répliqua aussitôt dans les mêmes termes. Ainsi, une nation demeurée à l'écart du conflit européen depuis plus de deux ans se trouvait soudain entraînée dans la Seconde Guerre mondiale.

À cette époque, les Japonais étaient maîtres de la Corée, de la Mandchourie (rebaptisée Mandchoukouo) et d'une grande partie de la Chine orientale, avec les îles de Formose et de Hainan. Ils occupaient les Kouriles depuis 1875, les îles Bonin, Ryu kyu et Volcano depuis 1876, et la moitié de Sakhaline depuis 1905. En outre, depuis 1919, ils avaient reçu mandat sur les archipels des Carolines, des Marshall et des Mariànnes (sauf Guam, possession américaine).

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Sommaire
  1. Éclatantes victoires japonaises
    1. Défaillances de la stratégie nippone
  2. 1943 : Guadalcanal
    1. Une défaite annoncée
  3. Victoire dans le Pacifique
    1. L'effondrement de l'empire du Soleil levant

Dès la fin de juin 1940, les succès allemands en Europe avaient offert au Japon une occasion inespérée d'envahir les colonies françaises, hollandaises et britanniques du Sud-Est asiatique, où il trouverait l'étain, le pétrole, le caoutchouc et d'autres matières premières indispensables à son industrie. Un nouveau cabinet, composé surtout de militaires arrivés au pouvoir en juillet 1940, décida d'englober la «zone des ressources du Sud» (Indochine, Birmanie, Thaïlande, Malaisie, Indes néerlandaises), les Philippines et le nord de la Nouvelle-Guinée dans la « sphère de coprospérité de la Grande Asie orientale».

Attaque de la flotte américaine de Pearl Harbor

En septembre 1940, Tôkyô extorqua du faible gouvernement de Vichy l'autorisation d'occuper certains points du nord de l'Indochine, où l'amiral Decoux réussit, malgré la présence de l'armée nippone, à maintenir une souveraineté française nominale jusqu'en mars 1945. Des bases aériennes qu'ils y installèrent, les Japonais partirent bombarder la route de Birmanie, artère vitale et dernière voie de communication de la Chine avec le reste du monde, et contraignirent l'Angleterre à la fermer temporairement. En représailles, les Etats-Unis, qui ravitaillaient Chang Kaïchek par la route de Birmanie, intensifièrent leur aide à la Chine, tandis que le 26 septembre ils mettaient l'embargo sur le carburant pour avions et l'acier destinés au Japon. Le lendemain, l'Empire du Soleil-Levant rejoignait l'Axe et signait le Pacte tripartite. A la Conférence impériale nippone de janvier 1941, l'amiral Yamamoto, commandant la Ire flotte japonaise, lança l'idée d'une attaque américaine pendant que son pays terminerait ses conquêtes.

En attendant, le Japon prenait des assurances en signant un pacte de non agression avec l'U.R.S.S. (avril 1941), puis un pacte de neutralité avec la Thaïlande. En juillet, il occupa d'autres bases dans le sud de l'Indochine. Les Américains répliquèrent en bloquant les avoirs japonais aux États-Unis, tandis que la Grande-Bretagne et les Indes néerlandaises décrétaient aussi l'embargo contre Tokyo. Le Japon, dont la survie dépendait de ses importations, commença alors à préparer la guerre.

L'état-major nippon décida une action en trois phases. Au cours de la première, après avoir détruit la flotte américaine de Pearl Harbor, les Japonais s'empareraient de Hongkong, de la Thaïlande, de la Malaisie, des Philippines et des Indes néerlandaises, de manière à constituer un périmètre défensif. La deuxième phase serait destinée à consolider ce périmètre pour pouvoir, dans la troisième, résister sur les nouvelles acquisitions afin d'obliger l'ennemi à les reconnaître.

Le Japon tentait néanmoins^ en novembre, de négocier avec les Etats-Unis. Ces négociations échouèrent. Le1er décembre 1941, une conférence impériale prit la décision d'ouvrir les hostilités. Une force spéciale composée de 6 porte-avions, 2 cuirassés et plusieurs torpilleurs et croiseurs, rassemblée en secret, avait déjà mis le cap sur Hawaii le 26 novembre. Elle parvint à destination, à environ 300 kilomètres au nord d'Oahu, le 7 décembre à 6 heures du matin.

Éclatantes victoires japonaises

Général Mac Arthur

À court terme, l'attaque de Pearl Harbor parut un brillant succès des Japonais, car les Américains ne pourraient se remettre de leurs pertes avant des mois et seraient incapables de les empêcher d'achever leurs conquêtes en Asie. Mais elle avait entraîné les Etats-Unis dans la guerre. En outre, au moment du raid, 3 porte-avions américains se trouvaient éloignés de leur base et n'avaient pas été touchés : le fait devait être lourd de conséquences.

Quelques heures après leur triomphe de Pearl Harbor, les Japonais prirent l'offensive dans tout le Pacifique. Le 8 décembre, leurs bombardiers y pilonnèrent trois autres bases américaines, dont l'aérodrome de Midway, qu'ils rendirent inutilisable, puis se retirèrent. Le 10, ils s'emparèrent de Guam, et de Wake le 23. Hongkong, colonie britannique, tomba le jour de Noël. Ils n'avaient rencontré la plupart du temps que des troupes coloniales mal équipées, et leurs victoires furent d'autant plus spectaculaires. En même temps, des troupes nippones progressaient d'Indochine en Thaïlande et descendaient en Malaisie. A la fin de janvier 1942, les coloniaux britanniques s'étaient repliés dans l'île de Singapour. Ce symbole de la puissance anglaise en Extrême-Orient capitula le 15 février, ouvrant ainsi à l'ennemi la porte de l'océan Indien et des Indes néerlandaises.

Deux jours après Pearl Harbor, un premier contingent japonais débarqua au nord de l'île de Luçon, la plus grande des Philippines ; le 12 décembre, un second débarqua dans le sud. Le 7 janvier, les troupes américaines et philippines du général Mac Arthur se replièrent dans l'étroite péninsule de Bataan et dans l'île voisine de Corregidor. Coupées de tout secours extérieur, elles résistèrent plus de trois mois malgré le manque de vivres et les maladies. En avril, la garnison de Bataan se rendit ; le 6 mai, Corregidor, dernière forteresse américaine du Pacifique, succombait à son tour. Depuis le 12 mars, MacArthur était parti prendre le commandement allié dans le Sud-Ouest.

Défaillances de la stratégie nippone

L'amiral Yamamoto

Au cours de janvier et de février 1942, les Japonais avaient aussi envahi les Célèbes, Bornéo, Amboine, dans les Moluques, et débarqué à Sumatra. Les faibles contingents hollandais avaient été débordés. Malgré une force navale alliée qui vint à leur secours et faillit être anéantie à la bataille de la mer de Java, les Hollandais capitulèrent le 8 mars. Timor, Java et les îles de la Sonde étaient occupées.

Simultanément, d'autres troupes nippones débarquèrent au nord-est de la Nouvelle-Guinée, dans l'archipel Bismarck et dans les îles Salomon. En juillet, elles occupaient Rabaul.

Un cinq mois, le Japon avait obtenu un succès considérable. Il occupait un ensemble de territoires peuplé de 450 millions d'habitants ; il disposait de riz à profusion, de minerais, de pétrole et de la presque totalité du caoutchouc brut produit dans le monde.

Exaltés par leur victoire, au lieu de consolider le périmètre qu'ils s'étaient fixé, les dirigeants japonais voulurent l'agrandir encore. Les Salomon méridionales furent occupées, mais les Alliés interceptèrent les navires japonais envoyés contre Port Moresby. La bataille de la mer de Corail qui s'ensuivit (4-8 mai 1942) marqua l'arrêt de la progression nippone vers le sud. Un mois plus tard, les Alliés s'opposaient à une tentative de conquête des Midway, archipel situé à plus de 1 600 kilomètres au nord-est des Hawaii. La possession de ces îles aurait assuré au Japon la maîtrise du Pacifique. La bataille des Midway (3-6 juin 1942), qui opposa la flotte japonaise de l'amiral Yamamoto à celle de l'amiral Nimitz, fut presque entièrement conduite par l'aviation navale. Les appareils des porte-avions Hornet, Yorktown et Enterprise coulèrent les porte-avions japonais Akagi, Kaga et Soryu, qui avaient tous participé à l'attaque de Pearl Harbor, et abattirent de nombreux pilotes ennemis. La force de frappe à longue portée du Japon se trouvait anéantie. Néanmoins, au même mois de juin, les Japonais avaient réussi à débarquer dans les lointaines îles Aloutiennes d'Attu et de Kiska. Sans la possession de la base des Midway, elles se révélèrent difficiles à défendre.

1943 : Guadalcanal

Chang Kaï-chek

La victoire des Midway marqua un tournant décisif pour les Alliés et les encouragea à prendre l'initiative. Ils en avaient maintenant les moyens. Au milieu de 1942, l'effort de guerre allié commençait à s'accélérer. Aux 3 porte-avions américains restés dans le Pacifique allaient s'en ajouter 23 autres (le Japon avait alors 6 porte-avions en service et 18 en chantier, dont 12 furent finalement lancés).

Au cours de l'été de 1942, les Alliés décidèrent une offensive convergente sur Rabaul, principale base nippone du sud-ouest du Pacifique. L'une des forces devait progresser le long de l'archipel des Salomon, en partant de Guadalcanal; l'autre, partant d'Australie, devait s'avancer en Nouvelle-Guinée. Les marines débarquèrent à Guadalcanal le 7 août. Faible au début, la résistance s'accrut au cours de la progression. Les adversaires avaient reçu des renforts, et les combats devenaient de plus en plus acharnés. Les Américains gagnèrent lentement du terrain sur les Japonais, qui préféraient mourir sur leurs positions plutôt que de se rendre. Le 9 février 1943, ils réduisirent la dernière poche de résistance. Il n'y restait que quelques hommes ; l'avance américaine à travers les Salomon se poursuivit en 1943.

La campagne de Nouvelle-Guinée, menée par le général Mac Arthur avec des troupes australo-américaines, avait été retardée par un débarquement japonais sur la côte nord-est, le 22 juillet. Les assaillants se dirigeaient vers Port Moresby. Mac Arthur, qui venait de prendre la Nouvelle-Géorgie le1er juillet, débarqua à son tour en Nouvelle-Guinée le 4 septembre et, avec les Australiens qui les avaient contenus, les refoula sur la côte, où ils se maintinrent jusqu'en janvier 1943. Entre-temps, il avait repris Bougainville le1er novembre et la Nouvelle-Bretagne le 15 décembre. Rabaul se trouvant désormais isolée, il jugea inutile de l'attaquer. Dans le reste du Pacifique, il y eut peu d'engagements au cours de 1942 et de la majeure partie de 1943. Les forces navales américaines se limitèrent à des actions sous-marines et à des raids sur les bases japonaises des îles.

En Asie, les Japonais avaient fermé la route de Birmanie depuis 1942 et occupaient tout le pays. Des contre-offensives alliées, de septembre 1942 à mai 1943, étaient restées sans effet. Pendant ce temps, le gouvernement chinois de Chang Kaï-chek, isolé dans Zhongjing (Tch'ong k'ing) était ravitaillé, à partir de l'Inde, par un pont aérien lancé au-dessus des 8 000 mètres de la « bosse » himalayenne, et les Alliés avaient mis en chantier une nouvelle route menant de Ledo (Inde) à Zhongjing.

Une défaite annoncée

Chester Nimitz

Vers le milieu de 1943, les Alliés disposaient d'une puissance suffisante pour une offensive de grande envergure. Leur plan avait arrêté une manœuvre en tenaille sur les Philippines : tandis que la flotte de l'amiral Nimitz, partant des Hawaii, se dirigerait vers l'ouest en passant par les îles Gilbert, Marshall, Carolines et Mariannes, le général MacArthur effectuerait une avance amphibie le long de la côte septentrionale de la Nouvelle-Gui-née. De leur côté, afin de reconstituer leurs forces, les Japonais décidèrent en septembre 1943 de rétrécir leur périmètre à une ligne passant par les Kouriles, les Mariannes, l'ouest de la Nouvelle-Guinée, les Indes néerlandaises et la Birmanie, en laissant sur les îles évacuées des éléments retardateurs.

Nimitz inaugura sa campagne en débarquant sur Tarawa et Makin à la fin de novembre. Il y rencontra une résistance désespérée. En février 1944, il atteignit Kwajalein, dans les Marshall. Le 15, ses troupes prenaient pied à Saipan, centre administratif des Mariannes et relais vital du périmètre défensif japonais. Les 30 000 hommes de la garnison résistèrent avec une incroyable bravoure ; et les 4 300 survivants, acculés dans le nord de l'île, lancèrent une ultime attaque où 3 000 d'entre eux périrent. Durant ce mois, les Américains avaient eu à déplorer 3 000 morts et 10 000 blessés.

renuant que les comoats taisaient rage à Saipan, à la bataille de la mer des Philippines (19 et 20 juin 1944), l'escadre de Nimitz anéantissait la puissance aérienne ennemie en lui coulant 4 porte-avions et plusieurs autres unités, et en abattant 395 appareils. Il avait perdu 130 avions. En juillet et en août, les forces américaines s'emparèrent des Mariannes.

Depuis février 1944, les forces alliées de MacArthur avaient progressé sur les côtes de la Nouvelle-Guinée, dans les îles Bismarck et de l'Amirauté. Le 20 octobre, il fit commencer le débarquement de 200 000 hommes à Leyte, au centre des Philippines. Les Japonais les attendaient à Mindanao, plus au sud, et avaient laissé Leyte relativement dégarnie. Ils y envoyèrent des renforts, tandis que ce qui restait de leur marine s'en prenait aux forces débarquées, ainsi qu'aux bâtiments de transport. La bataille du golfe de Leyte (23-26 octobre), où Nimitz fit sa jonction avec MacArthur, fut une suite d'affrontements aériens et navals dans les passages situés au nord et au sud de l'île. Les unités américaines y furent la cible des attaques suicides des kamikazes. Le 26 octobre, la flotte japonaise se replia.

Victoire dans le Pacifique

Débarquement à Okinawa

Après des mois de combats acharnés, qui firent 70000 morts et blessés chez les Japonais et 15 000 chez les Américains, Leyte fut nettoyée au début de 1945. Le 9 janvier, la VIème armée américaine débarqua à Luçon. Au début de février, Manille fut encerclée ; et le 24, la totalité de Luçon fut occupée. Bataan et Corregidor furent également dégagées en fin février. La campagne de Luçon avait coûté la vie à 170 000 Japonais; les Américains avaient eu 38 000 hommes hors de combat, dont 8 000 tués. Les troupes japonaises s'étaient défendues jusqu'à la mort, et, sur l'île de Corregidor, des milliers d'hommes s'étaient réfugiés dans les montagnes où ils demeurèrent jusqu'à la fin de la guerre.

Plus au nord, les marines de Nimitz s'emparèrent d'Iwo Jima en février et mars 1945 et en firent une base de chasseurs-escorteurs de Boeing B-29 (superforteresses). L'aviation alliée était désormais à moins de 550 kilomètres de Kyùshu, la plus méridionale des grandes îles du Japon. Le1er avril, près de 50 000 Américains commencèrent à débarquer à Okinawa. Il leur fallut deux mois pour percer la ligne Shuri, puissamment fortifiée, et trois semaines encore pour nettoyer les dernières résistances. Au cours de la bataille d'Okinawa, les pertes furent très lourdes : 110 000 tués chez les Japonais et 12 000 chez leurs adversaires.

L'effondrement de l'empire du Soleil levant

Un B-29, c'est le même type d'avion qui largua les bombes sur Hiroshima et Nagasaki

Au printemps de 1945, le Japon avait virtuellement perdu la guerre. Il avait abandonné la plupart de ses conquêtes dans le Pacifique et manquait de ressources pour envisager une contre-offensive. Refusant de se rendre, il commença à fortifier ses propres îles. En revanche, les Alliés progressaient rapidement. En Birmanie, les Anglo-Américains et les Chinois avaient anéanti trois armées japonaises et rouvert la route. En Indonésie, les Australiens commençaient une campagne contre Bornéo. Au mois de mars, les B-29 inaugurèrent des raids réguliers sur l'archipel japonais lui-même. Ils les poursuivirent jusqu'en été et firent plus de 260 000 morts, 412 000 blessés, sans compter 9 millions de sans-abri. Mais le Japon ne capitulait pas.

Le 6 août, les États-Unis lâchèrent une bombe atomique sur la ville d'Hiroshima, qui fut détruite à 60 %. Trois jours plus tard, une seconde bombe tombait sur Nagasaki. Le même 9 août, l'Union soviétique, se joignant aux Alliés, pénétrait en Mandchourie et en Mongolie-Extérieure. Enfin, le 14 août, le Japon accepta de capituler sans condition. La signature eut lieu en rade de Tôkyô, à bord du Missouri. Au nombre des signataires, le général Leclerc représentait la France.

Au bout de quatre années de lutte, la guerre du Pacifique avait pris fin. L'Empire du Soleil-Levant voyait s'écrouler son rêve de domination.

Voir aussi