Basilique Sainte-Marie-Madeleine de Vézelay

(Redirigé depuis La basilique de Vézelay)

C'est au bord du Morvan et de son manteau de forêts, au sommet d'une butte qui domine de 150 m la vallée de la Cure, qu'est située Vézelay. Cette position stratégique en fit une place forte. C'est pourtant son abbaye qui lui valut, avec l'affluence des pèlerins, une incomparable renommée.

Vingt fois moins peuplée aujourd'hui qu'au Moyen Âge, Vézelay reste un des hauts lieux spirituels et artistiques de la France, grâce à l'admirable basilique qui l'a fait surnommer le "Mont-Saint-Michel bourguignon". Un Mont-Saint-Michel qui aurait perdu sa flèche et qui serait plus trapu, plus ramassé, comme tapi sur son piton. Mais les remparts sont là, ainsi que la pyramide de maisons médiévales, couronnée par la puissante silhouette de l'église.

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Sommaire
  1. Grandeur et décadence
    1. Tout commence vers 858
    2. Le monastère sous l'autorité du pape
    3. Saint-Jacques-de-Compostelle
    4. Elle atteint son apogée
    5. La renommée s'effondre
    6. Sa splendeur retrouvée grâce à Viollet-le-Duc
  2. La façade outragée
    1. Comment nous apparaît-elle ?
    2. Une façade exposée à tous les outrages
    3. La "tour Saint-Michel"
    4. De belles dimensions
  3. Élégance et fantaisie
    1. Les trois nefs du narthex
    2. Les trois portails qui ont contribué à son renom
  4. Une imagerie malicieuse et cruellement réaliste
    1. Une architecture romane dite "brionnais"
    2. L'imagerie des chapiteaux
  5. Une disparité lumineuse
    1. Les Apôtres
    2. La crypte
  6. Un foyer d'artistes et d'artisans
    1. Ce qu'il faut aussi remarquer
    2. Saint-Père
  7. Avallon, balcon sur le Morvan
    1. Avallon a conservé des traces de son passé
    2. La tour de l'Horloge
    3. L'étonnante église Saint-Lazare
  8. En suivant le Cousin et la Cure
    1. Pontaubert
    2. Vault-de-Lugny
    3. Arcy-sur Cure en passant par Sermizelles
    4. Sainte-Magnance
  9. Clamecy, "perle des Vaux d'Yonne"
    1. Romain Rolland
    2. Le flottage des bois
    3. Une "église de Bethléem"
    4. La vieille ville
    5. A voir non loin de là

Grandeur et décadence

Vue sur Vézelay

Tout commence vers 858

L'histoire de Vézelay commence vers 858, lorsque le comte Girart de Roussillon et sa femme Berthe fondent une abbaye de moniales au pied de la colline, à l'endroit où se trouve actuellement Saint-Père. Peu après, des moines bénédictins remplacent les nonnes, puis le couvent, ravagé par l'invasion normande, est abandonné et rebâti au sommet de la croupe.

Le monastère sous l'autorité du pape

Le site est à la fois mieux protégé et plus audacieux. Le nouveau monastère est placé non pas sous l'autorité de l'évêque d'Autun ou du comte de Nevers, mais directement sous celle du pape, qui le consacre en 878. Au début du XIème siècle, l'abbaye passe sous l'obédience de Cluny. Bientôt, le bruit court qu'elle détient une précieuse relique rapportée de Jérusalem par un moine : le corps de sainte Marie-Madeleine, la pécheresse repentie, sœur de Lazare le ressuscité. En 1050, l'abbaye se place sous le patronage de la sainte et, en 1058, le pape authentifie officiellement la relique. C'est, pour Vézelay, le début d'une époque riche en miracles.

Saint-Jacques-de-Compostelle

De partout, les pèlerins affluent. Lorsque Vézelay devient l'une des quatre "têtes de ligne" du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle, l'abbatiale se révèle trop petite pour contenir les foules qui s'y pressent. Aussi édifie-t-on, de 1096 à 1104, un vaste sanctuaire. Détruite en 1120 par un incendie qui fait plus de mille victimes, la nef est reconstruite par l'abbé Renaud de Semur, puis, vers 1150, on lui ajoute un important narthex.

Elle atteint son apogée

Huit cents moines sont alors établis à Vézelay, et l'agglomération qui entoure l'abbaye est devenue une grande ville. C'est en 1146, le dimanche de Pâques, que sa gloire atteint son apogée. Ce jour-là, sur le versant nord de la colline, on peut reconnaître Louis VII, dit "le Jeune", roi de France ; Aliénor d'Aquitaine, son épouse ; les comtes de Flandre et de Toulouse ainsi que le gratin des barons bourguignons, entourés d'une foule immense : saint Bernard, l'abbé de Clairvaux, est venu à Vézelay prêcher la deuxième croisade. L'appel de cette grande figure de la chrétienté éveille, en ce lieu, un écho particulier, qui communique aux fidèles l'élan souhaité.

À la fin du XIIème siècle, un transept, un chœur et une abside gothiques — ceux que l'on peut voir aujourd'hui — remplacent les constructions trop exiguës ou ruinées par un nouvel incendie, et, en 1190, c'est à Vézelay que Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion se donnent rendez-vous avant le départ pour la troisième croisade. Au XIIIème siècle, Saint Louis vient à plusieurs reprises en pèlerinage à Vézelay, qui est alors au faîte de la gloire et de la puissance. Qui pourrait supposer que le déclin est proche ?

La renommée s'effondre

En 1279, on découvre à Saint-Maximin, en Provence, un sarcophage contenant les "véritables" reliques de sainte Marie-Madeleine. C'est du moins ce qu'affirment les Provençaux, et le pape leur donne raison. Presque d'un jour à l'autre, la renommée de Vézelay s'effondre, les pèlerins disparaissent, et leurs aumônes avec eux. L'abbaye est suffisamment riche pour subsister jusqu'aux guerres de Religion, mais celles-ci l'achèvent. Pillée, sécularisée, elle végète jusqu'à la Révolution, où elle est vendue comme bien national et rasée, à l'exception de son abbatiale, à laquelle, en 1819, un orage met le feu — une fois de plus !

Sa splendeur retrouvée grâce à Viollet-le-Duc

Lorsque Prosper Mérimée, inspecteur général des monuments historiques, charge Viollet-le-Duc de la restaurer, la Madeleine de Vézelay n'est plus qu'une ruine. Le jeune architecte — il n'a que vingt-six ans — s'attaque à cette tâche écrasante avec une fougue dont certains esthètes lui font maintenant grief, et il la mène à bien en vingt ans. Grâce à lui, nous pouvons aujourd'hui admirer, tel qu'il était au temps de sa splendeur, l'un des plus prestigieux sanctuaires du Moyen Âge.

La façade outragée

La basilique

De la place du Champ-de-Foire, au bas de la ville, il est possible d'accéder au parvis de la basilique en voiture, mais il est préférable de gravir à pied la colline en empruntant la promenade des Fossés, qui longe les remparts, et de pénétrer dans la ville par la Porte Neuve. Cette approche progressive permet de mieux découvrir l'ancienne collégiale, devenue paroisse en 1791, puis basilique en 1920.

Comment nous apparaît-elle ?

Bien dégagée, entre une place spacieuse et la terrasse boisée du Château — c'était le château des abbés, entièrement disparu —, elle apparaît plus humble et plus grise qu'à distance. De loin, elle semble hautaine, tendue vers le ciel : ici, on la voit assise, familière et tranquille. La lumière plaque de curieux jeux d'ombres sur les arcatures et les moulures de sa façade, dont la symétrie est rompue par l'absence de tour nord (il n'y en a probablement jamais eu). Une surprise : le vaste fronton central, dont le style gothique détonne au milieu de l'ensemble roman. Mais l'œil, finalement, s'adapte à cet anachronisme. Hormis ceux du fronton et de l'étage supérieur de la tour sud, ajoutés au XIIIème siècle, en pleine période gothique, tous les arcs sont en plein cintre.

Une façade exposée à tous les outrages

Cette façade a plus de huit cents ans. Exposée à tous les outrages, elle en a subi beaucoup : de la part des éléments, mais aussi des vandales, des protestants... et, ajoutent certains avec beaucoup d'ingratitude, de Viollet-le-Duc : on reproche notamment à celui-ci le tympan du portail central, reconstitué d'une façon que l'on peut juger trop plate et trop molle au regard de la facture primitive (pour autant que l'on puisse se faire une idée de celle-ci d'après l'ancien tympan mutilé déposé près du cloître). Les deux autres portails romans de la façade, ouverts dans le prolongement des bas-côtés, n'ont pas de tympan sculpté, et leur ornementation — discrète — se limite à l'archivolte et aux chapiteaux des jambages.

La "tour Saint-Michel"

La tour de droite, dite "tour Saint-Michel", s'élève à 37 m. Elle était autrefois couronnée d'une flèche de bois, que la foudre a détruite au XIXème siècle. Des statues de saint Pierre et de saint Michel ornent ses angles. Quant au fronton gothique encastré dans la façade, il comporte, à la partie inférieure, cinq baies en lancette, de hauteur échelonnée, séparées par des statues de saints, et, à la partie supérieure, le Christ trônant parmi les anges, au-dessus de la Vierge et de sainte Madeleine.

De belles dimensions

Faire le tour de l'édifice donne une idée de son ampleur : 120 m de long au total (Notre-Dame de Paris, 130 m). Le transept, peu profond, dépasse à peine l'alignement des collatéraux, dont les toits de tuile sont enjambés par de puissants arcs-boutants. Au sud, le croisillon droit est prolongé par l'ancienne salle capitulaire de l'abbaye, aujourd'hui transformée en chapelle, le long de laquelle Viollet-le-Duc a reconstitué l'une des galeries du cloître. Dans l'angle du transept et de la nef se dresse un clocher quadrangulaire, sans flèche, de style clunisien, la tour Saint-Antoine : datant du XIIIème siècle, celle-ci mesure 30 m et comporte deux étages de baies jumelées en plein cintre.

Derrière l'église, de la terrasse du Château plantée d'arbres séculaires, on découvre, si les brumes morvandelles le permettent, une partie du Morvan et la vallée de la Cure, et, par tous les temps, les cinq chapelles rayonnantes, éclairées chacune par deux baies en plein cintre, qui se greffent sur le chevet. Puis, par le flanc nord, entre la basilique et le long bâtiment construit au XVIIIème siècle pour loger les moines du chapitre, on revient sur le parvis et l'on pénètre à l'intérieur de la Madeleine de Vézelay pour en découvrir les attraits et les mystères.

Élégance et fantaisie

Tympan de la basilique

Les trois nefs du narthex

Vestibule destiné à accueillir des catéchumènes, des pénitents ou de nombreux pèlerins, le narthex est d'amples proportions. C'est une véritable avant-nef, de construction légèrement postérieure à celle de la nef principale. Comme celle-ci, il comporte deux bas-côtés, ici surmontés de tribunes. Trois travées séparent la façade extérieure de celle de l'église proprement dite. Les quatre piliers cruciformes sont ornés de chapiteaux historiés dont la facture, l'élégance et la fantaisie donnent un avant-goût de ceux de la nef. Beaucoup de feuillages alternent avec des scènes de la Bible, des épisodes de l'Évangile, des monstres fabuleux, des personnages symboliques, des anges et des diables... On chercherait vainement, dans ce foisonnement d'inspirations diverses, un ordre logique, chronologique ou spirituel.

Les trois portails qui ont contribué à son renom

Les trois nefs du narthex communiquent avec celles de l'église par trois portails en plein cintre, richement décorés, auxquels Vézelay doit une bonne partie de son renom. Le portail central, en particulier, est considéré — avec celui de la cathédrale d'Autun — comme le chef-d'œuvre de la sculpture romane bourguignonne. A doubles vantaux, il comporte un trumeau supportant un linteau au-dessus duquel se déploie un somptueux tympan que son état de conservation a préservé de toute restauration abusive. Ce tympan illustre l'envoi en mission des Apôtres par le Christ, après sa résurrection. Le Christ trône au centre de la composition, les bras écartés, immense et triomphant. Les Apôtres se répartissent de chaque côté, surmontés de huit petites scènes les représentant dans l'exercice de leur mission. La voussure supérieure du portail est garnie de palmettes ; la voussure inférieure porte vingt-neuf médaillons sculptés, figurant les travaux des mois et les signes du zodiaque. Païens à évangéliser, Romains et Scythes ornent le linteau en compagnie de peuples moins connus, tels qu'ils apparaissaient aux imagiers chrétiens, qui les ont représentés par des personnages pittoresques et parfois effrayants : Éthiopiens au groin de porc, géants et pygmées, sauvages aux oreilles démesurées. Aux piédroits, on retrouve quelques Apôtres et, au centre supérieur du trumeau, sous les pieds du Christ, un grand saint Jean-Baptiste présentant l'Agneau de Dieu... détruit avec le visage du saint pendant la Révolution. A n'en pas douter, le vent de l'esprit souffle — jusqu'à plisser élégamment la robe du Christ — sur cette fresque. La rigueur de l'ensemble ne réside pas seulement dans son unité thématique, mais aussi dans sa composition sculpturale, car une étude approfondie a permis de constater que la construction géométrique du tympan était basée, de façon systématique, à la fois sur le triangle équilatéral et sur les propriétés du nombre d'or.

Les deux portails latéraux comportent chacun deux voussures, ornées de rosaces et d'entrelacs, et un tympan historié. Celui du portail sud, à droite, évoque l'enfance du Christ, avec l'Annonciation, la Visitation, la Nativité et l'Adoration des Mages; celui du portail nord, à gauche, la vie du Christ ressuscité, avec l'Ascension, la rencontre des disciples d'Emmaüs et la fraction du pain.

Du portail central de la façade intérieure, le visiteur distingue parfaitement les trois parties de la basilique : le narthex, construit au milieu du XIIème siècle ; la nef, commencée vers 1120 ; et le chœur, qui date des dernières années du XIIème siècle et du début du XIIIème — en tout, moins de cent ans.

Une imagerie malicieuse et cruellement réaliste

La nef romane

Une architecture romane dite "brionnais"

La nef romane, qui s'élève à 18 m, mesure, à elle seule, 62 m de long et donne au vaisseau une magnifique ampleur, soulignée par la polychromie des pierres et la succession des arcs-doubleaux, auxquels leurs claveaux alternativement blancs et sombres donnent un aspect un peu oriental. Elle est éclairée par de hautes fenêtres percées au-dessus des grandes arcades en plein cintre, dans l'axe de chaque travée. Ce type d'architecture romane est dit "brionnais" parce qu'il apparaît pour la première fois dans l'église d'Anzy-le-Duc, en Brionnais, pays d'où était originaire le principal maître d'œuvre de Vézelay, l'abbé Renaud de Semur.

Le principe de l'élévation à deux étages fut repris notamment à Saint-Lazare d'Avallon et à Saint-Philibert de Dijon. La nef est voûtée d'arêtes, solution que l'école de Cluny — qui inspira tant d'édifices bourguignons — réservait alors aux collatéraux : une innovation audacieuse.

L'imagerie des chapiteaux

L'attrait le plus remarquable de la nef de Vézelay réside dans l'imagerie des chapiteaux qui couronnent sa forêt de colonnes. Chacun d'eux mérite un examen attentif. Dus, semble-t-il, à cinq sculpteurs différents, ces chapiteaux sont loin de répondre au souci de dépouillement exprimé par saint Bernard. Il s'agit, en effet, d'une imagerie riche, colorée, malicieuse, lyrique parfois, mais aussi cruellement réaliste. Quelques feuillages marquent des pauses dans cette galerie de scènes tantôt paisibles, tantôt effrayantes, toujours symboliques, où des créatures pures et naïves côtoient une faune fantastique, des envoyés du démon, voire le diable en personne.

Parmi les plus célèbres de ces remarquables chapiteaux, on peut citer la Luxure et le Désespoir (la Luxure est dévorée au ventre et à la poitrine par deux serpents, tandis que le Désespoir se transperce le corps d'une épée en poussant un cri que l'on imagine épouvantable) et le Moulin mystique (Moïse enfourne dans le moulin de la Foi le grain qui symbolise l'Ancienne Loi, tandis que saint Paul recueille la farine représentant la Nouvelle Loi incluse dans l'Ancienne).

Une disparité lumineuse

La crypte

C'est probablement entre 1195 et 1215 qu'ont été refaits, dans le style gothique, le chœur et le transept, dont la construction antérieure remontait à 1096. Tous deux sont voûtés sur croisées d'ogives et éclairés par des fenêtres en tiers-point.

Les Apôtres

Plus que le narthex, rapporté comme lui à la nef, le chœur fait sentir la disparité de l'édifice. Pourtant, la nef nous habitue progressivement, en nous y amenant, à ce mystérieux halo de lumière vive, qui soudain éblouit. Parvenus à la croisée du transept, nous découvrons un espace nouveau, inattendu, souligné par un gracieux élancement. On a voulu voir, dans la disposition des colonnes qui séparent le chœur du déambulatoire et dans celle des colonnettes qui jaillissent en porte à faux des piles pour soutenir les voûtes, des intentions symboliques. Les onze colonnes qui entourent l'autel représenteraient les onze Apôtres qui participaient à la Cène après le départ de Judas, Jacques et Jean, frères par le sang, étant figurés par des colonnes jumelées. Les douze colonnettes qui soutiennent les baies jumelles pourraient figurer les douze Apôtres, y compris Judas, dont la présence serait marquée par le seul pilier carré ; huit groupes de trois colonnettes symboliseraient les vingt-quatre vieillards de l'Apocalypse, et les cent quarante-quatre colonnettes (douze fois douze, le nombre des tribus d'Israël) qui ornent les chapelles illustreraient la multitude des saints.

La crypte

Sous le chœur, la crypte, d'origine carolingienne, fut transformée à la fin du XIIème siècle. Des voûtes d'ogives ont remplacé les voûtes en berceau que soutenaient, au IXème siècle, des poutres en bois. Des fresques qui l'ornaient, on distingue encore, sur une clef de voûte de la travée centrale, un Christ assis, du XIIIème siècle. Cette sombre et émouvante crypte abrite les reliques présumées de sainte Madeleine.

Un foyer d'artistes et d'artisans

Dans les rues de Vézelay

En quittant la Madeleine de Vézelay et le souvenir de la ferveur médiévale qui la hante encore, les vieilles pierres des ruelles pittoresques du bourg, qui descendent jusqu'à la porte du Barle et à la place du Champ-de-Foire, évitent une transition trop brutale avec la civilisation moderne.

Ce qu'il faut aussi remarquer

À l'entrée de l'ancienne infirmerie-hospice, une inscription rappelle que Louis VII logea sinon dans la maison, du moins dans celle qui l'a précédée. Plus loin, c'est l'ancienne demeure (XVIIème s.) de l'intendant du maréchal de Vauban, qui abrite aujourd'hui la mairie. En face, la tourelle Gaillon (XVIème s.), avec son escalier à vis. Sur la droite, place Borot, s'élève la tour de l'Horloge, clocher de l'ancienne église Saint-Pierre (ou Saint-Père-le-Haut), édifiée au XIIème siècle et éboulée, dans sa majeure partie, en 1787. Sur la gauche, au-dessus des baies de la maison des Colombs (XVème s.), on peut lire : "Comme colombe, humble et simple seray et à mon nom mes mœurs conformeray." Place Belle-Croix, les moines avaient creusé un puits de 70 m de profondeur et de 5 m de diamètre, comblé en 1770. Plus loin, dans la Grande-Rue Saint-Etienne, se trouvent : à droite, la maison natale d'un des théoriciens du protestantisme, Théodore de Bèze (1519-1605), et l'hôtel de la Maréchaussée, du XIIIème siècle ; à gauche, la maison où s'éteignit, en 1944, l'écrivain Romain Rolland et, plus bas, les restes de l'église Saint-Étienne (XIIème s.), désaffectée depuis 1790. On s'étonne du grand nombre de caves qui débouchent sur la chaussée : c'est une tradition qui remonte au Moyen Âge, au temps où les pèlerins de Compostelle se réfugiaient, pour dormir, dans les immenses sous-sols voûtés des maisons de Vézelay.

La petite cité ne compte plus guère que 500 et quelques habitants, mais, aujourd'hui plus encore qu'hier, c'est par la basilique qu'elle vit. Importante étape touristique, ville d'art, Vézelay est devenue un foyer d'artistes et d'artisans-créateurs.

Saint-Père

Au pied de la colline, Saint-Père possède, avec son élégante église Notre-Dame, un des plus beaux témoignages du style gothique bourguignon. Au XIIIème siècle, un ménage, dont on ignore l'identité mais dont les tombeaux se trouvent dans l'église, fit construire ce sanctuaire à l'emplacement de l'abbatiale ruinée du monastère de moniales fondé au IXème siècle par le comte Girart et sa femme. La façade, extrêmement riche, dont le fronton triangulaire, creusé de niches abritant des saints, rappelle celui de Vézelay, est précédée d'un porche très important, ajouté au XIV</exposant>e siècle. Ouvert sur trois côtés par de vastes baies, voûté d'ogives, surmonté de pinacles à crochets et abondamment orné dans le style flamboyant, ce porche monumental abrite les statues des fondateurs.

Avallon, balcon sur le Morvan

Tour de l'horloge

Avallon a conservé des traces de son passé

A l'est de Vézelay, Avallon, que l'on découvre en arrivant par la fraîche vallée du Cousin, est bâtie sur un promontoire de granité qui s'avance en proue au-dessus de la rivière, longé à l'est et à l'ouest par des ravins verdoyants. Porte et balcon ouverts sur le Morvan, ancienne place forte, Avallon a conservé de son passé guerrier une bonne partie de ses remparts, bordés de jardins en terrasses et jalonnés de tours dont les plus spectaculaires sont la tour de l'Escharguet, en très bon état de conservation, et la tour Beurdelaine, édifiée en 1404 par le duc de Bourgogne Jean sans Peur et complétée en 1590 par un bastion surmonté d'une échauguette.

La tour de l'Horloge

A l'intérieur de l'enceinte, au point culminant de la cité, la porte de la Boucherie, seul vestige de l'ancien château fort, est surmontée, depuis le XV<exposant>ème siècle, d'un très joli beffroi, la tour de l'Horloge, dont le campanile chapeauté d'ardoises domine les toits de tuiles brunes de la vieille ville.

L'étonnante église Saint-Lazare

Le monument le plus intéressant d'Avallon est l'étonnante église Saint-Lazare. Étonnante, elle l'est à plus d'un titre. D'abord par cette sorte d'effacement qui caractérise sa position par rapport à la place. Ensuite par sa façade, bâtie en biais par rapport au corps de l'édifice. Elle a été construite vers 1140, avec une nef à deux étages et voûtes d'arêtes, comme celle de Vézelay, à l'emplacement d'un sanctuaire du IVème siècle dont subsiste la crypte, sous le chœur actuel. Ce sanctuaire avait été agrandi au XIème siècle par les moines de Cluny : de cette époque restent les portails, l'abside et les deux absidioles en cul-de-four. Les modifications apportées avaient été rendues nécessaires par l'afflux des pèlerins venus vénérer le chef de saint Lazare, relique offerte par le duc de Bourgogne à son retour de Palestine et passant pour protéger de la lèpre. Endommagée en 1633 par l'effondrement du clocher, la façade n'a conservé que deux de ses trois portails romans, malheureusement assez abîmés. Celui de gauche, qui était le grand portail central, a perdu son tympan et son linteau sculptés. Cinq voussures ornent son archivolte : on y découvre quelques angelots, les vieillards de l'Apocalypse, des feuilles d'acanthe et de vigne, les travaux des mois et les signes du zodiaque. Au piédroit, une statue-colonne rapportée, élégante dans sa raideur, représente un prophète. Roses, giroflées et arums envahissent les voussures du petit portail de droite, maintenant muré, dont on admire les colonnes torses, leurs chapiteaux historiés et leurs soubassements ciselés. Le tympan et le linteau, très mutilés, laissent deviner une Adoration des Mages et la Présentation de Jésus au Temple. A l'intérieur, la principale originalité de l'église réside dans la plongée en profondeur de la nef, qui, par paliers successifs, descend vers le chœur, situé à 3 m en contrebas du seuil.

En suivant le Cousin et la Cure

Grotte d'Arcy-sur-Cure

Pontaubert

Au-delà d'Avallon, le Cousin s'enfonce dans une gorge sinueuse et boisée, où il se fraie péniblement un chemin entre les rochers. Une route fort pittoresque s'y faufile avec lui jusqu'à Pontaubert, dont l'église romane, très typique du style bourguignon avec sa voûte d'arêtes, fut bâtie au XIIème siècle par les Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem. Précédée d'un porche gothique, elle est surtout intéressante par son ensemble statuaire.

Vault-de-Lugny

Un peu plus loin, au pied du Montmarte, une colline de 354 m d'altitude qui porte les restes d'un temple gallo-romain, Vault-de-Lugny possède une belle église du XVème siècle à chevet plat. Son attrait principal est l'immense fresque Renaissance, illustrant la Passion, qui court tout au long de la nef et du chœur. Près du village se dresse un château du XVème siècle, avec douves, entrée fortifiée et donjon.

Arcy-sur Cure en passant par Sermizelles

Le Cousin rejoint la Cure en aval de Vézelay, près de Sermizelles dont l'église s'ouvre par un portail du début du XIIème siècle. La colline qui domine le village — et qui porte, à côté de la vieillotte tour Malakoff, la très moderne chapelle Notre-Dame-d'Orient — fait face à une série d'escarpements boisés qui escortent la rivière jusqu'à la vallée où se prélasse Arcy-sur-Cure.

Le village d'Arcy possède un château du XVIIIème siècle et un manoir du XVIème, mais il doit surtout sa notoriété aux grottes creusées dans les hautes falaises calcaires qui longent la rive gauche de la Cure, en amont. "On voit dans toutes ces grottes, écrivait Buffon, des représentations de diverses sortes d'animaux, de fruits, de plantes, de meubles, d'ustensiles, de parties de bâtiments, des rustiques, des draperies..." En effet, l'imagination aidant, stalactites, stalagmites et concrétions variées créent un univers étrange et merveilleux. Dans la "Grande Grotte", qui abrite un petit lac, on se promène sur près de 900 m dans de hautes salles séparées par d'étroits couloirs, et de nouvelles galeries ont été découvertes au-delà du "Lavoir des Fées". D'autres grottes, qui ne sont pas aménagées, peuvent néanmoins être visitées, telles la "Grotte des Fées", qui recélait des ossements d'animaux préhistoriques, ou la "Grotte du Cheval", dont les parois portent des dessins de mammouths de l'époque aurignacienne.

Sainte-Magnance

À l'est d'Avallon, sur le Serein — un affluent du Cousin —, Sainte-Magnance s'enorgueillit de deux manoirs, l'un gothique et l'autre Renaissance, et d'une église du XVIème siècle, surmontée d'un clocher en forme de dôme, qui contient le tombeau de sainte Magnance : datant du XIIème siècle, celui-ci retrace, par ses bas-reliefs, la vie de cette dame romaine qui procéda au retour des cendres de saint Germain d'Auxerre, décédé à Ravenne au Vème siècle. Non loin de là, l'église romane de Savigny-en-Terre-Plaine abrite des pierres tumulaires et des tombeaux des XVIème et XVIIème siècles.

Clamecy, "perle des Vaux d'Yonne"

Vue aérienne de Clamecy

Romain Rolland

A l'ouest de Vézelay, au carrefour du Morvan, du Nivernais et de la basse Bourgogne, Clamecy, surnommée la "perle des Vaux d'Yonne", est juchée sur un belvédère au confluent du Beuvron et de l'Yonne. Pour l'écrivain Romain Rolland (prix Nobel 1915), qui y naquit en 1866, c'était "la ville aux beaux reflets et aux souples collines" ; il y passa son enfance, qu'il raconte dans le Voyage intérieur. La rue de sa maison natale porte désormais son nom, et un buste y perpétue sa mémoire.

Le flottage des bois

Durant des siècles, Clamecy fut d'abord un port dont le flottage des bois "à bûches perdues" faisait la fortune. Arrêtées par des barrages, les billes de bois venues du Morvan y était harponnées par les "triqueurs", sorties de l'eau, triées, classées, empilées et séchées avant d'être assemblées en de vastes radeaux pour poursuivre leur voyage jusqu'à Paris. Sur le pont de Bethléem, la statue du Flotteur rappelle cette fructueuse activité.

Une "église de Bethléem"

Devant le pont, un hôtel a remplacé la chapelle qui porta, jusqu'à la Révolution, le titre de "cathédrale de l'évêché de Bethléem". Clamecy hébergea en effet pendant six cents ans les évêques de Bethléem, chassés de leur diocèse palestinien lorsque Saladin s'empara de Jérusalem. Depuis 1927, une nouvelle "église de Bethléem", en ciment armé, évoque leur souvenir.

La vieille ville

Dans la vieille ville, les ruelles tortueuses abritent de nombreuses maisons anciennes à pans de bois. Les plus belles de ces augustes demeures sont probablement la "maison du Tisserand", du XVème siècle, l'ancien hôtel des Monnaies et la maison à tourelle de la place de l'Église, mais les vieux logis à encorbellement de la rue de la Tour et de la rue Bourgeoise contribuent également à composer un cadre plein de charme à l'un des plus beaux édifices gothiques de Bourgogne, l'église Saint-Martin. Commencée au XIIème siècle, cette église ne fut achevée qu'au XVème, et Viollet-le-Duc la restaura vers 1840, comme il se doit. Un porche Renaissance, dont les sculptures illustrent la vie de saint Martin, précède la façade flamboyante, flanquée d'un puissant clocher carré de même style et aussi richement orné qu'elle. A l'intérieur, la nef sans transept est à triple élévation, avec triforium et galerie de circulation, et ses bas-côtés se prolongent, de part et d'autre du chœur, jusqu'au chevet plat.

A voir non loin de là

En aval de Clamecy, quelques sites touristiques s'offrent au visiteur qui se laisse emporter par l'Yonne comme jadis les bûches du Morvan. Une petite route ombragée suit de près la rivière, que double ici le canal du Nivernais. Après Surgy, où une jolie flèche de pierre domine l'église du XVème siècle, les rochers de Basseville offrent aux amateurs quelques belles possibilités d'escalade.

Sur la rive droite, le château de Faulin est une remarquable demeure Renaissance, enveloppée par une enceinte fortifiée, hérissée de tours et bordée de fossés. Il sert aujourd'hui de ferme.

Au confluent du Charmoux et de l'Yonne, la petite cité de Châtel-Censoir s'accroche au flanc d'une colline. L'ancienne collégiale Saint-Potentien possède un chœur roman du XIème siècle, édifié au-dessus d'une crypte, et une salle capitulaire du XIIème siècle ; le reste de la construction est du XVIème siècle, et les portails Renaissance ne manquent pas d'élégance. Après Châtel-Censoir, au-dessus du large plan d'eau de l'Yonne, s'élèvent des falaises calcaires, très abruptes et très recherchées des varappeurs.

Franchissant le canal bordé de peupliers, puis l'Yonne sur un vieux pont portant une chapelle gothique dédiée à saint Nicolas, on atteint, sur la rive gauche, Mailly-le-Château, un bourg fortifié dominant un méandre de la rivière. Du château des comtes d'Auxerre, il ne reste que quelques vestiges, mais le site est charmant, et l'église est du XIIème siècle, comme la chapelle du cimetière.

L'Yonne rejoint la Cure, qui arrive de Vézelay, en amont de Cravant, une petite place forte médiévale à laquelle il reste quelques fragments de remparts et une belle tour du XIVème siècle, dite "de l'Horloge". L'église, de style gothique, possède un chœur Renaissance, entouré d'une multitude de chapelles plus décorées les unes que les autres, et un beau clocher carré de la même époque.

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