La vie des oiseaux mois après mois

L'écoulement du temps, la succession des saisons, éléments fondamentaux pour les oiseaux du jardin, représentent de véritables points de repère pour ceux qui aiment les observer. Les premiers chants de l'année, les plus tardifs, le retour des migrateurs puis leur départ, l'apparition des jeunes oiseaux, l'installation des hivernants et leur retrait : autant de jalons qui donnent une meilleure conscience du déroulement des étapes de la vie.

Janvier

Pinson du Nord

Dans la majorité des régions françaises, les oiseaux ont à affronter les basses températures. Sauf en cas de vague de froid particulièrement sévère et prolongée, ils sont bien armés pour supporter les conditions hivernales. Il leur faut néanmoins trouver de la nourriture pour maintenir leur potentiel énergétique.

La recherche de nourriture

C'est, durant le mois de janvier, l'activité essentielle à laquelle est consacrée la majeure partie de la courte journée. Les granivores se tiennent au sol, en quête de la moindre semence, de la plus minuscule graine. Les frugivores s'efforcent de découvrir les dernières baies, les ultimes fruits. En cas de baisse sérieuse de la température, les ressources en baies et fruits se trouvent vite épuisées. On notera à cette occasion qu'il se manifeste des préférences. Ainsi, si les pyracanthas sont rapidement dépouillés, les cotonéasters, eux, ne constituent qu'un recours final et sont les derniers à porter leurs petites perles rouges. Les insectivores, pour leur part, se livrent à une exploration minutieuse et systématique du moindre recoin susceptible d'abriter un petit invertébré -insecte engourdi, araignée retirée dans son abri, œufs ou larves.

Les espèces arboricoles comme les mésanges ou les roitelets inspectent branchages et buissons. Les grimpereaux concentrent leur attention sur les troncs et les grosses branches tandis que les sittelles et les pics soulèvent les écorces sèches et fouaillent le bois mort où se logent insectes et larves xylophages.

Savoir s'arrêter

Tant qu'un oiseau n'a pas emmagasiné les réserves énergétiques nécessaires à sa survie, son instinct et son organisme l'incitent à poursuivre sa quête de nourriture. En revanche, une fois cet objectif atteint, l'oiseau cesse en général de se déplacer et ralentit son activité afin de ne pas entamer inutilement ses réserves. Il préfère alors se retirer à l'abri, se consacrer à la toilette de son plumage ou au repos.

Si, au cours de la journée, l'oiseau n'a pas atteint l'équilibre énergétique en raison d'une nourriture insuffisante ou de dérangements répétés, il court le risque de mourir de faim et de froid durant la longue nuit hivernale.

Attention à ne pas déranger !

Les dérangements sont dommageables à double titre : non seulement ils empêchent l'oiseau de se nourrir comme il le devrait, mais ils entraînent également une utilisation des réserves énergétiques par une sollicitation des muscles du vol.

L'oiseau du mois : le pinson du Nord

Sa présence, plus ou moins régulière selon les régions, peut se manifester un peu partout. Les chances de l'observer au jardin seront meilleures si l'on pratique le nourrissage hivernal. Le pinson des Ardennes, ainsi qu'on l'appelait autrefois, est un joli passereau au plumage complexe.

Comme il est quasiment toujours noté en troupes, on en profitera pour s'efforcer de distinguer mâles et femelles, pour apprécier la variabilité du plumage d'un individu à l'autre et pour tenter une comparaison avec le pinson des arbres (et notamment la femelle de ce dernier).

Les rondes

Dès la fin de l'été parfois, et en tout cas à partir de l'automne, certains oiseaux se réunissent et cherchent leur nourriture conjointement d'arbre en arbre. Il ne faut pas voir dans ces rassemblements itinérants que l'on appelle des "rondes" la mise en œuvre d'une stratégie concertée mais plutôt la manifestation d'une convergence dans les méthodes de recherche alimentaire.

Cette quête concerne les mésanges, surtout la charbonnière et la bleue mais aussi la huppée et la noire ou la nonnette, les roitelets, le grimpereau des jardins et, parfois, le pouillot véloce ou le pic épeichette. Ces regroupements opportunistes restent informels : les participants de la ronde y entrent et la quittent selon leur bon vouloir ou bien s'y joignent tant qu'elle traverse leur territoire hivernal. Le tout s'accompagne de petits cris de cohésion propres à chaque espèce présente, de quoi apporter pour un temps un peu d'animation à travers le jardin engourdi.

La lutte contre le froid

Le mois de janvier offre quantité d'occasions de s'intéresser aux stratégies mises en œuvre par les oiseaux pour faire face à la baisse des températures, la première consiste à gonfler le plumage afin d'emprisonner une couche d'air isolante (c'est le principe des "doudounes"). Il s'agit ensuite de s'exposer le moins possible au froid en rentrant la tête dans les "épaules" et en fléchissant un peu les pattes afin de les dissimuler autant que faire se peut. Lorsque l'oiseau est perché sur une branche, il peut s'"asseoir" pour protéger ses pattes sous le plumage ventral. Sinon, fréquemment, une seule patte est laissée exposée, l'autre étant protégée dans les plumes du ventre. En cas de froid intense, la tête peut être tournée vers l'arrière et enfouie sous les plumes du dos.

Février

La grive musicienne

Le froid est encore au programme ce mois-ci, surtout dans les régions d'altitude. Il faut garder en mémoire que certaines des plus violentes vagues de froid depuis 1950 sont intervenues en février. Si quelques journées ensoleillées présentent une allure encourageante et annoncent un printemps encore bien lointain, d'autres, grises et venteuses, rappellent que les oiseaux n'en ont pas fini avec l'hiver.

Au cœur de l'hiver

Les espèces hivernantes sont toujours au rendez-vous mais, à la fin du mois, il faut s'attendre à quelques diminutions d'effectifs. Les grives mauvis et litornes continuent à sautiller sous les pommiers ou sur les pelouses. Les premières citées aiment, une fois le ventre plein, à s assembler dans un arbre et à gazouiller au soleil de longs moments, composant ainsi un chœur aussi agréable que surprenant.

Que ce soit aux mangeoires ou dans les arbres, les mésanges se montrent toujours aussi actives, adoptant des positions acrobatiques dans leur recherche de petites proies. Il leur faut rester prudentes car souvent bien visibles et peu discrètes, elles en apparaissent d'autant plus exposées aux attaques éclair de l'épervier. Elles sont d'ailleurs fréquemment les premières à signaler la présence du prédateur redouté en poussant des cris nerveux et insistants compris par les oiseaux des alentours.

Un frémissement

En cours de mois, certains oiseaux du jardin distillent des indices d'une évolution de leurs préoccupations. Le grégarisme exprimé par l'existence de bandes hivernales, les réunions aux points de nourrissage - où règne une assez bonne entente en dépit de quelques conflits -, qu'il s'agisse des pelouses, des arbres ou des mangeoires, tendent à s'effilocher quelque peu. Les couples se créent ou se reforment, cherchant souvent à s'isoler du reste du groupe. C'est le cas par exemple des mésanges, des verdiers, des pinsons des arbres ou des pies. Chez les mésanges, on note les premières poursuites nuptiales destinées à instaurer ou renforcer les liens conjugaux. Le phénomène, qui n'est pas propre aux espèces grégaires, peut être également repéré chez les pics ou le merle.

Un autre indice apparaît dans les manifestations vocales. Aisément audibles chez une espèce comme la grive musicienne, elles sont aussi le fait mésanges charbonnière et bleue, du troglodyte, de l'accenteur mouchet et, plutôt en fin de mois, de la fauvette à tête noire, du pouillot véloce ou du pinson] des arbres, encore malhabile.

Arrivées et départs

Février est le mois du retour pour les migrateurs les plus précoces, notamment dans le Midi ; c'est aussi le mois où les effectifs des oiseaux hivernants commencent à décroître çà et là.

L'oiseau du mois : La grive musicienne

En bien des contrées, elle s'était tue depuis plusieurs mois. A présent, en plaine et surtout dans les régions au climat doux, il suffit d'une belle journée pour que la grive musicienne se rende une nouvelle fois digne de son nom en lançant ses puissantes vocalises. Postée à l'extrémité d'une haute branche, bien en vue, elle s'époumone. La plupart des oiseaux restant encore silencieux, le chant musical de la grive est mis en valeur par le calme ambiant qui lui sert d'écrin.

Une fois le concert matinal terminé, elle peut songer à se nourrir. Les lombrics étant bien enfouis et les escargots au repos, la musicienne devra se rabattre sur ce qui reste des baies du lierre.

La double mobilité de la mâchoire

Il est temps de profiter des observations à la mangeoire car, bientôt, le nourrissage hivernal pourra être suspendu jusqu'à l'hiver suivant. Le verdier, très statique une fois à la mangeoire, est un oiseau idéal pour découvrir une particularité des oiseaux, le plus souvent méconnue. Chacun a pu constater que la mandibule inférieure d'un oiseau est mobile, comme la mâchoire d'un mammifère.

Or la mandibule supérieure est, elle aussi, capable de mouvement. Elle se trouve en effet munie d'une articulation justement nommée "charnière", zone osseuse souple située entre elle-même et la partie frontale du crâne. Les os du palais, fixés antérieurement à la mandibule et actionnés par des muscles crâniens spécifiques, assurent le déplacement de la partie supérieure du bec. Ce mouvement, pour léger qu'il soit, est parfaitement visible aux jumelles lorsque, par exemple, un verdier décortique une graine de tournesol. Cette double mobilité permet une meilleure prise des aliments et augmente l'effet de levier du bec, à la façon d'une clé "multiprises".

Mars

Le pouillot véloce

Avec l'avènement de mars, les choses se précisent ! Dans trois semaines, le printemps sera officiellement de retour et pourtant plusieurs espèces d'oiseaux ont déjà pris de l'avance sur le calendrier. Dès ce mois-ci, l'activité générale va aller croissant ; si le moment est venu de dire au revoir à la plupart des hivernants, il est aussi temps de saluer le retour des migrateurs.

Ceux-là nous quittent

À la fin de l'hiver, les oiseaux nordiques ou orientaux qui avaient choisi de passer la mauvaise saison à nos côtés sont soit déjà partis, soit sur le point de nous quitter. On peut parfois avoir l'illusion que ce temps n'est pas venu en continuant à voir au jardin quelques grives mauvis, par exemple. En réalité, les oiseaux que l'on observe jour après jour ne sont pas forcément les mêmes individus.

Certains peuvent avoir entamé leur migration au début de la nuit, tandis que leurs remplaçants sont arrivés durant cette même nuit. Les travaux des bagueurs, en rendant possible le suivi individuel des oiseaux voyageurs, ont mis en lumière ce phénomène qui échappe aux simples observateurs. Dans les semaines qui suivent, tout ce petit monde se sera évanoui, troquant les parcs, jardins et vergers de nos provinces pour les vastes étendues boisées de l'Europe boréale.

Ceux-ci nous rejoignent

En l'espace de quelques semaines, on assiste à un véritable ballet. Entre départ des hivernants et arrivée des premiers migrateurs, l'éventail des espèces présentes au jardin change. Cette modification, combinée au renouveau de la végétation, constitue l'un des temps forts de l'année dans les régions au climat doux, les autres connaissant un certain décalage. En avril, ces phénomènes naturels s'épanouiront encore mais aura disparu cette excitation de l'attente enfin récompensée qu'éprouvent avec tant de force jardiniers et naturalistes !

Parmi les premiers migrateurs à revenir, il faut saluer le rougequeue noir, la fauvette à tête noire ou le serin cini. Les chants de ces trois espèces se font entendre, ainsi que ceux du pinson des arbres, de plus en plus affirmé, de la grive draine ou de la sittelle torchepot, sans oublier l'étourneau ou le grimpereau des jardins. Au chapitre de la nidification, le troglodyte bâtit ses nids en série, le chardonneret prépare sa petite coupe délicate tandis que les moineaux se contentent d'entasser des matériaux dans les cavités qu'ils ont choisies : de quoi garantir de futurs pépiements !

Arrivées et départs

L'oiseau du mois : Le pouillot véloce

Il s'était déjà fait entendre ponctuellement en février dans les régions de plaine mais, à présent, le petit lutin brun verdâtre a regagné la plupart de ses fiefs, sauf dans les régions d'altitude où il faudra l'attendre encore quelques semaines. Aux oiseaux qui sont établis ou sur le point de le faire s'ajoutent ceux qui ont encore du chemin pour atteindre le nord de l'Europe mais "traînent" un peu en route.

Ces voyageurs peu pressés ne se privent pas de chanter, provoquant en cela l'agressivité de leurs congénères maintenant installés et qui entendent bien défendre leur lopin. On peine à imaginer que de si frêles organismes puissent affronter les périls des déplacements migratoires, et c'est pourtant ce qu'ils font depuis des milliers d'années...

Les bâtisseurs précoces

Diverses espèces sont déjà occupées, à des degrés divers, par la nidification. La pie transporte des éléments destinés à édifier son gros nid de branchettes tout en haut d'un grand arbre. Le merle peut également s'activer à la construction de son nid, à moins que la merlette ne soit déjà sur ses œufs - dans les jardins urbains, il n'est pas rare de voir déjà trottiner de tout jeunes merleaux roussâtres piqués d'une queue à peine ébauchée. La tourterelle turque, elle aussi, est souvent bien avancée dans la reproduction, et si la première nichée n'a pas encore éclos, cela ne saurait tarder.

Il faut à la mésange à longue queue bien plus de temps qu'à la tourterelle - qui se contente de quelques ramilles - pour façonner son joli nid en boule mais d'ici peu, la bourse douillette sera opérationnelle. Bref, de tous côtés, les bâtisseurs sont à l'œuvre. Ces travailleurs précoces annoncent le grand "boom du logement" qui aura lieu en avril. On remarquera qu'ils installent de préférence leurs nids dans les arbres et arbustes à feuillage persistant ainsi que dans les manchons et les rideaux de lierre, les feuillages étant encore inexistants ou trop peu étoffés pour constituer des supports convenables.

Avril

L'hirondelle rustique

Un mois merveilleux ! Le jardin embellit chaque jour, et les oiseaux sont au rendez-vous. Presque tous les visiteurs d'été seront de retour avant la fin du mois, la nidification commence à battre son plein, et les journées semblent déjà trop courtes pour les contemplatifs.

Par chance, avril n'est pas seul de son espèce et sera suivi de deux autres mois tout aussi riches : de quoi combler un éventuel déficit !

La liste s'allonge !

Avril est un bon mois pour enrichir sa liste d'oiseaux "contactés" au jardin. Elle peut être étonnamment longue. À titre d'exemple, un jardin méridional a permis en quelques années l'observation de 156 espèces différentes, dont pas moins de 80 posées et 76 en vol !

Des nids bien garnis

Mars a vu le début de la nidification. Avec avril, le vrai départ est donné, et le processus d'une ampleur incroyable culminera en mai avant de commencer à décliner en juin. À l'exception de quelques migrateurs retardataires ou tardifs (la nuance existe : les premiers sont en retard par rapport au calendrier de leur espèce tandis que les autres appartiennent à une espèce dont la migration est décalée), toutes les espèces sont, ce mois-ci, à un stade plus ou moins avancé de la reproduction. Certains oiseaux couvent, d'autres finissent de bâtir, d'autres encore ont déjà des becs à nourrir. Les nichoirs occupés par les différentes espèces de mésanges seront bientôt le théâtre d'allers-retours incessants.

Les petites surprises

La nidification n'est pas l'unique intérêt du mois d'avril. Cette période est sans doute la meilleure de l'année (avec le début de mai) pour rencontrer les migrateurs. Ce seront en premier lieu ceux que l'on espère voir s'installer au jardin ou à proximité (notamment sur et dans les bâtiments) pour s'y reproduire : les hirondelles, le martinet noir, la huppe, mais aussi le rougequeue à front blanc ou son cousin le rougequeue noir. Ce seront aussi les espèces qui ne sont pas du jardin mais peuvent s'y rencontrer occasionnellement, tantôt juste en passant le temps d'un coup d'ailes, tantôt pour une halte de quelques heures seulement : un merle à plastron, entre Afrique du Nord et Scandinavie, ou bien un pouillot fitis ou une fauvette des jardins (qui ne leur est pas spécifiquement associée, malgré son nom...) en route vers le nord. Quel que soit le voyageur, la surprise est plaisante.

Arrivées et départs

L'oiseau du mois : L'hirondelle rustique

Elle est tout un symbole, au point qu'on ne rappellera pas ici la phrase universellement connue et qui ne se vérifie pas toujours ! Certes, on peut encore connaître quelques journées désagréables marquées par le froid, le vent et la pluie, mais dans l'ensemble, l'hirondelle, seule ou accompagnée, a rempli son office, et le printemps est là. Dès maintenant et jusqu'à l'automne, l'oiseau à la longue queue fourchue aura le temps de charmer l'œil et l'oreille.

L'œil, tout d'abord : le bleu métallique sombre du dessus contrastant avec le blanc du dessous, et rehaussé par le rouge de la gorge (souvent difficile à voir...) - une tenue élégante pour un oiseau qui l'est aussi par son vol souple, virevoltant et maîtrisé. L'oreille, ensuite : le gazouillis de l'hirondelle rustique est un vrai bonheur. Comme elle ne se lasse pas de bavarder, elle donne à chacun tout le loisir d'en profiter. L'hirondelle a vraiment tout pour plaire.

L'avidité juvénile

De petits cris se font entendre un peu partout au temps des nichées. Souvent régulièrement espacés, ce sont les appels que poussent les jeunes oiseaux quémandant leur nourriture - généralement, dans le jardin, de jeunes passereaux. Si ces cris destinés à réclamer la becquée aux adultes sont parfaitement localisés par ces derniers, déterminer précisément leur origine s'avère plus difficile pour les prédateurs, dont l'homme, resté un prédateur potentiel. À intervalles plus ou moins longs, les cris s'accélèrent progressivement et deviennent suraigus, témoignant d'une excitation croissante, avant de cesser un bref instant. Cet enchaînement sonore est le signe que l'oisillon a vu arriver le nourricier (accélération des cris) qui s'est approché avec la becquée (cris suraigus) et l'a enfournée dans le gosier béant, "clouant ainsi le bec" au jeune affamé...

Ces quémandeurs bruyants sont souvent les jeunes merles, rougegorges, grives ou moineaux. Lorsque l'on entend de tels cris, mieux vaut s'écarter afin de ne pas perturber le déroulement du nourrissage.

Mai

Le gobemouche gris

Le mois en or est enfin là et compte, heureusement, trente et un jours ! Cette fois-ci, tous les migrateurs sont revenus : on joue à guichets fermés. Beaucoup d'oisillons ont quitté le nid ou s'apprêtent à le faire. Côté jardin, les fleurs sont épanouies de toutes parts, et les fruits s'annoncent. Chez les végétaux comme parmi les animaux, on connaît la profusion, ce que les écologues traduisent en parlant d'apogée de la "biomasse".

La biomasse

La biomasse, exprimée en masse (ou, plus simplement, en "poids") par unité de surface, représente le poids total des végétaux et des êtres vivants existant en un lieu. Dans les régions tempérées, la biomasse atteint sa valeur maximale à la belle saison en raison du fort développement de la végétation, de la présence d'insectes et autres invertébrés en grandes quantités, ainsi que de l'apparition des nouvelles générations de vertébrés, des reptiles aux mammifères en passant par les oiseaux. Le poids atteint s'avère parfois énorme, se comptant en dizaines de tonnes par hectare. Rien que les lombrics, par exemple, peuvent totaliser entre 10 et 30 kg pour seulement 100 m2 de prairie, valeur extrapolable au jardin pour peu que la pelouse ne soit pas un "green" de golf.

Pontes à foison

Pâques a beau survenir en avril, mai est aussi le mois des œufs. Tous les oiseaux du jardin ou presque s'y mettent. Il est des espèces à ponte unique, tels le pic épeichette, la corneille noire ou la huppe, d'autres à deux pontes, à l'image du troglodyte, du rouge-gorge ou du pouillot véloce, d'autres enfin à pontes multiples, comme le moineau domestique, l'accenteur mouchet ou le merle.

À ces pontes qualifiées de "normales" s'ajoutent à l'occasion des pontes dites "de remplacement". Ces dernières interviennent en cas de perturbation conduisant à l'abandon de la couvée ou de destruction des œufs, et seulement si ces incidents se produisent en début de couvaison. Si les œufs détruits étaient sur le point d'éclore ou que la destruction atteint les poussins, il n'y aura pas ponte de remplacement. Ainsi une espèce comme le serin cini à deux (parfois trois) pontes normales, peut en déposer en fait trois (ou quatre) dont une de remplacement.

Arrivées et départs

L'oiseau du mois : Le gobemouche gris

Il peut se vanter de s'être fait désirer ! C'est en effet l'un des migrateurs au retour le plus tardif. Certes, l'Afrique au sud du Sahara n'est pas précisément la porte à côté, mais lorsqu'on se nourrit presque exclusivement d'insectes volants, mieux vaut arriver au moment où ceux-ci sont abondants.

Le gobemouche gris cache son jeu sous une allure anodine. Grand migrateur - ses ailes apparaissent d'ailleurs longues en proportion de sa taille -, c'est aussi un excellent chasseur à l'œil vif et aux réactions fulgurantes. Son statut de traqueur de mouches est célébré dans toutes les langues à l'instar du français, du latin muscicapa à l'anglais flycatcher, en passant par l'italien pigliamosche, l'allemand Fliegenschnäpper ou le néerlandais vliegenvanger.

Le chant du mâle

Mai est le mois des chants... avec un nombre de solistes tel que, bien souvent, le concert qui en résulte rend ardue la reconnaissance de chacun d'eux. La représentation commence tôt - trop tôt, au goût de certains - parfois même avant le lever du jour. Le maximum d'intensité est généralement atteint quand le soleil n'est pas encore levé et dure encore un moment après son apparition. Ensuite, tout dépend des espèces et des individus mais on note un fléchissement dans la journée puis une nette reprise en soirée. Le chant joue une double fonction : repousser les mâles rivaux et attirer une femelle. Une fois la partenaire séduite, puis quand les jeunes sont nés - pour les espèces dont le mâle participe au ravitaillement -, le mâle tend à chanter beaucoup moins.

Ce qui permet de supposer qu'un mâle qui continue à chanter avec assiduité en mai est un célibataire en mal de compagne...

Juin

Le grimpereau des jardins

Le mois de juin est placé sous le signe de la jeunesse ! Un peu partout, les jeunes oiseaux se font remarquer, soit par leurs cris incessants, soit par leur manque de prudence et leur comportement souvent bien malhabile. Ils se rendent ainsi particulièrement vulnérables et constituent des proies toutes désignées pour les prédateurs qui ont eux-mêmes des jeunes à nourrir...

En tenues juvéniles

Comme les autres milieux, le jardin connaît ce mois-ci une fréquentation juvénile élevée, qu'il s'agisse de jeunes nés sur place ou dans les environs. Comment reconnaître les représentants de cette jeune génération ? Une fois qu'ils ne sont plus des poussins, c'est-à-dire quand ils ont troqué leur duvet contre leur premier plumage, dit juvénile, leur taille est identique à celle des adultes. Ce qui les en différencie, c'est l'aspect du plumage et, souvent, la couleur de l'iris et celle des parties nues (bec et pattes). Ainsi distingués des adultes qui ne voient pas en eux des rivaux potentiels, ils ne risquent pas de s'attirer leur agressivité.

Toutefois, certains juvéniles sont radicalement différents des adultes - c'est le cas du rougegorge -, alors que d'autres ne s'en écartent guère que par des teintes ou des reflets moins vifs, à l'instar de la sittelle ou du pigeon colombin. Chez certaines espèces comme le pinson des arbres, le jeune ressemble beaucoup à la femelle. Enfin, le jeune peut ne différer que par un détail, par exemple l'absence de calotte noire chez le jeune bouvreuil (par ailleurs proche de la femelle) ou la calotte toute rouge du jeune pic épeiche.

Place aux jeunes !

Un calcul simple permet de mesurer la place que prennent les jeunes au cours du printemps. Là où il y avait deux adultes au début de la saison de nidification, on compte maintenant en moyenne cinq ou six individus en cas de ponte unique, huit ou dix si deux pontes ont éclos. L'explosion démographique représente donc une réalité. Elle se trouve toutefois modulée par les pertes que subissent les jeunes, notamment dans les premiers jours ou les premières semaines, mais aussi, pour les migrateurs, durant leur premier voyage à l'automne. Chez les petits passereaux, il n'est pas rare que seuls un à trois jeunes sur dix atteignent la saison de reproduction de l'année suivant leur naissance.

En fait, on observe un taux de natalité élevé chez les espèces à faible taux de survie et courte espérance de vie (comme les petits passereaux), et un taux de natalité faible chez les espèces à fort taux de survie et dites longévives, c'est-à-dire à espérance de vie élevée (comme les grands rapaces), peu ou pas représentées dans les jardins. Un rythme élevé de renouvellement des individus constitue donc la règle en vigueur chez la majorité des oiseaux du jardin.

L'oiseau du mois : Le grimpereau des jardins

Ce mois-ci, les jeunes grimpereaux ne cherchent pas à passer inaperçus. Explorant les troncs et les ramures en compagnie des adultes, ils ne cessent de signaler leur position et de réclamer de la nourriture en poussant de petits cris aigus. Si leur queue n'est pas encore tout à fait aussi développée que celle de leurs parents, cela ne tardera plus. Un peu à la manière de celle des pics, la queue des grimpereaux est constituée de plumes pointues et résistantes qui servent de point d'appui contre l'écorce ou les murs.

Ce qui les rend aptes à cet usage est la rigidité de leur rachis, c'est-à-dire de leur axe central. La sittelle torchepot, excellente grimpeuse également, a une queue courte aux plumes "molles" dont elle ne se sert pas pour escalader les troncs, comptant pour cela sur ses seuls doigts griffus.

Des rayons plus ou moins bienfaisants

Tout comme les vacanciers étendus sur les plages en quête d'un bronzage idéal, les oiseaux recherchent parfais le soleil avec avidité. En juin, l'astre est généreux, et les occasions de prendre un bain de soleil ne manquent pas. La grive musicienne, le merle ou le rougegorge aiment en profiter. Mis à part une sensation supposée de bien-être due à la chaleur, les spécialistes du comportement animal, les éthologues, en sont réduits à des conjectures quant à l'explication de ce phénomène (gain en vitamines, effets direct ou indirect sur les parasites du plumage ?).

Mais le soleil n'est pas toujours bénéfique. Par une chaude journée de juin, lorsque la température devient caniculaire et dépasse 30 °C, an peut remarquer que certains oiseaux ont le bec ouvert en permanence. C'est pour eux un moyen de se rafraîchir, à la fois en exposant l'intérieur humide du bec à l'air, et en permettant à ce dernier de pénétrer directement par les narines internes que possèdent les oiseaux sous forme de deux fentes s'ouvrant au milieu du palais.

Juillet

La mésange charbonnière

L'été avance. Il faut se hâter d'en profiter car les oiseaux ne vont pas tarder à se taire et, bientôt, la chaleur jouant, ils se font bien plus discrets. Ils se montrent d'autant moins que la mue est maintenant engagée pour certains d'entre eux : le renouvellement d'une partie du plumage succède ainsi à la nidification.

À propos de la prédation

De mai à juillet, les prédateurs sont très actifs pour assurer leur survie et celle de leur progéniture. Bien que souvent associés à l'image de fauves ou de rapaces, ils comptent parmi eux le rougegorge ou la grive même si le sort de leurs proies nous laisse en général de marbre. Ces petits prédateurs peuvent à leur tour tomber sous la griffe, la dent ou le bec d'autres prédateurs. Le fait que ces "victimes" soient à sang chaud, identifiables et volontiers appréciées pour diverses raisons, suscite une réaction - compréhensible - de condamnation. Il convient néanmoins, au-delà de l'émotion, de considérer la réalité avec objectivité : l'épervier, la fouine, la corneille ou la pie ont un rôle à jouer dans l'équilibre de la nature.

Certes, le problème se pose en termes différents lorsque cet équilibre est fortement perturbé par l'homme et que certains prédateurs se trouvent en fait favorisés par la mise à leur disposition de proies abondantes. En bref, il importe de garder à l'esprit que, dans nos pays, l'équilibre de la nature, d'une stabilité variable, est soumis à l'influence de l'homme.

Encore une fois

Beaucoup d'espèces du jardin ont dorénavant terminé de nicher. Les nids, vides, sont souvent tassés, déformés par leur utilisation prolongée. Les jeunes se sont envolés, et certains ont déserté les lieux pour entamer une errance plus ou moins hasardeuse. Mais d'autres oiseaux n'en ont pas fini avec la charge des couvées et des nichées. Toutes les espèces à deux ou trois pontes annuelles ont encore fort à faire, et quelques-unes connaîtront cette situation contraignante jusqu'en septembre et parfois octobre. Le merle, l'hirondelle rustique, le pigeon ramier ou les moineaux font partie de ces oiseaux à fort potentiel reproducteur. Tant que l'été règne, les conditions d'élevage des nichées restent favorables : des insectes toujours abondants et une météo convenable en dépit de la chaleur. En revanche, une brusque dégradation du temps, notamment accompagnée de son lot d'orages et d'une baisse relative des températures, peut compliquer la tâche des adultes nourriciers.

À boire !

À des degrés divers selon les espèces, les oiseaux ont besoin d'eau. Lorsque la nourriture qu'ils absorbent n'en contient pas assez, ils doivent s'en procurer en supplément. Or l'été est précisément la saison où l'eau devient d'autant plus précieuse qu'elle tend à se faire rare. Les oiseaux déploient alors des trésors d'ingéniosité pour parvenir à bénéficier du liquide bienfaisant : les gouttes perlant d'un robinet mal fermé, les flaques dans l'allée consécutives à l'arrosage par aspersion, l'eau suintant d'un tuyau percé, celle retenue par les dessous de pots ou les chéneaux : tout est bon pour tremper son bec.

Les techniques diffèrent parfois : si la plupart des oiseaux boivent en prenant de l'eau dans la mandibule inférieure et en l'avalant après avoir suffisamment relevé la tête, les pigeons et les tourterelles constituent une exception ; ils boivent en laissant le bec immergé, comme s'ils utilisaient une paille. Cette méthode, qui oblige l'oiseau à garder la tête baissée, permet un gain de temps mais accroît le risque dans le repérage d'éventuels prédateurs. Il semble toutefois qu'avantage et inconvénient s'équilibrent.

L'oiseau du mois : La mésange charbonnière

Au début du mois, on peut encore entendre, dans les bois et le long des haies, les cris aigrelets des jeunes mésanges charbonnières, répétés sur un rythme soutenu. Il en est de même au jardin. De temps à autre, une famille - ce n'est pas nécessairement toujours la même - passe dans les arbres ou les grosses haies. Les mésanges de l'année portent une tenue qui rappelle celle des adultes mais en moins contrasté, en plus fade, comme si elles étaient tombées dans la farine. Certaines réclament encore la becquée en pépiant et en vibrant des ailes. D'autres, plus nombreuses à présent, déjà autonomes mais souvent en compagnie des frères et sœurs de la nichée, vaquent en assurant elles-mêmes leur subsistance. Pour leurs parents, la tâche est presque achevée. Le plumage un peu défraîchi par les multiples passages à travers le trou d'accès du nid, ils peuvent à présent se consacrer à eux.

Août

Le pigeon ramier

Chaleur au programme. Chaleur souvent écrasante qui affecte le jardin, ses oiseaux et... le jardinier. En place pour un repos réparateur à l'abri du feuillage complice d'un vieil arbre, d'une charmille ou d'une tonnelle, pourquoi ne pas profiter de la quiétude de l'instant pour ouvrir l'œil ? Le calme du pseudo-dormeur incite à la confiance les oiseaux des alentours, une aubaine à saisir.

Tomber du lit !

Avec un lever du soleil chaque matin un peu plus tardif, même les adeptes de la grasse matinée peuvent songer à se lever tôt pour profiter de la nature dès l'aurore.

Vers le milieu du mois, le point du jour se situe vers 6 h, et le lever du soleil trois quarts d'heure plus tard. Ces quarante-cinq minutes et la demi-heure ou l'heure qui suivent l'apparition de notre étoile constituent un moment privilégié pour surprendre les oiseaux à l'orée de leur journée. En août, il est un peu tard pour espérer profiter des chants comme au printemps mais il reste possible d'en entendre quelques-uns. Il est surtout intéressant, ce mois-ci, d'observer les oiseaux avant que l'agitation générale ne vienne modifier leur comportement en les incitant à faire preuve de davantage de prudence. Plus que jamais, il faut se faire discret si l'on souhaite ne pas rompre le charme si particulier de ces instants matinaux.

Départs et préparatifs

Lorsque les oiseaux migrateurs arrivent au printemps, il est aisé de les remarquer grâce à leurs chants. Mais quand ils nous quittent après la nidification, il apparaît bien plus difficile de repérer le calendrier précis de leur départ car ils sont devenus silencieux depuis un moment déjà lorsqu'ils décident de partir. Dans l'ensemble, les oiseaux visiteurs d'été qui fréquentent les jardins ne se montrent pas des migrateurs particulièrement précoces. Beaucoup d'entre eux nous quittent au plus fort de la migration d'automne, en septembre ou octobre -avec des variations locales, bien sûr. Mais il en est qui plient bagage plus tôt, dès le mois d'août. Ce peut être le cas d'espèces comme la huppe fasciée, le martinet, le rossignol ou la tourterelle des bois. Localement, les individus d'autres espèces peuvent tirer leur révérence avant le mois de septembre. On a l'impression un peu triste que les comédiens désertent la scène un à un...

D'autres, heureusement, n'en sont , encore qu'aux préparatifs, à l'image des hirondelles, réunies sur les fils aériens, qui gazouillent, pépient et s'envolent soudain toutes ensemble avant de venir se reposer : leur départ n'est pas pour tout de suite.

L'oiseau du mois : le pigeon ramier

Il n'est pas toujours bien vu car son appétit d'herbivore le porte à s'intéresser aux jeunes feuilles et aux bourgeons, voire aux semis du potager. Heureusement, la profusion végétale est telle que le gros pigeon ne parvient jamais à tout manger, loin de là ! Le pigeon ramier fait partie de ces espèces à nidification prolongée dont il a été question en juillet. Il semble que les premières nichées de l'année, précoces celles-là, aient un taux de succès peu élevé. Ces déboires seraient dus à l'exposition de ces nids, à une époque où la végétation ne connaît pas encore son plein développement. Les couvées suivantes sont en général mieux dissimulées, échappant ainsi à la pie ou à l'écureuil. Ce mois-ci, il est donc encore possible de surprendre la parade du ramier. L'observation permettra peut-être de saisir un détail original à l'aide des jumelles. L'œil du ramier présente un iris jaune et une pupille noire plus ovale que ronde. Durant la parade, l'iris se referme et ne laisse visible de la pupille qu'une fente noire, conférant une curieuse expression à l'oiseau.

En quête du rougegorge

Au printemps, le rougegorge (ou les rougegorges, si l'on a un grand jardin) se faisait remarquer tous les jours par son chant pénétrant émis au cours de séances de vocalisations prolongées. Ensuite, les tracas de la nidification et la prudence - scrupuleuse chez cette espèce -, qui est associée à cette phase délicate, ont eu raison du petit soliste. Succédant alors à la période de reproduction, la mue a incité le passereau à se tenir à l'écart, à l'abri de la végétation. Depuis plusieurs semaines, le rougegorge paraissait s'être volatilisé...

Et voilà que vers le milieu du mois, un peu avant ou un peu après selon les régions, le chant se fait à nouveau entendre un matin - ou un soir. Le rougegorge, superbe dans son plumage tout neuf, ose se montrer au grand jour. C'est que, là où il est sédentaire ou en tout cas candidat à la sédentarité, il doit au plus vite affirmer ses revendications territoriales. Les notes musicales sont autant de paragraphes à l'acte de propriété !

Septembre

La tourterelle des bois

Les journées restent souvent lumineuses et agréables mais une page est en train de se tourner. En septembre, la migration prend son régime de croisière, si bien que beaucoup de nicheurs visiteurs d'été s'en vont et que des migrateurs apparaissent, en route vers le sud. C'est le bon moment, surtout vers la fin du mois, pour observer des oiseaux inhabituels, qu'ils soient de passage dans le jardin ou le survolent.

Au-dessus du jardin

Aux oiseaux du jardin l'observateur curieux peut ajouter ceux qu'il voit depuis le jardin. Parmi ceux-ci, on retrouve certaines espèces du premier groupe avec, cette fois, le statut de migrateurs. Ainsi l'on peut observer simultanément des pinsons des arbres locaux dans le jardin et leurs congénères nomades en vol.

La liste de ces voyageurs saisonniers est longue, surtout si l'on se trouve par chance dans une région où les oiseaux en déplacement tendent à se concentrer plus ou moins. Le Roussillon, le Pays basque, la vallée du Rhône ou le Boulonnais constituent de bons exemples de régions favorables, mais les migrateurs peuvent, en théorie, être observés un peu partout.

Les passereaux constituent le gros de la troupe, notamment les petits passereaux, au premier rang desquels figure un trio gagnant : l'alouette des champs, le pipit farlouse et le pinson des arbres. S'y ajoutent les hirondelles, les bergeronnettes, les étourneaux ou les pigeons ramiers. Parmi les espèces moins courantes, citons des rapaces comme l'épervier, le faucon hobereau ou la bondrée apivore, ou encore les premiers canards, oies ou grues. Enfin, les chanceux pourront ajouter à leur liste le circaète Jean-le-Blanc ou la cigogne (blanche ou noire).

Trouver sa place

Dès la fin août, puis en septembre et jusqu'en novembre, le beau chant de la hulotte retentit. Ces hululements, mis en valeur par le silence de la nuit, marquent la fin de la saison de nidification. Chaque mâle reprend possession de son territoire pour son usage personnel et lance un avertissement aux mâles adultes du voisinage. Son chant signifie aussi que les jeunes nés au printemps et qui, après avoir été élevés avec soin, n'étaient plus que tolérés, doivent désormais quitter les lieux, entamant la période la plus délicate de leur vie.

Il leur faut se déplacer jusqu'à ce qu'ils découvrent un territoire vacant. Parfois, la chance étant au rendez-vous, un territoire disponible se présente rapidement - suite, peut-être, à la disparition d'un adulte, par exemple tué par une voiture (accident qui se produit, hélas, couramment). Mais souvent, cette phase tend à se prolonger, notamment dans les régions où la densité des hulottes est élevée, et la quête se poursuit plus loin.

Départs

L'oiseau du mois : la tourterelle des bois

Bien que la tourterelle des bois niche plutôt dans les jardins de bonne taille et les parcs ruraux, il arrive qu'elle survole des jardins plus modestes ou y fasse halte dans une grosse haie. En septembre, les chances de rencontre s'avèrent bonnes car la migration de l'espèce, très active depuis la mi-août, va se poursuivre sur le même rythme à peu près jusqu'au milieu du mois. La petite tourterelle ne mettra pas longtemps pour filer vers le sud, franchir la Méditerranée et survoler le Sahara. Tout là-bas, celle qui, pour le moment, se dissimule dans la vieille haie d'aubépines au fond du grand potager prendra possession de son nouveau domaine : la savane arborée. Dans la lumière tamisée par le feuillage léger des acacias, elle arpentera le sol du Sahel verdi par les pluies, à la recherche de petites graines. Entre ces deux milieux, l'un en Europe, l'autre en Afrique, quelques milliers de kilomètres avalés d'un vol véloce et nerveux...

Les insectes et autres invertébrés sont encore bien présents mais plus tout à fait dans la profusion des mois de mai à juillet. Là où il fait encore chaud, les lombrics se sont enfoncés un peu plus à la recherche de fraîcheur. Les baies, en revanche, sont abondantes et gorgées de soleil, comme en témoignent les lourdes grappes noires des sureaux, les ronciers couverts de mûres ou les perles rouges des ifs. Du coup, les insectivores ou les mangeurs de vers se rabattent sur cette manne bienvenue. Haies et arbustes font recette, et leurs fruits disparaissent à un rythme soutenu, happés par des becs avides. Les fauvettes, les grives, le merle, le rougegorge se côtoient sans animosité, incités à la tolérance par la générosité des végétaux nourriciers.

Octobre

La mésange noire

Octobre, mois trompeur qui fait souvent croire que l'été n'est pas tout à fait fini... Le soleil peut encore donner l'illusion du beau temps en faisant jouer les splendides couleurs des feuilles d'automne. Les oiseaux, eux, ne s'y trompent pas. Pour certains, il est temps de partir vers de meilleurs climats. Les autres, jeunes ou plus âgés, vont s'accommoder le mieux possible de la marche des saisons.

Tel père, tel fils...

Depuis quelques semaines, le jardin ne semble plus abriter que des oiseaux adultes. Cette impression n'est pas fausse : chez la majorité des petits passereaux, comme les mésanges, le rougegorge ou le moineau, les jeunes nés au printemps sont désormais identiques aux adultes ou peu s'en faut. Leur première mue a en effet eu lieu : la tenue "juvénile" a ainsi été troquée contre celle de "premier hiver".

S'il est impossible de distinguer un jeune chardonneret d'un adulte, la différenciation demeure possible pour quelques espèces. Chez le merle, par exemple, le jeune oiseau conserve après la mue initiale les plumes de la queue et les grandes plumes des ailes, les rémiges. Si celles de la femelle ne se remarquent pas, car elles sont de la même couleur que les plumes neuves, celles du mâle, brun foncé, tranchent avec le beau noir du nouveau plumage. En cours d'hiver, leur décoloration progressive les rendra encore plus visibles.

Chez les oiseaux qui ne sont pas des passereaux, la distinction entre oiseaux d'âges différents peut être plus sensible. La jeune mouette rieuse, par exemple, est bien reconnaissable à ses marques brunâtres et à sa queue barrée de noir à son extrémité. En revanche, rien ne ressemble plus à une vieille chouette hulotte qu'une jeune chouette hulotte...

Pour tous les goûts

Par les belles et chaudes journées d'octobre - il en existe ! - on peut se rendre compte, en regardant vers la cime des arbres, sur fond de ciel, ou dans un rai de lumière traversant le feuillage fatigué, que les insectes n'ont pas dit leur dernier mot. Les diptères, notamment les mouches et les tipules, s'accordent quelques séances de vol supplémentaires. C'est une aubaine pour les derniers gobemouches, les hirondelles retardataires ou les pouillots encore présents. Cela ne saurait toutefois durer... Les autres insectivores, ceux qui ne capturent pas leurs proies au vol, n'ont pas de souci à se faire : ils continueront à traquer les insectes cachés entre les bourgeons, les larves nichées dans les fentes de l'écorce. Quant aux amateurs de graines et de fruits à coque dure, ils ont à leur disposition les amples provisions offertes par les érables, charmes, frênes ou conifères. Les becs vont pouvoir s'activer pour accéder à ces richesses nutritives, sans oublier celles que les mangeoires vont bientôt proposer.

Arrivées et départs

L'oiseau du mois : La mésange noire

La petiote est de sortie. Certaines années, on pourrait presque dire qu'on ne voit et qu'on n'entend qu'elle, ses hui-tu, hui-tu sifflés éclatant un peu partout. Si la reproduction a été bonne en Scandinavie - où l'espèce est bien représentée -, mais qu'en revanche, la fructification des conifères a été médiocre dans cette partie de l'Europe, alors les conditions sont réunies pour que les mésanges noires nordiques "déferlent" sur l'Europe occidentale. On s'en rendra compte au jardin, surtout s'il contient quelques conifères. Parfois en petite bande, l'espèce les fréquente assidûment, mettant tout en œuvre pour extraire les graines logées entre les écailles des cônes. Comme la mésange bleue ou la huppée, c'est une acrobate astucieuse favorisée par son poids de quelques grammes à peine. Elle ne s'avoue pas vaincue de sitôt lorsqu'elle peut accéder à sa nourriture.

D'autres migrateurs

En septembre déjà, il avait été possible de prendre conscience du phénomène migratoire, soit à travers la présence au jardin d'oiseaux différents, soit en raison de la disparition d'espèces parties vers d'autres cieux, soit enfin grâce au passage en plein ciel de voyageurs pressés. Octobre est également un excellent mois, sans doute meilleur encore pour certaines espèces. Celles que l'on avait notées en septembre, des alouettes aux pinsons, continuent à défiler, mais les voici à présent accompagnées de bandes de grives, mauvis ou musiciennes notamment, de tarins ou de pinsons du nord, pour ne citer qu'eux. Les vanneaux huppés se manifestent en troupes scintillantes glissant parfais très haut dans le ciel, ainsi que de belles troupes de ramiers et, à l'occasion, un V de canards ou d'oies. Enfin, les régions situées le long d'une diagonale reliant le Nord-Est du pays au Sud-Ouest ont de bonnes chances d'être traversées par des vols de grues cendrées alignées en lignes ou en chevrons, parfois immenses.

Novembre

Le chardonneret élégant

Il faut s'y résoudre : la nature s'apprête à écrire un nouveau chapitre, celui de l'automne bien installé. Pour les oiseaux du jardin, la situation a évolué. Une fois les derniers visiteurs d'été emportés avec octobre, les mouvements migratoires se sont bien tassés. Restent à présent surtout les sédentaires et les candidats à l'hivernage. De quoi néanmoins faire de belles observations.

Les réunions hivernales

Certaines espèces se montrent grégaires, c'est-à-dire adeptes de la vie en groupe lors de certaines phases de leur vie. Ainsi les couples des espèces coloniales, comme les sternes ou les flamants, nichent serrés les uns contre les autres mais ensuite se dispersent plus ou moins. Aucune espèce des jardins ne forme de telles colonies, d'évidence par manque d'espace et en raison de la pression humaine.

D'autres oiseaux, comme l'étourneau, nichent isolément mais passent ensuite la mauvaise saison en bandes, parfois nombreuses. Plusieurs espèces des jardins appartiennent à cette catégorie. Les troupes se forment tantôt dès la fin de l'été, tantôt seulement à l'automne. En novembre, elles sont toutes pratiquement constituées, même si leur composition peut connaître une évolution au gré des arrivées, des départs, des regroupements entre bandes voisines. Les espèces grégaires dont les troupes fréquentent les jardins sont par exemple l'étourneau, déjà cité, le pinson des arbres ou celui du Nord, le pigeon ramier, le moineau friquet ou le verdier.

Un grégarisme bénéfique

Deux raisons principales permettent d'expliquer le grégarisme, y compris chez les oiseaux du jardin qui n'échappent pas à la règle commune. La première est d'ordre alimentaire, l'autre a trait à la sécurité.

Dans un groupe d'oiseaux, les plus jeunes, moins expérimentés, peuvent profiter des compétences et des capacités des individus plus âgés. Mais, même parmi les adultes, des disparités existent, certains se montrant plus "débrouillards" que d'autres, plus observateurs et réactifs. En conséquence, dès qu'un ou plusieurs individus performants découvrent une source de nourriture, les autres en bénéficient. Quel est alors l'intérêt des premiers ?... C'est là qu'intervient l'aspect sécurité.

Plus une troupe comporte d'individus, meilleures sont les chances pour que l'un d'eux remarque un danger, notamment un prédateur, et donne l'alarme apportant un bénéfice au groupe tout entier. En outre, face à un groupe, le prédateur, plongé dans l'embarras, hésite sur sa cible, craint de se blesser dans cette masse compacte et, pour finir, abandonne...

Arrivées et départs

L'oiseau du mois : le chardonneret élégant

Le chardonneret n'aurait-il pas été créé comme antidote à la grisaille ? La question est légitime tant ce charmant passereau offre à point nommé sa bigarrure d'arlequin alors même que la nature installe pour plusieurs mois un morne décor. Au printemps, le jardin avait accueilli les couples nicheurs.

En été puis au début de l'automne, des familles en déplacement et des bandes errantes de jeunes oiseaux reconnaissables à leur tête encore beigeâtre s'étaient manifestées, attirées par les fleurs montées en graines et les semences des herbes folles. En novembre, à côté des chardonnerets locaux, peuvent apparaître des individus en déplacement migratoire. Certains n'auront parcouru que quelques dizaines ou centaines de kilomètres, mais d'autres sont lancés dans un voyage plus ambitieux qui les fera passer du nord au sud de l'Europe, voire à l'Afrique du Nord. Qu'importe leur origine, quand on peut profiter de leur beauté !

Samares, graines et noyaux

Le bec conique des granivores ou celui plus pointu des pics ou de la sittelle ne manquent pas d'ouvrage ce mois-ci. Les différentes stratégies mises au point par les végétaux pour se propager offrent autant d'opportunités, entre autres, aux oiseaux. Chacun d'eux les exploite avec les outils et les capacités dont la nature l'a doté. La gamme, en ce domaine, est vaste. Certains, comme le chardonneret ou le tarin, se montrent spécialistes des toutes petites graines grâce à leur bec effilé.

D'autres, à l'image du bouvreuil, du verdier ou du pinson, possèdent un bec plus robuste, idéal pour ébourgeonner ou écraser les graines plus résistantes, samares de frêne, d'érable ou faines, selon les cas. Ni les graines à coque dure ni les noyaux ne résistent aux énormes mandibules du grosbec. Ils ne dissuadent pas plus les pics ni la sittelle qui procèdent toutefois d'une autre manière pour venir à bout des enveloppes coriaces : au lieu de les broyer, ces oiseaux les percutent à grands coups de bec jusqu'à en provoquer l'éclatement, produisant ainsi un bruit de martelage caractéristique.

Décembre

La grive litorne

En décembre, les oiseaux du jardin, comme ceux de la campagne, entrent pour de bon dans la période cruciale de l'année, celle qui épargnera surtout les adultes déjà aguerris mais fera des ravages, ou à tout le moins des dégâts, dans les rangs des jeunes de l'année, encore inexpérimentés. Instinct et chance contribueront heureusement à en sauver certains.

Le blanc danger

L'ennemi du mois - et sa présence sera d'actualité jusqu'en février dans la plupart des régions -, c'est bel et bien la neige. Le froid, passe encore, les oiseaux sont armés pour y résister à condition que la nourriture ne fasse pas défaut. Mais la neige empêche tout accès aux aliments présents sur le sol, notamment les graines. Sous une couche épaisse, ce sont également les plantes basses porteuses de graines qu'il devient impossible d'atteindre, au grand dam des moineaux, pinsons et accenteurs. La situation est analogue pour les arbres, quoique moins préoccupante puisque la plupart des fruits secs demeurent accessibles. Les bouvreuils, verdiers ou tarins continuent donc à trouver leur subsistance.

En revanche, les consommateurs d'insectes et d'autres invertébrés rencontrent autant de difficultés que les granivores. C'est le cas du merle, des grives, du rougegorge et, à nouveau, de l'accenteur. Les pics, la sittelle et le grimpereau, qui trouvent en grande partie leurs proies sur les troncs, et les roitelets, qui débusquent les leurs dans les aiguilles des conifères et le fouillis des buissons, ne sont pratiquement pas pénalisés.

Fuite ou adaptation

Pour tous ceux que gêne la neige, il ne faut pas que la couche se maintienne plus de quelques jours, sinon, à part l'exode - à condition d'en avoir encore la force - il n'y a aucune solution. Bien sûr, ce tableau brossé à grands traits ne concerne pas les régions d'altitude où l'enneigement, régulier et prévisible, a conduit les oiseaux à opter pour les stratégies adaptées, soit qu'ils anticipent les chutes de neige en descendant bien avant leur apparition, soit qu'ils appartiennent à des espèces pour lesquelles la neige ne représente pas un handicap.

Le bon gui

Un parasite, quelle horreur ! Le gui, un peu comme le lierre, est l'un de ces malaimés dont on s'étonne qu'il parvienne à survivre malgré l'animosité générale et la volonté d'éradication dont il est victime. Il joue pourtant un rôle précieux a de quelques oiseaux dont la subsistance hivernale dépend à des degrés divers, et parfois importants, de ses baies ivoirines : la grive draine mais aussi les grives musicienne et mauvis, la fauvette à tête noire et le rougegorge. On a observé que lors d'hivers rudes, quelques boules de gui bien chargées de baies permettent à une fauvette à tête noire de résister en se nourrissant suffisamment. De même, une grive draine est capable de défendre "son" arbre à gui contre d'éventuels concurrents. Toutefois, si une vague de froid provoque l'arrivée massive de grives litornes ou mauvis, la draine se voit contrainte de céder à la pression du nombre et abandonne ses précieuses réserves aux intruses affamées.

Arrivées et départs

En cas de vague de froid, fauvette à tête noire, pouillot véloce, rougequeue noir et serin cini peuvent quitter les régions où ils stationnaient et apparaître ou se montrer plus nombreux dans d'autres.

L'oiseau du mois : La grive litorne

Pourquoi elle ? Tout simplement parce que, statistiquement, décembre est un bon mois pour l'observation de la litorne (là où elle ne niche pas, car dans ses régions de reproduction, on la voit toute l'année). En temps normal, des arrivées ont lieu çà et là à cette époque de l'année.

Mais en cas de vague de froid dans le nord de l'Europe, cette superbe grive à l'élégante tenue ardoise et chocolat peut se répandre un peu partout, ses effectifs étant alors sans commune mesure avec ceux recensés d'ordinaire. Ou les litornes trouvent de quoi se satisfaire, ou la nourriture est chiche et c'est un nouveau départ, surtout si le froid gagne du terrain.

Fini la tranquillité

À partir de maintenant, les oiseaux arboricoles ne bénéficient plus de l'écran protecteur des feuillages. Les vents mauvais ont eu raison des dernières feuilles de l'automne épargnées par novembre. Seules subsistent celles que l'on appelle "marcescentes" qui, flétries et desséchées, restent toutefois en place une partie de l'hiver, à l'instar de celles du charme ou de certains chênes.

On peut alors suivre plus facilement les déplacements des mésanges, pinsons, verdiers ou pies parmi les branchages dénudés. Rien ne change en revanche pour les adeptes des végétaux à feuillage persistant, essentiellement les conifères, qui continuent à offrir abri et nourriture à leurs habitués. Il est toujours aussi problématique de parvenir à bien voir des oiseaux comme les roitelets, les mésanges huppées et noires ou encore le pic épeiche qui, s'il n'est pas un hôte exclusif des conifères, les fréquente volontiers, surtout en hiver.

Bibliographie

Les oiseaux vous intéressent, pour en savoir plus :