Le Versailles de Louis XIV

Un petit garçon de six ans, nommé le Dauphin puisqu'il est le fils aîné du roi de France, se réveille, fou de joie, un beau matin de l'année 1607. Son père, le roi Henri IV, lui a promis, la veille, de l'emmener chasser pour la première fois en son domaine de Versailles, parmi les champs, les bois et les vallons...

Devenu le roi Louis XIII, il se souviendra toujours de cette journée mémorable où il a été initié à l'art de la chasse, passe-temps favori des rois de France. En 1624, il fait construire en ce domaine une maison de chasse et, quelques années plus tard, il charge son architecte, Philibert Le Roy, de la transformer et de l'agrandir.

Rétracter -

Sommaire
  1. Dès l'âge de treize ans, le futur "Roi-Soleil" est séduit par le site
  2. Premiers agrandissements du "petit château"
    1. De vastes travaux pour aménager les jardins
    2. Le faste des réceptions du roi
    3. Versailles grandit avec son souverain
    4. Mansart, laisse un testament de l'art
  3. La décoration intérieure
    1. La décoration s'harmonise avec l'architecture
    2. Louis XIV sait recevoir
    3. Le cérémonial de "l'essai"
    4. Entre indulgence et tradition
  4. La fin du règne
    1. Il meurt le1er septembre au matin
    2. La foule lui rend hommage

Dès l'âge de treize ans, le futur "Roi-Soleil" est séduit par le site

C'est encore à l'occasion d'une chasse que le jeune Louis XIV, âgé de treize ans (huit ans après la mort de son père), fait la connaissance du petit château. Il est séduit par le site et décide d'y revenir souvent. Marié en 1660 avec Marie-Thérèse d'Autriche, infante d'Espagne, il prend personnellement le pouvoir un an plus tard et, dès les premières années de son règne, veut affirmer la puissance et le prestige de la fonction royale, si ébranlés durant son enfance par la Fronde, l'orgueil des Grands du royaume et les prétentions du Parlement.

Premiers agrandissements du "petit château"

De vastes travaux pour aménager les jardins

Malgré les remontrances de son ministre Colbert, qui trouve ses projets trop dispendieux, Louis XIV décide d'agrandir le château de son père pour le rendre plus logeable et plus somptueux. L'architecte des jardins, Le Nôtre, est chargé de discipliner les gracieux vallonnements qui entourent, le château, d'y créer des parterres, des bassins, des terrasses, des gradins. Pour parvenir à une telle ordonnance — si bien équilibrée qu'elle nous paraît aujourd'hui toute naturelle — il fallut à l'époque déplacer des milliers de tonnes de terre, tandis que d'énormes travaux étaient entrepris jusqu'à des distances considérables pour amener l'eau nécessaire.

Le faste des réceptions du roi

Versailles est alors un lieu de plaisance et de divertissements. Louis XIV y donne des fêtes brillantes, comme "les Plaisirs de l'île enchantée" en 1664. Les pièces de Molière, de Racine, les opéras de Lulli sont créés à Versailles. Mlle de Scudéry, La Fontaine, Boileau, Mme de Sévigné décrivent avec enthousiasme le faste des réceptions du roi.

Versailles grandit avec son souverain

En 1669, grâce à l'architecte Le Vau, s'élèvent autour du petit château de Louis XIII les grands appartements du roi et de la reine. On entreprend la construction de l'énorme escalier des Ambassadeurs. La chapelle primitive, devenue trop petite, est déplacée deux fois ; mais très rapidement, ces agrandissements se révèlent insuffisants. Les campagnes victorieuses de Condé, de Turenne, des maréchaux de Luxembourg et de Villars, au cours des guerres de Dévolution et de Hollande, accroissent le prestige de Louis XIV et imposent à l'Europe les paix décisives d'Aix-la-Chapelle et de Nimègue. La renommée confère peu après au roi le surnom de "Grand", alors qu'un emblème, reproduit de multiples fois par ses artistes, lui donne le visage du Soleil. Versailles grandit avec son souverain.

Mansart, laisse un testament de l'art

Un nouvel architecte, Mansart, entreprend alors l'œuvre définitive : les plans en sont soumis au roi, qui les étudie avec attention et en discute les moindres détails. L'escalier des Ambassadeurs est achevé : sa splendeur dépasse celle de l'escalier de la Reine qui, terminé peu après, donne encore accès aujourd'hui aux grands appartements. Deux vastes ailes sont déployées vers le midi et vers le nord. Au premier étage, sur la façade des jardins, entre les salons de la Guerre et de la Paix, la galerie des Glaces remplace la terrasse centrale datant, avec son bassin intérieur, des aménagements de Le Vau. La grande chambre de Louis XIV, au centre du château, est inaugurée en 1701, ainsi que l'antichambre de l'Œil-de-bœuf, qui l'avoisine, avec son ravissant décor d'enfants et de chiens. La cinquième chapelle du château remplace bientôt la quatrième, située jusqu'alors à l'actuel emplacement du salon d'Hercule. Elle est inaugurée en 1710, après la mort de Mansart : ce bel édifice est à la fois le testament de l'art du XVIIème siècle classique et l'introduction à l'art nouveau du XVIIIème.

La décoration intérieure

La décoration s'harmonise avec l'architecture

La décoration intérieure des grands appartements de Louis XIV vient compléter à la perfection la majesté de leurs proportions. Lebrun y dirige une équipe de peintres et de sculpteurs dont l'habileté consiste à harmoniser le décor avec l'architecture, elle-même conçue selon l'équilibre des jardins. La diversité des marbres, les brocarts d'or et d'argent, les tapisseries relatant, comme le plafond de la galerie des Glaces, l'histoire victorieuse du règne, le mobilier d'argent massif, les "cabinets" et les tables de bois rares, ornés d'incrustations précieuses, tout concourt à la somptuosité de l'ensemble.

Louis XIV sait recevoir

Dans ce décor, à partir de 1682 (date où Versailles devient résidence du roi et de son gouvernement) Louis XIV reçoit trois fois par semaine. D'abord sa famille, puis les Grands du royaume, ministres, courtisans, hauts fonctionnaires, et les étrangers illustres venus tout exprès le saluer. Il circule très familièrement parmi ses invités, auxquels il offre danse, musique, jeux divers, ...et le succulent réconfort de trois buffets et de tables bien garnies. On y sert "du chocolat, du thé, du café, des eaux glacées (de plusieurs sortes de fruits), de la limonade, des sorbets et cent autres liqueurs".

Le cérémonial de "l'essai"

L'accès du château est très libre. Quand le roi dîne "au grand couvert", c'est-à-dire selon l'étiquette la plus stricte, la foule est autorisée à pénétrer pour assister à son repas. Parmi les usages prescrits, il y a le cérémonial de "l'essai", qui consiste à s'assurer que rien n'est empoisonné de ce qui va être servi au roi (le gentilhomme de service vérifie jusqu'aux cure-dents !).

Plus tard, Louis XV, fort habile à décapiter d'un seul coup de couteau les œufs à la coque, en mangera parfois jusqu'à douze pour amuser l'assistance!

Entre indulgence et tradition

Il règne en effet à la Cour un mélange très savoureux de solennité et de bonhomie. Le mémorialiste Saint-Simon raconte qu'un jour, au grand couvert, Louis XIV reçoit, du milieu de la foule, un paquet mal ficelé qui atterrit sur la table, à côté de son assiette... Ce sont des franges d'or qui avaient été dérobées quelques jours auparavant dans les grands appartements. Le roi s'émeut si peu qu'on laisse échapper le voleur repentant.

Et pourtant l'étiquette ne perd jamais ses droits. Quand le duc d'Anjou, petit-fils de Louis XIV, est nommé au trône d'Espagne en novembre 1700, le roi le traite en égal pendant les quelques jours où il reste encore à Versailles. A la chapelle, où la famille royale va tous les jours entendre la messe, on présente au roi seul, pour s'agenouiller, un coussin fleurdelysé : ce jour-là, il le pousse vers son petit-fils, devenu depuis la veille un hôte royal. Le jeune roi se refuse à usurper le privilège de son grand-père... et le coussin reste inoccupé durant toute la messe.

La fin du règne

Il meurt le1er septembre au matin

Les dernières années du règne sont assombries par des guerres malheureuses, des années de disette, des épidémies qui déciment la famille royale. Seul le sourire espiègle de la jeune duchesse de Bourgogne, mère du futur Louis XV, égaye le vieux roi. Pressé par tous ces malheurs, il donne l'ordre de fondre le beau mobilier d'argent pour renflouer le trésor de la France. Au mois d'août 1715, il tombe dangereusement malade. Déjà moribond, il veut encore saluer son peuple au balcon de sa chambre, selon la coutume, le 25 août, jour de la saint Louis. Après soixante-douze ans de règne, il meurt le 1er septembre au matin, ayant exercé jusqu'au dernier jour, sans un instant de repos, son "métier de roi".

La foule lui rend hommage

Son corps est expose dans l'ancienne chambre de parade, le salon de Mercure, où la foule vient rendre hommage à sa dépouille, tandis que des messes pour le repos de son âme se célèbrent sans discontinuer sur quatre autels disposés aux abords du lit. L'ombre du Roi-Soleil continue de hanter le petit château de son père, transformé par sa volonté en une des merveilles du monde, à la gloire de la France.