Mouton

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Dans le langage courant, le mouton est mis à toutes les sauces ! Mouton de Panurge, qui, d’après Rabelais, suit le troupeau aveuglément ; mouton enragé, qui passe d’une excessive patience à une colère explosive ; mouton à cinq pattes, le plus rare ; sans oublier les vilains moutons qui se glissent sous les lits ni ceux que l’on appelle à la rescousse pour s’endormir. Citons enfin les victimes-nées qui se laissent tondre la laine sur le dis et le verbe « moutonner » qui caractérise aussi bien une coiffure que des vagues, et revenons à nos moutons…

Quatre cent cinquante races !

L’un des lointains ancêtres du mouton, qui vivait il y’a 1 750 000 années dans les plaines de Tanzanie, possédait une hauteur au garrot de 1,80m et était pourvu de gigantesques cornes : elles atteignaient 4,50m d’envergure.

Si les dimensions du mouton ont considérablement diminué, il existe cependant encore des moutons de toutes les tailles. Certaines races sont dépourvues de cornes, d’autres en possèdent deux, quatre et parfois huit ! La forme des oreilles est variable, pendantes ou pointues. Quant à la queue, elle peut être presque inexistante ou, au contraire, longue et effilée. Un museau proéminent, un front plat et des lèvres charnues sont, en revanche, des caractéristiques communes à tous les moutons. Le corps est recouvert d’une toison, différente selon les races, constituée de deux sortes de poils : l’un fin et légèrement ondulé, l’autre long et soyeux. Les pattes se terminent par deux doigts réunis en sabot. Chez les races sauvages, ces sabots robustes et pointus sont munis de coussinets rembourrés qui amortissent la chute de l’animal sautant de rocher en rocher.

L’ovin mâle se nomme le bélier. Celui qui domine le troupeau s’accouple avec une centaine de brebis au cours des derniers mois de l’année. La gestation dure environ cinq mois, et, au moment de l’agnelage, au printemps, chaque brebis pleine donne naissance à un ou deux agneaux qu’elle allaitera durant six semaines.

Voraces et grégaires

Le mouton est un ruminant ; cela signifie qu’il est muni d’un estomac à plusieurs poches, à l’intérieur duquel il emmagasine temporairement l’herbe broutée, pour la ramener ensuite dans sa bouche (régurgitation du bol) ; il la remâche alors complètement avant de l’avaler définitivement.

Le mouton a un instinct grégaire très développé, c'est-à-dire … un instinct de troupeau ! Les moutons en état de domesticité dépendent constamment les uns des autres. Si le chef du troupeau s’achemine – généralement en bêlant – dans une certaine direction, tout le troupeau le suit. Lors des déplacements à travers les pâturages, c’est le chien qui dirige les opérations : en aboyant, il conduit les moutons, les aiguillonne et ramène ceux qui ont tendance à s’éloigner, veillant à ce que le troupeau garde son unité.

Des drailles aux rails

La transhumance, ou migration du troupeau de la plaine vers la montagne et vice versa, est une pratique très ancienne ; on appelait « drailles » les pistes tracées au fil des années par les moutons lors de leurs déplacements. Désormais, le progrès a profondément modifié ces habitudes ancestrales. De nos jours, le troupeau se déplace en wagons à bestiaux. L’élevage des ovins (plus d’un milliard de têtes dans le monde entier) représente une activité économique de première importance. En Afrique du Nord, le mouton est la viande la plus consommée.

L’élevage français, en plus d’une viande d’excellence qualité (gigots de pré-salé) ; fournit du lait et des fromages réputés (roquefort). Mais les deux champions de l’élevage ovin sont la Nouvelle-Zélande et l’Australie, qui exportent respectivement 80% de la consommation mondiale de viande d’agneau et 40% de celle de mouton. Premier producteur de laine, l’Australie fournit également 40% de la production mondiale. La laine la plus recherchée est celle des moutons mérinos, originaires d’Afrique du Nord, qui fournissent une fine laine blanche.

Karakul et Bighorn

Karakul

Il existe divers critères pour le classement des nombreuses espèces ovines : entre autres, la forme du crâne, le pays d’origine et la diffusion des races. En se limitant aux espèces domestiques (Ovis aries), les plus appréciées sont les races anglaises, espagnoles et russes.

Ces animaux, fruit d’une sélection méthodique, sont capables de fournir jusqu’à 6 Kg de laine par an et par tête. La variété russe Karakul est très recherchée pour la fourrure de ses agneaux nouveau-nés, connue sous les noms d’astrakan et de breitschwanz. Parmi les races sauvages, ou mouflons, nous citerons les trois espèces les plus importantes, celles qui sont considérées comme les ancêtres du mouton.

Mouflon d'Europe

Tout d’abord le mouflon d’Europe (Ovis musimon), originaire d’Asie Mineure, d’Irak et de Perse (l’Iran actuel) ; qui encore aujourd’hui peuple les pentes escarpées de Sardaigne et de Corse. C’est le plus petit des ovins sauvages ; sa taille n’est que de 70 cm au garrot. Rapide et agile, il arbore, chez les mâles, d’imposantes cornes d’une soixantaine de centimètres, pouvant peser jusqu’à 6 Kg.

L'argali

L’argali (Ovis ammon), que l’on trouve actuellement dans le Pamir et dans la zone qui s’étend des monts Altaï jusqu’au Pacifique, à une altitude supérieure à 1000 m, est le plus grand de tous. Il mesure environ 1,20 m au garrot, tandis que ses cornes en spirale peuvent atteindre 1,90 m. Ses pattes et son museau éclaircissent sa toison brun-roux d’un beau gris fauve moucheté de blanc.

L'Urial

Enfin, l’Urial (Ovis orientalis) ; un proche cousin de l’argali, vit en Afghanistan, au Pakistan et, dans le Turkestan. En Amérique vit le mouflon des montagnes Rocheuses (Ovis canadensis). Mesurant 1 m au garrot, il possède une robe hirsute d’un brun foncé. Ses cornes, rabattues en arrière, s’enroulent en une spirale de 1 m de longueur. Les Américains l’ont surnommé bighor ; c'est-à-dire « grande corne ». Ces appendices hors du commun atteignent leur apogée vers l’âge de 7 ou 8 ans : au moment où l’animal, devenu adulte, est capable de se reproduire et de défendre son groupe de femelles.