Les appâts pour la pêche en mer

Les appâts servent à appâter le poisson donc à lui donner envie de venir à l'hameçon, c'est pourquoi il faut être vigilant sur la fraîcheur de ceux-ci. Un appât peut être animal ou végétal.

La boëtte : appât, amorce, esche, c'est la bouchée (boued) en breton, (bait en anglais) destinée à tout poisson (celtique ou gaélique). Pas de boette, pas de poisson, disait-on, avant que les leurres n'aient la parole. Mais pour qui n'est pas certain de bien faire "parler" un leurre, ou quand les poissons se montrent sourds à toutes sollicitations, la boëtte pêchera. La bonne boëtte est fraîche. Trois sortes de boëttes font recette au bord de la mer:

- les vers, - les grosses arénicoles noires, - les petites néréides blanches ou roses.

Les mollusques, encornet, seiche et poulpe, les crustacés, crabes et crevettes font aussi merveilleusement l'affaire.

Enfin la chair de poisson, de maquereaux, harengs, sardines sont parfois préconisables. On peut y ajouter un mauvais poisson, le chinchard, excellent pour boëtter les carnassiers.

Les qualités d'attirance des boëttes diminuent très vite en fonction de leur fraîcheur et de leur temps d'immersion. "Péché et boëtté dans la marée", reste un dicton pêcheur. Rien n'est supérieur à la boëtte vivante, sacrifiée sur place. Elle garde son odeur propre à l'espèce; sa chair et son sang contiennent encore des sucs dont la saveur diluée dans l'eau ira battre le rappel. Au bout d'une dizaine de minutes et non d'une heure, la boëtte est morte. Sa chair délavée n'est plus qu'un noyau de cellules vides au fond de l'océan. Qui se précipiterait sur des "noyaux"?

Sapidité

Quand on pêche au-dessus d'un repaire à congres, d'une épave, on vérifie facilement la préférence, voire l'exigence de ce réputé goinfre, pour un tacaud sorti de l'eau, par rapport à un hareng ou un encornet sortis du réfrigérateur ou longuement immergés. Cela signifie que parmi les fleuves "d'odeurs" que la mer charrie, un poisson sait distinguer les effluves fraîches de celles qui ne le sont plus. Odeurs est d'ailleurs impropre, l'eau se charge surtout d'infinies particules savoureuses.

La sapidité d'un appât, primordiale, dépend de trois conditions qui, respectées, assurent la réussite : 1 ) l'appât doit être très frais, si possible vivant, sacrifié sur l'hameçon; 2) l'appât sera renouvelé fréquemment et d'autant plus qu'il sera de petite taille ou soumis à un fort courant; 3) l'appât sera choisi parmi les plus sapides.

Les différentes boëttes ont des possibilités limitées ou étendues : les meilleures sont grasses (sardines), juteuses (arénicoles), sanglantes (maquereaux). Certaines boëttes possèdent une attirance particulière, spécifique: l'encornet dont la chair ferme concentre sans doute des saveurs importantes; le crabe mou qui, dépourvu de sa carapace, pourrait être comparé, toutes proportions gardées, à une marmite dont on a soulevé le couvercle.

La nécessité d'employer un appât savoureux dépend également de la technique de pêche. Si l'on pêche à la ligne flottante, bouchon dérivant ou buldo récupéré, la distance parcourue par l'appât, ses mouvements naturels (gravettes, crevettes) peuvent compenser une moindre sapidité. Par contre, au surf-casting et à soutenir dans lesquels l'appât stagne sur un fond parfois très encombré, une grande sapidité s'avère indispensable. Au hasard d'hectares de sables, de roches et d'algues, peut-on croire à la rencontre fortuite d'un poisson avec un appât coulé à fond d'océan ?

Les coquillages

Certains coquillages sont des appâts de fortune, quelques-uns de bonne fortune, tel le couteau. Dorades et tacauds l'apprécient et dans une moindre mesure, vieilles et bars. Le lutraire peut réussir ainsi que la pholade; la moule est délicate à employer. La plupart du temps, les coquillages parqués en des points précis du littoral ne pourront fournir que des appâts occasionnels. Et puis, ils sont souvent si bons et si beaux... Souvenons-nous en, l'un des premiers étonnements des enfants à la mer, c'est le coquillage. Parmi les coquillages utilisables comme appâts certains ont été étudiés au chapitre des pêches de grèves (coque, mye, patelle, etc).

Le couteau

Le couteau ou solen vit à l'extrême limite de basse mer, enfoui sous 40 à 50 cm de sable. On le pêche traditionnellement à la baleine de parapluie ou fil de fer recourbé introduit dans son trou, au sel qui le fait sortir (parfois) ou en le délogeant à la bêche, quand on a repéré soir trou en forme de trou de serrure.

Sa chair caoutchouteuse qui tient parfaitement à l'hameçon est appréciée par le bar, la dorade (il s'agit de la dorade à sourcil d'or plus que du griset). Mais on peut aussi utiliser des morceaux de chair de couteau pour prendre la vieille et le tacaud et pour boëtter les hameçons d'un bahot.

Pour boëtter le couteau, il y a trois façons : piquer le couteau à une extrémité avec un hameçon à tige droite n° 3/0, enfiler le plus possible de chair, sortir l'hameçon totalement, et le repiquer à l'endroit où il est sorti, enfiler à nouveau et faire ressortir la pointe (cela tient déjà bien).

Il y a mieux : traverser le couteau à l'aide d'un petit tube laiton taillé en biseau; engager la pointe de l'hameçon dans l'extrémité du tube et pousser le couteau qui sera enfilé jusque sur le nylon (cela tient très bien).

Ces 2 procédés sont à employer pour le surf-casting de plage qui nécessite des lancers puissants.

La 3ème solution s'adresse surtout à la pêche de la dorade, poisson merveilleux autant que méfiant qui, devant un couteau sans coquille pourrait manifester la réaction que l'on a quand on vous présente pour la première fois une salade d'huîtres.

On se sert d'une longue aiguille à vif ou d'un fin crochet en fil d'acier que l'on insère entre chair et coquille. Il sert à tirer la boucle terminale de l'avançon auquel on fixera ensuite l'hameçon.

Les mollusques

La seiche, l'encornet ou la pieuvre sont des céphalapodes dont la tête est armée d'un bec onguleux et de tentacules. Bons appâts en général pour: congres, bars, maigres, raies, squales, dorades, morues. L'attrait certain qu'exercent les céphalopodes sur les poissons-chasseurs résulte sans doute de : la blancheur de leur chair nacrée et phosphorescente; la saveur des fortes effuves émises dans l'eau; la souplesse de l'appât, une certaine liberté d'allure, surtout quand on emploie la tête et les tentacules.

En contre-partie, cette boëtte se conserve mal, perdant tout ou partie de ses attraits, dans l'air, le sel, la glace, l'eau. Il faut donc l'employer très fraîche et la renouveler sur l'hameçon. Le pêcheur trouvera un attrait supplémentaire dans la facilité d'emploi du céphalopode: son excellente tenue sur l'hameçon.

L'encornet ou calmar, chipiron, casseron

"Qui cueille de l'encornet rose en mai, fait du bar (franc) comme il lui plaît" - Dicton des riches années 50 - (tenir compte de la dévaluation).

C'est un céphalopode (pieds fixés sur la tête) qui possède une lame cartilagineuse interne en guise de squelette. Bon chasseur lui-même, il est très apprécié des poissons-chasseurs (maigres, bars) et des autres: dorades, morues, chiens de mer, raies, congres. Il n'y a aucun doute à avoir sur la valeur de l'encornet frais "dans sa peau". Sa sapidité alors exceptionnelle et sa chair blanche, souple, phosphorescente, en font un appât des plus attirant, lorsqu'il est débarqué en cours de marée (chalutiers, crevettiers).

Un petit encornet à peine long d'un doigt est remarquable d'efficacité envers de très gros poissons (maigres). Un peu plus gros, on pourra encore l'employer entier sur un hameçon rond de 3/0 à 6/0 selon le poisson recherché, (bar ou congre). A défaut, on utilisera la tête et ses tentacules en priorité ; le reste du corps sera découpé en lanières plus ou moins longues en fonction de l'hameçon; il est bon de laisser une languette dépasser la pointe, mais il serait mauvais de ferrer immédiatement à la touche dans ce cas. Pour les poissons à petite bouche (dorade, tacaud...) on découpera un petit cube de chair, un tronçon de tentacule.

Il est dommage que l'encornet soit déjà "passé" dans la glace quand on se le procure chez le marchand. Par contre, emballé individuellement dans du papier aluminium, l'encornet (bien lavé à l'eau de mer et essuyé) se conservera parfaitement au congélateur. La fraîcheur a moins d'importance quand elle est compensée par le mouvement, dans la pratique d'une traîne lente en bateau, ou de la dérive.

Mais à ce moment, autant employer de bonnes imitations d'encornet en plastique souple, notamment une "peau" d'encornet qui s'enfile comme un doigt de gant sur une cuiller lourde et ondulante dont elle épouse la forme, hameçon triple ressortant entre les tentacules. Les avantages résultent de la suppression du lest additionnel toujours gênant, aussi que des mouvements ondulants et saccadés que communique la cuiller à l'encornet.Mollusque à dix bras dont les deux plus longs se projettent pour saisir une proie grâce aux ventouses qui les terminent.

Seiche (Sèche)

La seiche nage lentement en avant en se servant d'une nageoire qui lui ceinture le corps, rapidement en arrière par effet de réaction. Elle souffle alors un jet d'eau en même temps qu'une encre noire (sépia) lorsqu'elle se sent menacée.

Appelée aussi casseron ou morgate, la seiche fournit une boëtte qui vaudrait l'encornet si celui-ci, de petite taille, n'avait l'avantage de s'employer entier. La tête et les tentacules sont à employer en premier pour congres, raies, squales, maigres, bars, dorade etc... en ajustant la grosseur de l'appât à celle du poisson recherché. On peut également découper des lanières dans le manteau de la seiche servant à la fois de boëtte et de leurre.

La languette de chair sera amincie et effilée à son extrémité de façon à bien onduler dans l'eau. Sur des fonds plats, nous déplacerons, sans risque, mais avec profit, le bas de ligne (plombée raclant le sable et languette nageant au-dessus). Utilisez un avançon de longueur égale au fil du plomb, semblable au montage: poisson mort. Ainsi employée, la seiche vaut (presque) une cuiller ondulante.

Les crustacés

Le crabe

Moitié marin, moitié terrien, nul mieux que le crabe ne pouvait jouer le rôle d'intercesseur auprès du poisson, en faveur du pêcheur. Les crustacés sont des animaux qui ont décidé que peau ou écailles ne constituaient pas une protection suffisante. Quand ils manifestent des intentions aussi belliqueuses que les crabes, cela se conçoit fort bien. Hélas, rien n'est parfait puisqu'il y a un défaut dans leur cuirasse.

Au moins une fois par an, un crabe est obligé de se défaire de sa carapace devenue trop étroite. Pendant quelques jours, le temps de se refaire une armure à sa taille, ce vaillant combattant, nu et mou, va se trouver exposé à toute gueule de poisson passant par là ou à la main de tout pêcheur.

Celui-ci dirigera ses pas vers les hauts de grève où les crabes recherchent deux éléments favorables à leur mue : la tranquillité qui accroît leur sécurité et la chaleur qui accélère la formation du calcaire. On remarquera à ce propos que les crabes mous sont souvent plus nombreux dans les 2 ou 3 jours qui précèdent une grande marée de vives-eaux; celle-ci transportera les crabes prêts à muer au plus haut du flot. Les jours suivants, les marées d'amplitude décroissante permettent au crabe d'effectuer sa mue à l'abri des vagues et des prédateurs. Ingénieux crabe... qui n'avait pas- prévu que l'homme viendrait à couper sa route perturbée.

Les cachettes du crabe mou sont extrêmement variées. Elles vont du classique caillou, de la touffe de goémon ou de la petite faille rocheuse, à la vase des fonds de ports et à leurs épaves, pneus, bottes et boîtes. Quand ils n'auront rien d'autre à se mettre sur le dos, les crabes s'ensableront légèrement à proximité d'une bâche humide.

La question que se pose un pêcheur débutant est celle-ci: pourquoi pas des crabes durs, si abondants? Car, c'est un fait, reconnu par les pêcheurs, établi par les zoologistes (43 petits crabes dans l'estomac d'un bar de 20 cm): de nombreux poissons se gavent de crabes durs, parfois très gros.

On ne peut émettre que des hypothèses assez peu satisfaisantes. Quelle est la situation invraisemblable d'un crabe ficelé à une ligne? S'il est mort, nul n'en voudra, à part les crevettes. S'il est vivant, il mettra toute sa vigueur à se dissimuler dans le sable ou sous un caillou. A moins qu'il ne fasse le mort? Un crabe ne s'impute-t-il pas volontairement d'une pince ou d'une patte quand on le saisit... Les seuls résultats probants sont obtenus en utilisant des crabes à pattes nageuses aplaties, crabes de chalut et étrilles. Encore faut-il soigner la présentation en pleine eau : maintenir le crabe prisonnier de la ligne flottante à proximité d'une roche du fond et de ses laminaires : pêcher de nuit, à l'aube ou au crépuscule.

En corollaire de la question précédente, on pourrait se demander pourquoi les crabes mous constituent de si bons appâts. Comme il est facile de venir au secours du succès, nous obtiendrons de meilleures réponses. Entre autres celle de l'attirance. Elle nous paraît déterminante. Le problème numéro un de la pêche ne consiste pas à persuader un poisson de refermer la gueule sur un appât. Il s'agit de l'amener à le faire. Les crabes ont ce pouvoir, durant quelques heures critiques de leur existence.

Un ou deux jours avant de perdre sa carapace, rien ne distingue un crabe muant de ses frères, sinon une attitude résignée plutôt que belliqueuse. En y regardant de plus près, le ventre est clair, marbré de vert. Pour plus de certitude, si on tire sur la dernière articulation d'une petite patte, une peau orange apparaît: "clignotant" signalant un danger pour ce crabe incapable de se défendre contre les prédateurs. C'est (apparemment) pourquoi il est pris en charge par un autre crabe qui le garde entre ses pattes, jalousement, car en fait, le crabe protecteur attend que le (la) protégé (e) ait fait sa mue pour s'accoupler avec elle.

Naturellement, les crabes mâles se débrouillent seuls, plus tôt en saison, faisant leur mue de novembre à mars. Tout ceci, pour vous permettre de reconnaître le crabe prêt à muer, que l'on appelle crabe double et que bien des pêcheurs négligent, en croyant avoir affaire, au toucher, à un crabe dur. Ces "doubles" valent bien les crabes mous sur l'hameçon, après les avoir débarrassés de leur carapace.

Lorsque le crabe a fait sa mue normalement (crabe franc), il ne se prélasse pas dans une mare, à côté de sa carapace abandonnée. Le lendemain, il est déjà à demi-dur, encore valable en tant qu'appât, mais plus délicat à bien fixer sur l'hameçon. Somme toute, cela donne 3 à 4 jours pour se procurer une boëtte qui surpasse les autres dans la pêche de poisson différents. Sans doute, ces succès sont-ils dus à une odeur et une attirance particulièrement efficaces, mais aussi en eau peu agitée et pour des poissons côtiers méfiants, au fait que rien ne distingue le crabe léthargique en mue d'un crabe mou sur un hameçon. Peu d'appâts empalés sur un fer peuvent prétendre à ce naturel.

Où trouver des crabes mous?

On pourrait répondre partout où il y a des crabes, car ce n'est pas une race particulière. Et des crabes, il y en a un peu partout, y compris dans les sables et la vase. Évidemment, les côtes rocheuses sont privilégiées car la recherche est facilitée par les petites mares qu'affectionnent les crabes, des mares d'eau tiède. Une faible profondeur (la main ou l avant-bras), des varechs pendant sur les bords, du sable au fond ou un caillou, voilà les conditions idéales. La recherche s'effectue à la main, ce qui est plus sûr ou au moyen d'un crochet, en commençant par le point le plus creux, le coin de sable ou le caillou. La conservation est aisée; du varech humide et renouvelé, au frais, dans l'osier ou le bois blanc. L'inconvénient, chez les crabes mous est leur mauvaise tenue à l'hameçon au cours des lancers.

Voilà une légende qui a la vie aussi dure que les "crabes de fer" (crabes des failles à carapace bosselée).

Évidemment, si l'on prétend commencer en enferrant sur un 4/0 un gros crabe mou de façon qu'à part la pointe et l'anneau de l'hameçon, le crabe soit absolument conforme, on recherche la difficulté.

Plus simplement, le crabe sera sectionné en 2 parties. Une moitié sera tenue ventre en l'air et sera piquée dans les alvéoles d'attache des pattes de cette façon : c'est-à-dire en pressant bien entre pouce et index les ligaments d'attache de manière à former une masse compacte que traversera la pointe d'hameçon.

Il ne faudra pas enfiler comme on enfile des perles, segment après segment. Puis, on terminera en repiquant le milieu de 2 ou 3 pattes également compressées. Si la bouchée est jugée petite, on remontera cette moitié sur la tige et l'on enfilera de même l'autre moitié sur l'hameçon 3/0. Sinon, un crabe fournira 2 boëttes.

Pour un petit crabe entier, on procède de façon identique au départ, mais ensuite on effectue un retournement de l'appât de façon à ce que la courbure de l'hameçon enserre le dos, et un second retournement pour enfiler la deuxième rangée d'attaches de pattes. Crabe entier ou moitié de crabe mou, pas un bar, une dorade, un congrue, une plie, une vieille, une raie... ne passeront dans les parages, sans se faire piéger.

La crevette

En tant qu'appât, la crevette vaut-elle tout le mal que l'on se donne et tout le bien qu'on en dit lorsqu'elle soubresaute au bout d'une ligne? Sans aucune doute, il n'y a guère de poisson, petit ou gros qui ne s'attaque à une crevette. Justement, le moindre petit poisson est capable de briser comme le verre une crevette vivante qui a exigé des manipulations précises : soit pour lui traverser la tête, sous la carapace, avec un hameçon fin de fer, soit lui passer l'ardillon sous l'avant-dernier anneau de la queue.

Une crevette nageant en pleine eau au bout d'une ligne flottante engagée dans un courant doublant une pointe ou une jetée, cela a évidemment belle allure.

Lieu ou bar, vieille ou tacaud, mulet ou turbot ne résisteront pas. Mais notre crevette aura-t-elle résisté jusque là...?

Pour plus de sûreté, on "épingle"... la crevette entièrement sur l'hameçon. De cette façon, le fer dont la courbure épouse la forme de l'appât, en traverse tous les anneaux. Cela améliorera la tenue, niais diminuera l'attirance: en effet on ne disposera plus que d'un cadavre de crevette. Certains poissons n'y regardent pas de si près, mais pour les autres, les chasseurs en eaux-vives, nous croyons préférable d'utiliser franchement la crevette au lancer, comme un leurre.

La monture, simple, comporte un fil d'acier pointu sur lequel la crevette sera enfilée, un hameçon triple n° 3 ou 4 et un petit bracelet élastique pour ligoter l'appât. A partir de ce tackle, on peut pratiquer bien des pêches. Laisser dériver librement la crevette très loin, et ramener par saccades; lancer à l'aide d'une olive de 30 g placée à une brasse de la crevette et récupérer à raser le fond, en dents de scie. C'est même un des rares cas où l'on puisse se permettre de marquer une pause dans la récupération, en laissant un instant le "leurre" reposer sur le fond. Au redémarrage, l'attaque d'un lieu ou d'un bar est quasi automatique.

Ce montage permet aussi une traîne très lente (toujours avantageuse) sur une ligne souple: plombs olives échelonnés - un émerillon et 10 m de nylon 30/100 en bas de ligne. En plus des bars, lieus, maquereaux, pourquoi pas un turbot sur fond de sable roux ? Pour de nombreux poissons de ports, de jetées, de falaises, la crevette cuite et décortiquée rendra autant de services que crue, et tiendra bien mieux sur l'hameçon. Vieilles, tacauds, merlans, lieus y mordent franchement. Pour les lignes de fond, bahots ou palangres, un bouquet cuit et décortiqué enfilé sur un hameçon n° 4 peut aussi bien rapporter une plie anémique qu'un vigoureux turbot, confirmant aussi le meilleur et le pire dont on entoure la crevette.

Le bernard-l'ermite ou pagure ou piade

Le bernard-l'ermite est un singulier crustacé qui craint les coups bas. Il est obligé de protéger son abdomen mou à l'intérieur d'un coquillage vide, souvent un buccin à grosse coquille spiralée. Pour déloger ce "squatter" il faut briser la coquille, tout au moins l'extrémité pointue, afin d'utiliser son précieux abdomen sur l'hameçon. Il fournira un bon appât pour les poissons océaniques ou méditerranéens, l'oblade par exemple. Dorades, vieilles ou bars ne négligeront pas non plus un bernard-F ermite.

Les poissons

L'un des avantages et non des moindres du poisson, c'est de procurer au pêcheur des appâts abondants, à bon compte. Les meilleurs poissons, les plus couramment utilisés, sardine, hareng, maquereau, sont des poissons à chair grasse, huileuse. Leur sapidité est donc excellente. Elle a malheureusement une contre-partie: la fragilité; leur chair se désagrège vite. En conséquence, il faudra, surtout avec des quartiers de poisson, renouveler fréquemment l'appât sur l'hameçon. Pour cette raison, on utilise plus souvent la tête et les tripes que la sardine entière; on découpe des morceaux de chair vers la queue musclée du maquereau en laissant la peau.

Si l'on utilise un hareng entier, on l'ouvre en deux pour retirer l'arête et l'on coud à gros points les deux parties retournées peau contre peau, avec un fort hameçon (congres - squales). Cette technique est également valable avec d'autres poissons comme le tacaud (frais) dont le congre est friand.

C'est un morceau de maquereau prélevé dans la queue et composé employé: le gueulin.

C est un morceau de maquereau prélevé dans la queue et composé d'une languette de peau et de quelques millimètres de chair. Le gueulin est remplacé à présent par des leurres en plastique souple, ce qui ne l'empêche pas d'avoir encore du succès, en tant qu'appât naturel frais auprès des maquereaux et des lieus. Une autre pratique tend également à diminuer, celle de l'amorçage.

La strouille ou stronk

La strouille est l'amorce marine destinée à attirer les poissons, les rassembler et les maintenir à portée de la ligne : un programme alléchant. Le "remplir" à l'aide de strouille l'est moins. Il y a les difficultés d'approvisionnement depuis que têtes et boyaux de sardines qui constituaient la base des strouilles, ont presque disparu. C'est dommage car la sardine fournissait la meilleure amorce, une fois réduite en bouillie et alourdie plus ou moins de sable selon le courant et le fond; à défaut, on emploiera des maquereaux, tacauds ou harengs.

Il y a aussi la préparation en pâte, purée ou boulettes, à l'aide d'instruments datant de la cuisine au bain-marie (hachoir ou pilon); le transport en voiture, et sur les grèves, ou en bateau ; enfin la distribution s'accompagnant de nouvelles manipulations pour doser la strouille, plus ou moins épaisse (sable ou eau) selon qu'on cherche le poisson à fond (dorades) ou qu'on le "lève" en surface (maquereaux, mulets, orphies). Strouiller, stronker, c'est tout cela.

Sans se décourager, mais puisqu'il faut payer, autant acheter de la bonne farine de hareng de Norvège chez un grainetier (aliments du bétail) et des recoupes chez un boulanger, qu'on mélangera (les farines) dans la proportion de 1 / 3 de poisson, ou par moitié pour pêcher à fond. C'est beaucoup plus propre, moins nauséabond et aussi efficace. Le mode d'emploi demeure aisé lorsqu'il s'agit d'amorcer en eau calme, mais plus délicat en présence de courant. Pour pêcher dans un port ou en certains points privilégiés d'une côte (remous en côté d'un rocher), on amorcera par jets réguliers et entretenus d'une strouille plutôt liquide.

Pour pêcher, en bateau, les poissons de surface, la strouille, épaissie de sable au début, sera allégée ensuite afin de faire monter le poisson. Quand le bateau est au mouillage, les choses se compliquent, non pour immerger la strouille à l'avant, dans la poche d'un vieux filet à mailles fines (encore faut-il qu'elle soit copieuse et fortement lestée), mais par suite des circonstances favorables à réunir: il faut du courant, mais pas trop, surtout pas de vent qui fera virer le bateau. A part la courte période d'étalé de basse mer, si le vent se lève, fraîchit, tourne, l'amorçage à fond devient sans effet. On ne peut que suspendre la strouille à flanc de bateau, en péchant flottant à la dérive, comme pour le requin.

Aussi gourmand que cet ogre, l'océan engloutit rapidement de grosses quantités d'amorces. C'est ce qu'il oublie souvent quand, venant de la rivière, un pêcheur désire transposer ses pratiques d'amorçage à la mer.

Autres poissons

Parmi les autres poissons valables, mentionnons le chinchard pour boëtter les casiers, le thon, la mèche dans les cavités de la boîte crânienne, et les petits poissons de roche dont on mésestime souvent l'attirance. Employés comme vifs sur une ligne flottante, ils se révèlent souvent résistants et aussi attirants pour le bar ou le congre que d'autres appâts réputés.

En définitive, la chair de poisson demeure un bon appât tant que l'on s'adresse à des poissons-chasseurs ou à de gros mangeurs comme les congres, les morues, les squales. Elle ne convient pas aux poissons plats qui, dans le sable, recherchent les vers. Quant aux petits poissons entiers, pour les utiliser régulièrement à la pêche il faut pouvoir bénéficier de secteurs côtiers privilégiés. Dans ce cas, n'hésitez pas à employer lançons, éperlans ou gobies, suivant en cela le vieux précepte pêcheur: "le vivant recherche le mort".

Les vers

L'arénicole

En tête vient l'arénicole, le "prêt à pêcher" de la mer. Arénicole signifie: qui vit dans le sable. On pourrait aussi bien définir ce gros ver par : qui vit de sable. L'arénicole passe sa vie à engloutir, filtrer et rejeter les sables où elle prospère. Cetta façon d'occuper le terrain nous permet de repérer les bancs de vers grâce aux tortillons de déjections. Hélas, il ne suffit pas toujours de se précipiter, bêche baissée, sur les tortillons pour en extirpe les vers. Sur certaines plages privilégiées, d'un coup de fourche, on retournera trois ou quatre arénicoles grosses et grasses à souhait. Sur d'autres il faudra se pencher plus profondément sur la trace du ver : en creusant au préalable, tout autour du tortillon, un premier fossé d'enceinte. Une fois l'animal cerné, la pelle devra faire vite pour atteindre le ver.

Comme les arénicoles préfèrent les sables humides, l'extraction peut tourner à l'inondation et la pêche devient réelle quand le bras du pêcheur plonge dans le trou pour en retirer les vers qui y nagent. Mais aussi, quelle satisfaction : de belles arénicoles (jusqu'à 25cm) brunes ou roses, promesses de beaux poissons. Rejetez les arénicoles étripées, les vers blessés anéantiraient rapidement votre récolte. Conserver l'arénicole n'est pas si facile; "un ver qui pourrit de peur' disent les Nantais.

Néanmoins, en suivant un certain rituel commun à tous les vers, on conservera les arénicoles de façon satisfaisante: en les rinçant à l'eau de mer - en les mettant à dégorger leur sable sur des journaux -puis en les plaçant entre deux sacs dont l'humidité sera entretenue par des aspersions d'eau de mer. Évidemment, cette "séquestration" se fera en cachette, à l'ombre et au frais.

Un autre procédé plus radical consiste à "ébroder" les vers, à les vider en pressant leurs viscères entre des doigts après avoir incisé la peau de la tête.

La conservation est identique à la précédente. Même si cela peut paraître dérisoire, nous pensons qu'il est préférable que l'arénicole se vide sur l'hameçon, à l'endroit où elle repose, en situation de pêche.

Justement, comment fixer l'arénicole? Pour que l'appât tienne bien, on enfilera le ver par la "goule" d'une longueur d'hameçon; celui-ci entièrement ressorti, la partie du ver enfilée sera remontée au-dessus de la palette ou de l'anneau. On repiquera le restant du ver deux ou trois fois en traversant le corps après l'avoir tourné sur l'hameçon. L'arénicole jouit d'une telle téputation parmi les fonds marins, que la pêche en pâtit parfois.

Afin que pinces et mandibules ne fassent disparaître prématurément un appât, doublons la bouchée. Un premier ver enfilé et remonté entièrement sur le fil, puis un second torsadé sur l'hameçon comme précédemment.

Excellent appât, unique boëtte parfois pour les poissons plats, l'arénicole plaît aux morues, aux merlans, aux bars, anguilles et à bien d'autres. On ne peut jamais dire qu'un poisson, même gros, dédaignera une arénicole.

La néréide est un ver plat annelé, connu sous les noms de: "chatte, pelouse, carplue, gravette, escavène", en suivant les côtes du Nord au Sud.

La néréide

Selon leur habitat, on en distingue 3 sortes: la néréide de vase au corps blanc verdâtre ou légèrement rosé, que l'on trouvera dans les ports envasés, les grèves au sable limoneux des estuaires, les berges étangs saumâtres. C'est la plus commune, celle dont raffole le mulet ou le lieu, et qui ne laissera indifférent aucun poisson, fût-il de taille: bars, dorades , vieilles, tacauds... et tous les poissons plats. La néréide de sable graveleux est un petit ver rose, qui vit sur des grèves de sable humide, souvent caillouteuses. Les vers nichent près des pierres qu'il suffit parfois de retourner. Particulièrement remuante, cette néréide convient bien à l'emploi de lignes flottantes fines, ou au lancer (petits bars et lieus) à courte distance, en utilisant des nylons de 16 à 20/100 et des hameçons très fins de fer.

La néréide de roche, la plus grosse (15 à 20 cm), la plus recherchée, pour le bar, se tient dans les interstices des roches friables en décomposition, les veines de gravier et de goëmon pourri prises entre ces roches. Très résistante, cette "pétiche" sera surtout employée au surf-casting.

Les petites néréides sont des appâts fragiles qu'il convient de fixer délicatement sur des hameçons en rapport avec leurs tailles, dans les numéros 6 à 12 selon les poissons à pêcher; un fragment de gravet-te pour un prétreau, ou 2 ou 3 gravettes enfilées en tête, au tiers de leur longueur, pour un bar. L'approvisionnement en néréides peut se faire chez le marchand d'articles de pêche. Qui veut les pêcher doit prendre une fourche à quatre dents et son courage à deux mains. Notamment en ce qui concerne la grande néréide extraite à la pioche ou à barre à mine, un exercice qui fait les muscles saillants et les reins creux...

Conservation des appats

La conservation des appâts est un problème important, surtout en vacances, période chaude de l'année. Bien conserver une boëtte une nuit ou un jour ne pose pas de problème, seulement quelques règles.

Essayons de recréer le mieux possible les conditions d'habitat de l'appât: humidité, température constante, demi-obscurité...

Dans la pratique, cela se traduit par une caissette de bois blanc, un matériau qui respire, absorbe l'excès d'eau et en restitue par évapo-ration ce qui contribue à abaisser la température. Comme couvercle, un léger morceau de klegecel, excellent isolant. A l'intérieur, soit du varech, goémon court des hauts de grève et lichens moussus, soit du sable de mer, ou mieux encore, les deux.

Ainsi on peut déjà conserver la plupart des appâts marins bien vivants. Sous aucun pretexte, un appât en mauvais état, mutilé ou écrasé, ne sera conservé. Des crabes mous et des vers se maintiendront de 3 à 6 jours selon la température du local et la possibilité de renouveler quotidiennement les algues ou le sable. Bien entendu, on peut fignoler en enroulant les arénicoles une par une dans du papier journal, après les avoir ébrodées,mais à part ce tour de main, la plupart des autres procédés de conservation ne sont pas toujours à la portée d'un amateur. Comment renouveler 2 fois par jour l'eau de mer du bocal en verre où vous aurez plongé délicatement les gravettes, si votre résidence d'été n'a pas les pieds dans l'eau? Comment hiberner des appâts à 18° si votre agent de location n'a pas prévu de congélateur?

A propos de ce super réfrigérateur qui convient très bien à tous les ûts morts, encornets, seiches, maquereaux etc... lavés à l'eau de et vidés, n'oublions pas que le congélateur maintient et restitue l'animal dans l'état où on le lui a confié.

D'autre part, des arénicoles congelées vont "éclater" intérieurement sous l'effet du gel, si on ne les a pas inprégnées de glycérine ou de sirop de sucre. Enfin, il y a des appâts pratiquement impossibles à bien conserver tels que des coquillages (couteau), crustacés (crevettes) ou des poissons (lançon, éperlans). Il faut les utiliser le jour même et préférer une crevette cuite à une crevette crue tournée.

En conclusion, il ne faut pas trop se leurrer sur la conservation des appâts, croire qu'après s'être astreint une matinée à la collecte de la boëtte on en aura bien pour la semaine. Mieux vaut (croyons-nous) aller à la pêche une ou deux heures seulement, et "piquer" quelques bons poissons avec de la boëtte fraîche, plutôt que de faire le "piquet" de grève une journée, à côté d'une "boîte" d'appâts de conserve.

Enfants de Nérée, dieu marin, et de Doris, nymphe de la mer, elles étaient 50 filles à personnifier le jeu des vagues. Il existe presqu'autant de noms pour désigner les néréides chères aux pêcheurs.