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Les enjeux du dopage

Le suivi médical des sportifs est essentiel pour garantir l'intégrité physique et mentale des individus. Confrontée à un homme sain - le sportif -, la médecine du sport est très spécifique. Conserver ou améliorer un capital de santé peut se révéler parfois plus délicat que guérir une pathologie.

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Sommaire
  1. L'enjeu médical
    1. La singularité de la médecine du sport
    2. Enjeu sportif et enjeu sanitaire sont-ils incompatibles ?
    3. La mission des médecins du sport
  2. L'enjeu sportif
    1. Pourquoi se dope-t-on ?
    2. Les sportifs, anges ou démons ?
    3. La responsabilité de l'encadrement
  3. L'enjeu économique
    1. Les sponsors, des boucs émissaires ?
    2. Les sponsors, partenaires du sportif
  4. L'enjeu politique
    1. Le dopage ordinaire
    2. La banalisation du dopage
    3. Les risques sanitaires pour les sportifs
    4. Les missions de santé publique
  5. L'enjeu médiatique
    1. Toujours plus haut, plus vite, plus loin
    2. Des médias schizophrènes
  6. Un enjeu de société
    1. On se dope de plus en plus jeune
    2. Dopage, pharmacodépendance et toxicomanie
    3. La spécificité du dopage sportif

La médecine du sport

Elle doit être assurée avec compétence et surtout indépendance, en conformité avec les règles de la déontologie professionnelle définie par le serment d'Hippocrate, seul garde-fou contre les dérapages.

L'enjeu médical

La singularité de la médecine du sport

Proche d'une médecine du travail, la médecine du sport s'inscrit plus dans une logique d'adaptation de l'individu à un environnement particulier que dans une logique de prescription de médicaments. Longtemps cantonnée à la réparation des blessures subies par les sportifs, elle s'est peu à peu étendue à leur préparation physique et à leur encadrement. La demande des sportifs, et de leur entourage, a pu alors dépasser ce que le suivi médical prévoit et autorise. Mais les médecins ne sont pas toujours complices du dopage. De nombreux sportifs ont su s'approvisionner par eux-mêmes sans recourir à un prescripteur.

Enjeu sportif et enjeu sanitaire sont-ils incompatibles ?

La notion de dopage ne se limite pas pour le médecin à une liste de substances et méthodes interdites. La pharmacodépendance et le dopage s'inscrivent dans un processus plus insidieux. Il existe des produits autorisés dont les modes d'administration ou les posologies ne sont conformes ni à l'éthique médicale ni à l'éthique sportive. La frontière entre l'aide à la préparation des sportifs et le dopage est parfois ténue. Seuls la conscience médicale et le respect du serment d'Hippocrate peuvent empêcher les dérapages. Si le médecin du sport peut permettre d'optimiser la préparation humaine des sportifs, il ne doit pas intervenir pharmacologiquement sur la performance. En particulier, toute intervention sur la régulation hormonale est interdite. La médecine du sport n'est pas une médecine d'accompagnement, en ce sens que le rôle du médecin du sport ne se borne pas à prescrire « mécaniquement » des médicaments.

Le serment d'Hippocrate

Depuis l'Antiquité, tout candidat au titre de docteur en médecine doit prononcer, à la fin de ses études, le serment d'Hippocrate. Il s'engage ainsi à le respecter et à lui rester fidèle dans l'exercice de sa profession ; il s'engage surtout à ne pas porter atteinte à la vie de son patient. Hippocrate, ce médecin-philosophe grec (460-377 av. J.-C.), auteur d'ouvrages sur la santé, avait posé les bases fondamentales de l'éthique médicale : le devoir d'humanité du médecin, l'inviolabilité du secret professionnel et la responsabilité de transmettre l'enseignement reçu.

La mission des médecins du sport

Le lien psychologique entre un produit et une performance est le point de départ d'une dépendance mentale. Le dopage apparaît comme une conduite « addictive » (de l'anglais addict, « intoxiqué »). Le médecin du sport doit proposer au sportif d'autres solutions - et non des substituts -au dopage : il s'agit notamment d'organiser, avec le sportif et son encadrement, un entraînement planifié et méthodique qui va de pair avec une hygiène de vie saine, une alimentation appropriée et une préparation psychologique conforme aux attentes. Le médecin doit apporter une réponse claire au sportif pour qu'il ne fasse pas appel à des procédés irrationnels. Les sportifs les moins encadrés, les moins suivis médicalement, sont les plus vulnérables. Le médecin du sport a un engagement moral vis-à-vis de l'athlète qu'il suit. Le secret professionnel lui interdit de prendre des mesures qui soient contraires aux intérêts de son patient. Mais si le médecin refuse d'être complice du dopage et que le sportif s'adresse à d'autres, est-il coupable de non-assistance à personne en danger ?

La seule solution contre le dopage, c'est la médecine. Le médecin du sport doit être à la fois un thérapeute et un conseiller pour le sportif.

L'enjeu sportif

Des emplois du temps surchargés

Aux compétitions aux niveaux régional et national s'ajoutent les rencontres européennes et mondiales, autant de rendez-vous à respecter si le sportif veut être sélectionné.

Les sportifs n'ont pas délibérément recours au dopage pour tricher, mais pour « tenir bon » ! Coupables ou non, ils sont surtout des victimes. Il est fondamental de s'intéresser aux motivations des sportifs pour comprendre l'enjeu pour le sport et envisager des solutions.

Pourquoi se dope-t-on ?

Un état de fatigue à la veille d'un rendez-vous sportif important, une reprise d'activité après une blessure ou une période de surentraînement favorisent le recours au dopage. Ces situations sont autant de causes du dopage. La première est le surmenage des sportifs. Le calendrier des manifestations sportives est très chargé. Avant la fin de la saison, ils sont épuisés physiquement. La deuxième cause de dopage est le déracinement affectif des sportifs qui sont sélectionnés de plus en plus jeunes et doivent quitter le plus souvent leur région d'origine. Ils rompent ainsi avec leur famille et leurs amis. Privés de ces repères stables, ils sont plus fragiles affectivement. La fatigue mentale est aussi épuisante que la fatigue physique. Les contraintes médiatiques ou économiques incitent à supprimer les phases de récupération, essentielles à l'équilibre physiologique. Le sportif ne peut plus matériellement évacuer le stress dû aux compétitions, il recourt alors à des moyens artificiels qui lui donnent l'illusion de récupérer.

Les sportifs, anges ou démons ?

Peut-on dire que tous les sportifs sont dopés ? Seulement quelques cas de dopage avéré sont relevés et sanctionnés chaque année. Les sportifs ont un rapport au dopage différent, selon leur pouvoir d'achat. Certains peuvent en effet se procurer des produits sophistiqués, coûteux, difficilement accessibles et indétectables par les moyens de contrôle employés actuellement. D'autres utilisent des substances plus courantes, plus dangereuses aussi pour leur santé, et très facilement détectables. Est-il cohérent, dans ces conditions, de sanctionner certains sportifs, alors que d'autres ont pu échapper aux mailles du filet ? Des résultats contradictoires d'analyse ont pu donner l'impression que le système de contrôle était inadapté.

Sportifs convaincus de dopage

En France, en 1997, sur les 5 228 sportifs contrôlés (dans 66 fédérations), seulement 151 ont été convaincus de dopage, soit 3 % du total. Mais ce pourcentage ne reflète pas exactement la réalité du phénomène. Trop de contrôles sont encore effectués pendant les compétitions, alors que les sportifs ayant recours au dopage le font plutôt lors de la phase de préparation.

La responsabilité de l'encadrement

Le sportif a pour mission de gagner. Il a une obligation de résultat. Son encadrement doit l'aider à atteindre la victoire. Il a une obligation de moyens. Le sportif ne s'occupe pas des à-côtés dont fait partie en général le dopage. Qu'il soit conscient, ou inconscient (c'est plus rare) du dopage, il est soumis à une pression constante de son entourage qui peut fausser son jugement. Face à une promesse de victoire, à la conviction diffuse que tous les autres sportifs se dopent, peut-on résister longtemps à la tentation du dopage ? La décision de se doper est le plus souvent prise de manière passive par le sportif qui apparaît plus « corrompu » que « corrupteur ».

Confrontés aux contraintes liées à la compétition, les sportifs se dopent plus pour tenir que pour gagner. Le dopage est souvent un symptôme de leur fragilité, leur organisme étant soumis à rude épreuve.

L'enjeu économique

En matière de dopage, les sponsors sont souvent au cœur du débat. Incitent-ils les sportifs à se doper ? Le dopage n'est-il pas contraire aux intérêts des sponsors ? En fait, ils apparaissent plus comme des catalyseurs que comme les initiateurs directs du dopage.

La victoire, un placement à haut risque

Contrairement aux autres domaines de l'activité économique, le seul étalon qui existe en matière sportive, c'est la victoire.

Virenque, éclipse d'un champion

Premier touché par le scandale ayant contraint l'équipe Festina à quitter le Tour de France 1998, Richard Virenque a annoncé, le 6 décembre de la même année, qu'il mettait fin à sa carrière de cycliste professionnel, faute d'avoir trouvé un nouvel employeur.

Ben Johnson, lâché par ses sponsors

Ce champion olympique canadien, convaincu de dopage pour la première fois aux jeux Olympiques de Séoul en 1988, a perdu tous ses sponsors avant d'être radié par la Fédération d'athlétisme.

Les sponsors, des boucs émissaires ?

Il existe dans l'activité sportive trop de risques pour que les sponsors s'y engagent sans condition. Comme d'autres activités, le sport est soumis à des déterminants non économiques. Le principal aléa tient justement à la logique sportive qui veut que le meilleur gagne. C'est la « glorieuse incertitude » du sport. Si celle-ci n'existe pas, il n'y a pas de compétition, donc pas de sport. L'incertitude est ennemie du profit. Toute personne cherchant à investir dans le sport va s'efforcer de réduire cet aléa qui lui est intrinsèquement lié. Une possibilité est d'inciter les sportifs à améliorer leurs performances par tous les moyens, licites ou illicites. Le sportif se comporte vis-à-vis de ses sponsors comme un salarié. Il est soumis à une obligation de résultat auprès de ses « employeurs ». Les carrières sont courtes, la force de travail dépensée est très concentrée.

Parfois pour gagner, la plupart du temps pour poursuivre son activité, le « travailleur sportif » a de plus en plus recours à des substances chimiques afin de pouvoir tenir. Soumis au stress, aux accidents du travail, à la fatigue physique et mentale, à sa hiérarchie, il doit rendre des comptes. Autoriser ou inciter des sportifs sponsorisés à prendre des substances dopantes est le point limite de la démarche des sponsors.

Les sponsors, partenaires du sportif

Pour rester populaire, le sport doit continuer d'être un jeu. Le dopage transgresse les règles et transforme le sport en « antijeu ». Le sponsorisme a pour objectif d'accroître l'image de marque de la firme. Celle du champion parrainé doit être parfaite. Les entreprises exigent des champions une totale intégrité personnelle dans leur éthique sportive. L'intérêt des entreprises, comme celui du sport, est que ce dernier continue d'être un jeu, avec la part d'incertitude et de risque qu'il comporte pour le capital investi. Inciter les sportifs à prendre des substances interdites est une stratégie de court terme. Les fortes sommes investies dans le sport, et en particulier sur les sportifs, ne permettent plus de jouer à l'apprenti sorcier. Les sponsors veulent des résultats mais plus à n'importe quel prix. Leur action s'inscrit de plus en plus dans le long terme. Ils n'accompagnent plus l'athlète sur une seule saison. Ils ne peuvent pas exiger une rentabilité immédiate de leur investissement. En effet, le risque de voir éclater un scandale, avec les conséquences désastreuses sur l'image du sportif et de la marque qui lui est associée, est supérieur aux bénéfices escomptés par le recours au dopage sur le court terme.

Les sponsors veulent des résultats : la victoire est leur meilleur retour sur investissement. À court terme, le dopage est risqué. À long terme, cette stratégie est désastreuse pour les entreprises-sponsors.

L'enjeu politique

Le dopage représente un enjeu de santé publique majeur. Il touche toutes les catégories de sportifs. Et les produits et méthodes utilisés sont de plus en plus dangereux.

Le dopage ordinaire

Les produits utilisés sont des médicaments anti-asthmatiques ou des stimulants qui proviennent en général de la pharmacie familiale ou qui sont fournis par un entourage (famille, copains...) inconscient des dangers.

La banalisation du dopage

On pouvait croire que le dopage ne concernait que quelques milliers de sportifs de haut niveau. En fait, de plus en plus de jeunes (parfois même dans le cadre du sport scolaire), quel que soit leur niveau, y ont recours. Volonté de s'identifier à l'élite ou nécessité d'être reconnu sont des arguments couramment avancés. Les éducateurs ont constaté une tendance inquiétante à l'utilisation détournée de médicaments, à des fins sportives, par une frange de plus en plus importante de jeunes amateurs. Les médicaments ne sont pas des produits de consommation courante.

Le médicament le plus anodin peut avoir des effets secondaires graves. Le second danger est la dépendance et l'escalade dans la recherche de substances actives. Les jeunes sont alors confrontés à une fourniture clandestine, illicite, c'est-à-dire sans contrôle sur l'origine des produits avec tous les risques que cela représente pour la santé.

La pharmacodépendance

Les consommations initiales épisodiques dégénèrent rapidement en prises régulières, avec un recours à des produits toujours plus fortement dosés pour obtenir les mêmes effets qu'au début.

Les risques sanitaires pour les sportifs

La nature des produits et les modes de dopage utilisés sont inquiétants. L'évolution de l'arsenal thérapeutique - médicaments et procédés - laisse augurer de combinaisons, détectables ou non par les moyens de contrôle actuels. Toutes les molécules intervenant pharmacologiquement sur l'activité motrice ou corticale sont susceptibles d'être « testées » par des sportifs. Les conditions d'utilisation de ces produits multiplient encore les risques d'accident. Un sportif dopé associe en général plusieurs substances pour augmenter les effets de chacune. Les posologies ne sont pas respectées : les doses sont progressivement augmentées. L'origine et la qualité des produits, qui transitent de manière illégale, sont inconnues et souvent douteuses, si l'on en juge par les marchés d'approvisionnement.

Les missions de santé publique

La lutte antidopage manque encore d'indicateurs sanitaires fiables pour avoir une connaissance scientifique rigoureuse à la fois de la population concernée et des conséquences pathologiques réelles. L'action doit porter sur la prévention et la « veille sanitaire ». La prévention concerne deux groupes distincts au sein de la population sportive : les individus ayant déjà recours au dopage d'une part ; les non-utilisateurs d'autre part. Pour les premiers, seule une campagne d'information dissuasive semble efficace. Pour les seconds, il faut envisager une politique générale d'éducation sanitaire portant sur la nutrition, l'alcool, les toxicomanies... Il faut surtout convaincre chaque sportif qu'il possède les ressources utiles à sa performance personnelle. Il n'a pas besoin d'utiliser des produits magiques ou des méthodes miracles.

Le dopage n'est plus le fait des seuls sportifs de haut niveau. De plus en plus de sportif de niveau régional se dopent. Ce qui pose aux pouvoirs publics un problème sanitaire majeur.

L'enjeu médiatique

Alors que les sponsors tendent à réduire l'incertitude liée à la compétition, les médias, et particulièrement la télévision, veulent accroître la « glorieuse incertitude du sport » pour attirer un public toujours plus exigeant. C'est pourquoi ils ont souvent intérêt à rendre plus spectaculaire la pratique du sport.

Toujours plus haut, plus vite, plus loin

Les médias ont une double incidence sur le sport. Ils créent des événements. Certains sont reconnus par les pouvoirs sportifs officiels (fédérations). D'autres sont sauvages. En poussant à la multiplication de rencontres, attractives financièrement, les médias chargent les programmes de compétition déjà très remplis des sportifs professionnels. Ce surmenage, souvent dénoncé, explique, en partie, le recours à des substances dopantes pour « tenir ». Les médias, parce qu'ils sont en général les premiers financeurs d'événements sportifs majeurs (Coupe du monde, jeux Olympiques...), peuvent aussi dicter leurs règles aux organisateurs. Chaque année, le parcours du Tour du France cycliste laisse place aux pronostics les plus variés sur l'issue de la course. Pour mettre la barre toujours plus haut, les organisateurs se sentent obligés d'allonger les étapes et de les rendre plus difficiles... donc plus spectaculaires. Pour finir, le recours a des « béquilles » chimiques semble aller de soi.

Les médias créateurs d'événements

En cyclisme, le journal L'Auto qui deviendra L'Equipe en 1946, crée le Tour de France en 1903. En football, Silvio Berlusconi est le grand ordonnateur, par le biais de sa chaîne de télévision Canale 5, d'un Mundialito en 1987.

Des médias schizophrènes

Les médias retransmettent les événements sportifs : ils doivent contenter les spectateurs en leur offrant le plus beau spectacle possible. Les médias ont aussi une mission d'information. Quand les scandales surviennent, ce qui a été le cas lors du Tour de France 1998, cette dernière fonction entre en concurrence avec la première. Le service public, France 2 et France 3, est le retransmetteur exclusif du Tour. Sa couverture sportive était consensuelle. En revanche, le traitement juridique a suscité une polémique : cyclistes accusateurs, public présent sur le Tour hostile. France Télévision a été confrontée à un dilemme : dissocier le spectacle sportif et la chronique judiciaire ou traite le Tour dans son ensemble. La deuxième solution, plus courageuse, a été retenue. Le second problème posé par le traitement médiatique du dopage est le risque de boycottage par le milieu sportif. Les journalistes dépendent des bonnes relations qu'ils entretiennent avec les sportifs et leurs clubs. Dénoncer certains dérapages, nommer des coupables peut entraîner des réactions de défense de la part du monde sportif qui réservera la primeur des informations à d'autres médias. La concurrence est rude, il n'aura aucun mal à trouver des journalistes plus conciliants.

Influence des médias sur l'organisation des compétitions

Aux jeux Olympiques de Séoul en 1988, la chaîne de télévision américaine NBC a fixé le programme des épreuves pour que la retransmission corresponde aux heures de grande écoute aux États-Unis.

Parfois créateurs d'événements sportifs, le plus souvent retransmetteurs, les médias ont une relation ambiguë vis-à-vis du dopage qu'ils dénoncent ou passent sous silence.

Un enjeu de société

Il serait illusoire de croire que le sport est coupable de tous les maux. Dès lors qu'il y a compétition, concurrence, il y a une incitation à recourir à des moyens artificiels, chimiques. De plus en plus de médicaments, vantés à grand renfort de publicité, se présentent comme des stimulants. Pourtant, le dopage sportif reste un phénomène à part.

Dopants courants et dopants sportifs

Les stimulants ou antistress - dopants courants -n'ont pas les effets dévastateurs des anabolisants, des hormones de croissance ou encore de l’érythropoïétine - dopants sportifs.

On se dope de plus en plus jeune

La réussite scolaire est devenue un élément décisif de réussite sociale. Dès le plus jeune âge, on est incité à donner le meilleur de soi-même. La pression est lourde sur des épaules encore frêles. Une enquête nationale, menée en France en 1991 auprès des 11-19 ans, a permis de constater que 17 % des adolescents ont pris au cours de l'année des médicaments contre la nervosité, l'angoisse ou pour mieux dormir. Parmi eux, 12,7 % les ont pris sur prescription médicale uniquement. Le recours à une médication est plus fréquent chez les filles et augmente avec l'âge. À 18 ans, elles sont 33 % à avoir utilisé des médicaments dans ce but. Beaucoup d'anxiolytiques*, vendus sur ordonnance, sont très facilement accessibles dans la pharmacie familiale.

Dopage, pharmacodépendance et toxicomanie

Si recourir à des médicaments devient un réflexe en période de stress ou de fatigue, on peut devenir pharmacodépendant à mesure que les enjeux sont de plus en plus importants.

Une forme de dopage se rapproche de la pharmacodépendance : les sportifs peuvent prendre des antidépresseurs ou des sédatifs lors de rendez-vous importants quand ils ont besoin de récupérer par le sommeil. Dopage et toxicomanie diffèrent en revanche dans leurs finalités. Les sportifs recherchent à plus ou moins long terme la performance. Les toxicomanes veulent compenser un manque, de façon immédiate ; les drogues donnent l'illusion d'une jouissance intense. Dopage et toxicomanie se rapprochent en plusieurs points : par les sensations de plaisir et de puissance, par la dépendance physiologique et psychologique, par un comportement de repli sur soi. Ce sont deux comportements « déviants », ils transgressent la règle alors que la pharmacodépendance relève plus d'une logique thérapeutique.

Du dopage à la toxicomanie

Certains sportifs peuvent devenir des toxicomanes. Au début des années quatre-vingt, le circuit professionnel du tennis (l'ATP, Association de tennis professionnel) a ainsi créé un service de désintoxication.

La spécificité du dopage sportif

Il n'est pas légitime de banaliser, et donc de justifier, le dopage sportif, en prétextant que le dopage est une pratique courante dans la société. Le sport est une activité originale qui repose sur l'existence et le respect, librement consenti, de règles soumises à un arbitrage incontestable. Recourir à des substances dopantes est un exemple flagrant de violation des règles. Les produits utilisés comme dopants par les non-sportifs (stupéfiants, excitants ou calmants) ne sont pas ignorés par la loi. Leur consommation est strictement réglementée : interdite dans le cas des drogues, elle est subordonnée à l'existence d'une ordonnance médicale pour les amphétamines ou les sédatifs. Il n'y a pas de laxisme dans ce domaine.

La société moderne peut inciter à une forme de « dopage ». Il est tentant d'amalgamer dopage, pharmaco-dépendance et toxicomanie.

Ce sont des comportements différents, relevant chacun d'une réglementation et d'une législation propres.