Observation des oiseaux en France

En vert, le climat océanique en rouge, le climat océanico-continental en jaune, le climat méditérranéen en bleu, le climat montagnard

Quiconque voyage en France ne tarde pas à mesurer la grande variété des paysages. Largement façonnés par l'activité humaine, ces derniers n'en restent pas moins dépendants des déclinaisons du climat, et les jardins s'inscrivent dans ce contexte. Selon la région où il se situe, un jardin est théoriquement appelé à séduire une gamme d'oiseaux qui, même groupée autour d'un noyau commun, offre aussi d'intéressantes variantes locales.

L'influence du climat

La France bénéficie d'une position privilégiée au carrefour de plusieurs types de climats. Il en résulte une belle variété écologique. En effet, qui dit climat dit conditions météorologiques particulières et par conséquent végétation spécifique.

Comme tous les êtres vivants, les oiseaux sont tributaires d'une combinaison de paramètres écologiques, eux-mêmes largement dépendants du climat. Ces données influent sur le choix que font les oiseaux d'un milieu pour se reproduire. Elles interviennent également après cette phase de leur emploi du temps annuel puisque certaines espèces peuvent se maintenir sur place ou n'effectuer que des déplacements modérés, tandis que d'autres se voient contraintes à des migrations les mettant à l'abri d'une dégradation de climat qui les placerait dans l'incapacité de se nourrir : ainsi, une espèce granivore trouvant essentiellement sa nourriture au sol ne peut plus y accéder lorsque le manteau neigeux s'installe durablement ; une espèce insectivore spécialisée dans les proies aériennes devient incapable de s'alimenter quand les insectes volants meurent ou disparaissent pour hiberner.

Des climats, des jardins et des oiseaux

Le régime des précipitations - la pluie, bien sûr, mais aussi la neige - et celui des températures sont des paramètres qui conditionnent dans une large mesure à la fois la végétation et les capacités d'accueil du milieu en matière d'oiseaux. Pour ce qui est de la végétation, schématiquement - et même en tenant compte du fait qu'ont été créées des variétés plus résistantes au froid, au chaud, à la sécheresse ou à l'excès d'eau -, on ne peut pas faire pousser tout n'importe où... Les jardins sont donc peu ou prou façonnés en réponse à des conditions naturelles particulières. Voilà qui ne manque pas d'influer sur l'éventail des oiseaux concernés, singulièrement dans le domaine des disponibilités alimentaires.

À cet égard, il convient de rappeler que chaleur et précipitations déterminent en partie l'existence des populations d'insectes, dont les espèces peuvent ainsi être différentes selon les régions et se manifester selon un calendrier variable. Il en résulte que les oiseaux insectivores trouveront de quoi se nourrir à des dates échelonnées, plus précoces dans le Midi et à basse altitude qu'à une latitude plus septentrionale ou à une altitude plus élevée ; avec des conséquences évidentes sur les dates de retour (et, ensuite, celles de départ) des migrateurs.

Quels oiseaux du jardin pour quelles régions ?

La tourterelle turque est rebutée par la rigueur du climat montagnard, mais aussi par l'altitude, tandis que ces paramètres font l'affaire du bec-croisé des sapins. Ni la fauvette babillarde ni l'hypolaïs ictérine ne s'accommodent du climat méditerranéen, alors qu'il est recherché par le petit-duc scops et, surtout, la fauvette mélanocéphale. On remarque également que certaines espèces, loin d'être des spécialistes exigeantes, parviennent à se plaire sous tous les climats. On les appelle des espèces "ubiquistes". Du printemps à l'automne, la fauvette à tête noire représente un bon exemple d'espèce ubiquiste puisqu'on peut la rencontrer de Calais à Marseille et de Brest à Strasbourg, du niveau de la mer à plus de 2 000 m d'altitude.

Climat, sol et végétation

La végétation dont il est essentiellement question ici est l'"autochtone" (ou indigène), c'est-à-dire celle qui, lentement façonnée par le climat et l'évolution, répond à des conditions écologiques données. Elle convient, plus que toute autre, aux oiseaux qui fréquentent nos contrées. S'il est possible, surtout grâce à l'évolution des techniques mises en œuvre pour la sélection des variétés de végétaux et leur culture, d'installer une végétation "allochtone" (ou exogène) ; en bien des endroits, une telle végétation n'est pas - ou est peu - attractive pour les oiseaux.

Il existe, en matière de végétation, des "domaines", c'est-à-dire des zones où les différentes essences occupent une position dominante. En dehors de son domaine, une essence donnée peut être peu représentée, voire absente, si l'on excepte les implantations résultant de l'action humaine.

Exemples de prédilection

Sans entrer dans le détail des cartes de végétation - des documents souvent très complexes -, on peut citer quelques exemples de nature à guider les choix du jardinier qui cherche à favoriser les oiseaux.

Le châtaignier n'aime que les sols acides, siliceux. Les sols calcaires, eux, conviennent à l'if tandis que le hêtre peut s'y plaire ou s'en passer, du moment qu'il bénéficie d'une humidité atmosphérique suffisante (ce qui explique son goût pour les régions au climat océanique ou montagnard). Le charme préfère les régions du Nord et de l'Est. L'épicéa n'est vraiment chez lui que dans les régions d'altitude de l'est de la France (et donc ni dans le Massif central ni dans les Pyrénées ni ailleurs...). Le chêne pédonculé évite le Midi méditerranéen, au contraire du chêne kermès, qui y prospère sur sol calcaire - il peut y côtoyer les chênes pubescent et vert, ces derniers remontant toutefois plus au nord. À côté de ces végétaux sélectifs, il existe des essences plus tolérantes, à large répartition, comme l'aubépine, le prunellier ou le merisier - heureuse disposition puisque de nombreux oiseaux les affectionnent particulièrement...

Le jardin "océanique"

Le climat océanique couvre les régions littorales de la façade atlantique, de la Manche et de la mer du Nord. Il pousse aussi son influence assez loin dans les terres, soit à 150 km environ à l'est d'Angers et vers Le Mans. C'est dire qu'il concerne un grand nombre de départements et, partant, de jardins.

Du bon usage de la pelouse

D'une façon générale, le jardin "océanique" ne souffre pas du manque d'eau - même si certains étés peuvent se révéler cruels pour la végétation, habituée à un autre régime. Dans ces conditions, les surfaces enherbées s'établissent et s'entretiennent assez facilement, surtout si l'on a opté pour des graminées rustiques. Le problème viendrait plutôt de la tonte qu'il faut faire très régulièrement là où l'on souhaite garder l'herbe rase. Celle pelouse rase convient à tous les oiseaux qui doivent pouvoir se déplacer aisément à terre pour déloger larves et vers enfouis dans le sol, tels le merle noir, la grive musicienne, l'étourneau sansonnet ou le pic vert.

En revanche, les amateurs de graines comme le chardonneret élégant ou le verdier d'Europe préfèrent une pelouse moins rase où les plantes basses ont eu le temps de se développer et de fructifier. On prendra donc soin de ménager, en arrière de la zone tondue régulièrement, une "ceinture" que l'on tondra deux ou trois fois moins souvent. Dans l'idéal, il convient de laisser subsister, en arrière de cette zone intermédiaire,une surface d'"herbes folles" qui ne fera pas l'objet de tontes mais d'une fauche annuelle ou bisannuelle. C'est là que la fauvette à tête noire ou le pouillot véloce pourront installer leur nid.

Un peu de piquant

Les oiseaux, notamment les passereaux, tirent profit de la végétation épineuse pour y dissimuler leurs nids, et certains y trouvent également une partie de leur nourriture, sous forme végétale (fruits, graines...) ou animale (invertébrés). En zone océanique, le jardinier amateur d'oiseaux peut choisir diverses solutions pour établir des haies ou des fourrés susceptibles de plaire aux oiseaux nicheurs. Le trio comprend l'ajonc, parfaitement à son aise ici, le prunellier qui supporte les vents forts et la proximité de la mer, et la ronce, ubiquiste. Le cortège des oiseaux qui fréquentent ces végétaux à un moment ou à un autre est fourni : linotte mélodieuse, fauvette à tête noire, bouvreuil pivoine, bruant zizi, accenteur mouchet, mésanges...

II est toutefois recommandé de surveiller ces plantes, notamment la ronce et l'ajonc, dont la propension à occuper le terrain s'avère étonnante. On veillera donc à les installer de façon à pouvoir aisément limiter leur goût pour la conquête en passant par exemple une débroussailleuse (ou la faux) en hiver.

Le choix de ces végétaux offre le plaisir - outre d'aider les oiseaux - de profiter du jaune d'or précoce de l'ajonc (et de son parfum de noix de coco), de la neigeuse floraison du prunellier (et des prunelles...) et, bien sûr, des mûres pour la confiture !

Lutte biologique

Parmi les larves qui s'en prennent aux racines des graminées figurent les Bibionidés. Ces "mouches", qui émergent en avril, pondent dans le sol. Après éclosion, les larves, d'abord présentes en surface, s'enfoncent ensuite dans le sol où elles attendront de se transformer à leur tour en adultes, l'année suivante. C'est lorsque ces larves ne se sont pas encore enterrées que les oiseaux leur donnent la chasse. Une bergeronnette, par exemple, peut en consommer de grandes quantités en arpentant la pelouse, l'œil aux aguets et le coup de bec preste.

Le saviez-vous ?

L'ajonc, le prunellier et la ronce offrent des ressources fondamentales à bien d'autres animaux que les oiseaux. Les insectes, et notamment les abeilles et les bourdons, y puisent du nectar et du pollen en quantité. Les papillons, dont on sait qu'ils se raréfient, apprécient tout particulièrement les fleurs de la ronce. Les diptères (mouches et compagnie...), attirés par les fleurs, sont des proies toutes désignées pour les oiseaux insectivores. Enfin, les graines des ajoncs font les délices des mulots qui les grignotent en les maintenant adroitement de leurs pattes avant.

Le jardin "continental"

Le titre retenu ici l'a été dans un souci de simplification. Il faudrait en effet parler, comme on l'a précisé, d'un jardin "océanico-continental" ou encore d'un jardin "de transition entre les influences océanique et continentale". Même s'il est bien difficile à qui séjourne sur les contreforts occidentaux du Massif central ou en Champagne, et n'est pas géographe, d'imaginer là une composante océanique...

Le bon équilibre

Qui dit zone de transition dit recherche d'un équilibre entre les influences qui s'exercent en ce lieu. À moins que l'on n'opte délibérément pour l'une de ces influences en la favorisant. Le jardin "continental" laisse en réalité la place à une grande liberté. À chaque jardinier ami des oiseaux de faire son choix et d'imprimer sa marque, de privilégier son style en recourant au très large éventail d'essences que géographie et climat mettent à sa disposition. On pensera toutefois à retenir à la fois des végétaux nourriciers et d'autres propices aux nids et à la sécurité (ce sont parfois les mêmes).

Au-delà de la sélection des végétaux, il convient de s'interroger sur la proportion à ménager entre les espaces ouverts et ceux dotés d'un couvert végétal sous forme de buissons, arbustes et arbres. Décision à prendre en tenant compte d'un paradoxe : un jardin "boisé" se révèle attractif pour nombre d'espèces d'oiseaux intéressantes mais leur observation est rendue malaisée par la présence d'un écran végétal. À l'inverse, un jardin plus dégagé, tout en apparaissant sans doute plus pauvre, permet aux espèces présentes de se laisser admirer sans grandes difficultés. La solution réside peut-être dans une cohabitation entre espaces ouverts et secteurs arborés, les deux étant séparés - complétés - par des végétaux de taille intermédiaire. Les oiseaux y trouvent alors leur compte, tout comme l'observateur dont le regard ne rencontre, pour l'essentiel, pas d'obstacle.

Éloges de l'aubépine et de l'églantier

Menés en haies ou non, aubépine et églantier ont leur place au jardin, et singulièrement au jardin continental.

À la campagne, on la nomme encore souvent l'épine blanche (son alter ego, l'"épine noire", est le prunellier). L'aubépine a plus d'une vertu. Belle au printemps, elle le reste en automne et jusqu'au cœur de l'hiver grâce à ses perles de corail - précieuses ressources hivernales pour bien des oiseaux dont les grives de toute espèce. Elle accueille et protège de ses piquants acérés le nid fragile de la tourterelle des bois, celui de la grive ou encore le chef-d'œuvre de la mésange à longue queue, parmi tant d'autres. Sa longévité, enfin, force le respect (attention, toutefois : l'aubépine est sensible au feu bactérien, et sa plantation doit faire l'objet d'une autorisation du Service de protection des végétaux).

Avec l'églantier, il ne s'agit pas de durer mais d'exister le temps qu'il faudra. Suffisamment pour enchanter l'œil et l'odorat avec des fleurs aussi délicates que parfumées. Assez pour héberger chaque printemps le nid des fauvettes, pies-grièches ou bruants. Quant aux cynorrhodons écarlates, ils font les délices des verdiers aux approches de l'hiver. Comme la ronce, l'églantier doit être contenu afin de ne pas en prendre trop à son aise. L'aubépine, moins envahissante, peut tirer profit de la taille en s'épaississant - ce qui améliore son attrait auprès des petits passereaux nicheurs - mais on peut aussi la laisser s'épanouir, si l'on dispose d'une place suffisante.

Oiseaux planteurs

Le jardinier attentif ne manque pas de remarquer, sous certains arbres ou arbustes, la présence de jeunes plants d'autres essences, parfois en assez grand nombre. Il s'agit le plus souvent de tout jeunes sureaux, aubépines, cotonéasters ou pyracanthes. Ces pépinières spontanées sont le fait des oiseaux consommateurs des fruits de ces végétaux. Ils sont venus se poser sur leurs perchoirs favoris et ont déposé des fientes en dessous. Celles-ci contiennent les graines non digérées, dont certaines ont besoin de transiter par le tube digestif des oiseaux pour germer. Au jardinier de décider la destination à donner à ces plants. Il peut choisir d'en laisser prospérer quelques-uns qui viendront remplacer le végétal sous lequel ils se trouvent, il peut aussi en transplanter, ou opter pour leur suppression.

Un peu de bois mort...

La tronçonneuse, on le sait, est un outil d'un usage si facile qu'il tend à pousser son utilisateur à l'action, voire à aller au-delà du programme qu'il s'était initialement fixé ! Pourtant, un arbre mort ou dépérissant constitue un indéniable atout dans un jardin d'oiseaux. Tout d'abord, il est très apprécié par les oiseaux qui désirent bénéficier d'un poste d'observation élevé offrant une vue dégagée - et se laissent ainsi parfaitement voir. Ensuite, les espèces grimpeuses y trouvent toujours quelque chose à se mettre sous le bec. Enfin, l'arbre mort se prête bien à la pose de mangeoires. Naturellement, on ne laissera subsister qu'un sujet n'offrant aucun danger - en délimitant si nécessaire une zone de sécurité à l'aplomb de la couronne de l'arbre à l'aide d'une petite barrière rustique ou d'une haie basse.

Le jardin montagnard

Le terme montagnard peut sembler ambitieux. Que l'on se rassure, le qualificatif n'est pas ici strictement réservé aux zones d'altitude élevée. L'examen d'une carte de France montre qu'une part non négligeable du territoire national se situe au-dessus de quelques centaines de mètres d'altitude - assez pour que le jardin puisse prendre une allure "montagnarde".

Un choix judicieux

La tentation est grande - et parfaitement légitime - de planter, ou de favoriser, des conifères dans un jardin montagnard, à condition de disposer d'une place suffisante car ce sont pour la plupart des arbres à grand développement. L'amateur de variété végétale, laissant libre cours à son goût pour la "collection", optera pour des essences américaines ou asiatiques. L'amateur d'oiseaux préférera des essences indigènes ou, au moins, naturalisées depuis si longtemps qu'elles ont, parfois, fini par être adoptées par la faune.

La liste des conifères locaux comprend entre autres le sapin pectiné, l'épicéa, le mélèze, le pin sylvestre ou le pin de montagne (et son parent le pin mugo). Tous ces arbres offrent généreusement leurs graines aux oiseaux des jardins, capables de les extraire des cônes où elles sont cachées. Le pic épeiche, la sittelle ou le bec-croisé des sapins figurent parmi les amateurs attitrés de ces friandises qu'ils disputent à l'écureuil roux. Mais d'autres oiseaux, davantage insectivores ceux-là, trouvent aussi leur bonheur dans les bouquets d'aiguilles et les fentes de l'écorce : la mésange noire, la mésange huppée, les roitelets ou les grimpereaux.

On n'oubliera pas de recourir à deux conifères sans cônes mais très prisés des oiseaux, à savoir le genévrier (présent jusqu'à 2 500 m) dont les baies bleuâtres intéressent le merle, les grives (dont la draine) ou le rougegorge, et l'if (il monte jusqu'à 1 600 m) dont les "arilles" rouges font le régal des merles, grives et fauvettes à tête noire.

Des baies à croquer

Le jardin montagnard est la terre d'élection de buissons et d'arbustes à baies qui, s'ils se rencontrent pour certains jusqu'en plaine, trouvent ici de bonnes conditions pour prospérer et offrir aux oiseaux une abondante fructification. Tous peuvent se plaire jusqu'à une altitude comprise entre 1 400 et 2 000 m. La viorne obier porte, après une belle floraison, de petites baies rouges contenant une graine, consommées en priorité par la grive musicienne, qui en est friande, mais aussi par le merle. Le cornouiller sanguin offre ses petits fruits noirs à noyau aux oiseaux comme le merle, les grives et le rougegorge, qui en assurent la dispersion par l'intermédiaire de leurs fientes. Peu connu en général, l'amélanchier commun porte de petites baies noirâtres convenant aux oiseaux et aux petits mammifères.

Les deux dernières plantes sont celles qui supportent l'altitude la plus élevée. Le groseillier des Alpes, bien nommé, doit faire l'objet d'un mélange entre pieds mâles et pieds femelles si l'on veut que ces derniers portent des fruits - attractifs pour les petits passereaux comme le rougequeue noir, le rougegorge ou les fauvettes. Quant au rosier pimprenelle, aux tiges hérissées d'une multitude de petites épines, il donne des cynorrhodons rouge noirâtre gobés entiers par le merle ou la grive litorne, et dont la pulpe peut satisfaire les oiseaux granivores.

Où le sorbier est roi

Ce n'est pas sans raison qu'il a reçu le qualificatif de sorbier "des oiseleurs" ! Ce joli petit arbre, qui plaît tant par sa floraison profuse que par l'abondance de ses grappes de baies colorées, est un vrai restaurant à oiseaux. Parmi les clients attitrés : tous les "turdidés", c'est-à-dire le merle et ses cousines les grives, qui raffolent des petites billes rouge orangé. Le sorbier tolère la plaine mais il s'épanouit sur les collines et donne sa pleine mesure jusqu'à 2 000 m d'altitude... un hôte tout désigné du jardin montagnard, même de surface modeste, à qui l'on réservera une exposition ensoleillée.

Zoom sur le nourrissage

S'il est un jardin où le nourrissage hivernal trouve une justification, c'est bien le jardin montagnard. Il ne s'agit pas de "sauver les oiseaux" de la rigueur car, justement, le froid et l'enneigement touchant les régions d'altitude sont des paramètres connus des espèces qui acceptent d'y vivre. C'est plutôt que, dans ces conditions extrêmes, les oiseaux, qui savent profiter des bonnes occasions, font honneur aux mangeoires bien garnies et offrent à l'observateur de beaux spectacles. Un pic épeiche, une bande de grosbecs ou de tarins, voilà de quoi satisfaire l'œil !

Le jardin méditerranéen

Soleil, chaleur, rareté de l'eau : ce n'est pas la trilogie de Pagnol mais celle du jardin méditerranéen... Certains, au prix d'efforts financiers, parviennent à conserver un petit air de Normandie à leur lopin ensoleillé, avec fleurs et herbe verte. Du coup, le caractère typique du lieu tend à disparaître. Pourtant, la nature méridionale a bien des solutions satisfaisantes à proposer à qui sait la comprendre...

Quelques joyaux

Les jardins du Midi ont le privilège d'accueillir, parfois de manière seulement fugitive, quelques espèces particulièrement intéressantes. Parmi elles, la huppe fasciée, le guêpier, le loriot et le petit-duc scops. La huppe aime arpenter les espaces herbeux et le sol nu où elle traque les larves d'insectes qu'elle affectionne tout spécialement. Le guêpier ne s'observe guère qu'en vol, occupé à chasser les insectes ailés. Il arrive qu'il consente à se poser au sommet d'un arbre mort, laissant alors le loisir d'admirer la splendeur chamarrée de son plumage aux allures exotiques. Le loriot, lui, se livre à des incursions alimentaires, avec une évidente prédilection pour les fruits des mûriers blancs et noirs. Quant au petit-duc, il faut bien avouer que l'on en est souvent réduit à entendre sa voix flûtée une fois la nuit tombée.

De multiples possibilités

Ici sans doute plus encore qu'ailleurs on ne saurait trop recommander de se tourner vers les végétaux adaptés au climat et au sol. Nombreux sont ceux qui ne craignent pas le manque d'eau et affrontent avec succès les mois d'été. Les oiseaux les connaissent et savent en tirer parti, que ce soit pour se nourrir, se mettre à l'abri de la chaleur ou installer un nid. Le pin d'Alep, l'olivier, l'amandier ou le figuier sont des arbres résistants qui conviennent parfaitement.

S'y ajoutent le chêne vert (appelé "yeuse" dans le Midi), le chêne kermès avec ses petites feuilles rappelant celles du houx, le chêne pubescent, le mûrier ou encore l'érable de Montpellier. Tous ces arbres présentent des aspects positifs pour les oiseaux. Les geais se régalent de glands, les mésanges y trouvent des chenilles, la huppe ou le petit-duc recherchent les troncs creux où ils déposeront leur ponte, les fauvettes et les rougequeues profitent des mûres ou des figues (autant leur abandonner celles que l'on n'aurait de toutes façons pas pu atteindre...).

Les cistes, certaines bruyères hautes, les genévriers peuvent être retenus pour assurer la présence d'une strate de végétation basse ou moyenne. Il existe enfin diverses graminées, parfois de grande taille, qui, en dépit de leur aspect totalement sec en été, survivent à la saison chaude et procurent quantité de grains aux oiseaux comme les fringilles.

Cas particulier

Une spécificité du jardin méditerranéen est qu'il peut se situer dans une zone où le débroussaillage préventif est exigé par la loi en raison des risques d'incendie. Du coup, certains passereaux, comme les fauvettes mélanocéphales ou les rossignols, se trouvent privés des buissons et arbustes qu'ils apprécient pour chercher leur nourriture ou dissimuler leur nid. Les jardins visés par cette réglementation sont précisément les jardins "sauvages", ceux qui attirent le plus les oiseaux. Mais la loi est la loi, et les incendies constituent un risque bien réel...

Zoom sur l'abreuvement

Sans grande surprise, c'est dans le jardin méditerranéen que la présence d'un abreuvoir permet d'attirer le plus d'oiseaux. Les périodes estivales de très fortes chaleurs les amènent parfois à se rafraîchir en entrouvrant le bec pour mieux se ventiler. À l'apparition d'un tel comportement, il faut - si on ne l'a pas fait auparavant - mettre de l'eau à leur disposition. On assistera alors à un défilé d'espèces, au premier rang desquelles figurent celles à régime granivore plus ou moins marqué comme le chardonneret, les moineaux domestique et friquet, le serin cini ou le pinson des arbres, le bruant zizi, ainsi que le pigeon ramier et les tourterelles.

Un peu de géographie

Tous les jardiniers ne sont pas égaux devant la nature et les oiseaux. La localisation géographique de leur terrain peut, selon les cas, les favoriser ou les desservir. Il sera ici surtout question des espèces que leurs déplacements, notamment migratoires, amènent en des lieux où elles ne stationnent pas d'ordinaire.

Les bonnes régions

La présence des oiseaux dépend, on l'a vu, du climat et des conditions météorologiques. Elle est également soumise, à des degrés divers, aux impératifs liés à la géographie et au relief. Les migrateurs peuvent suivre les côtes, les vallées et chercher à passer par les cols plutôt que franchir les barrières montagneuses. Pour toutes ces raisons, des régions comme le piémont occidental des Pyrénées ou son homologue oriental, la vallée du Rhône, ou celles qui entaillent le Massif central, sont d'excellentes zones pour l'observation des migrations. Non seulement on peut espérer y voir des oiseaux en vol, mais on a également des chances que des migrateurs (petits passereaux, essentiellement) fassent halte au jardin à un moment ou à un autre.

Par ailleurs, l'attractivité qu'exercent des secteurs très favorables aux oiseaux, comme de grandes zones humides, entrent aussi en ligne de compte. Un jardin situé non loin de la Camargue, de la Brenne ou de la Dombes, est potentiellement mieux placé qu'un autre pour accueillir des oiseaux plus ou moins inattendus...

La nuit aussi...

Surtout si l'on a la chance de disposer d'un jardin bien situé par rapport aux axes migratoires, il vaut la peine de passer au moins une heure dehors en début de nuit, entre septembre et novembre, à condition que la nuit soit calme et claire. On prête alors l'oreille à ce qui se passe dans le ciel. De très nombreux migrateurs se déplaçant la nuit, on peut parfaitement entendre les cris soudains que poussent ces voyageurs au cours de leurs périples : le "tsic !" sec de la grive musicienne, le "siiiih..." aigu de la grive mauvis ou encore les "gan-gan-gan" répétés d'un vol d'oies. Et puis, ce peut être l'occasion d'intercepter l'appel de la hulotte ou celui de la chevêche.

Des préférences marquées

Jouir d'un jardin à distance raisonnable de la côte ne garantit pas qu'on y verra, même de passage en vol, un certain nombre d'espèces dont les exigences écologiques sont à ce point marquées qu'elles le cantonnent quasi strictement au littoral. l'huîtrier pie, par exemple, ou la sterne caugek, ou encore la bernache cravant (une petite oie de Sibérie venant passer l'hiver sur une partie des côtes françaises) ne se sentent à leur aise qu'au contact de la zone littorale : il leur faut en somme de l'eau sous les ailes ou le sable sous les pattes... Cela dit, les oiseaux réservent parfois des surprises, aussi faut-il toujours ouvrir l'œil et rester prêt à se laisser... surprendre !

Zoom sur les grues

Cette espèce est l'exemple parfait de l'inégalité des chances devant les oiseaux ! Pour espérer voir passer un vol de grues au-dessus de son jardin, il faut presque impérativement que celui-ci soit situé sur une diagonale passant entre le nord-est et le sud-ouest de la France. Ces grands échassiers ont en effet l'habitude de suivre un couloir de migration bien défini, dont les étapes principales sont la Champagne humide, le Berry et les Landes, avant le franchissement des Pyrénées. Plus on s'écarte de cet axe, plus les observations de grues deviennent aléatoires.

Bibliographie

Les oiseaux vous intéressent, pour en savoir plus :

Voir aussi