Paysages de l'Artois, de la Picardie et de la Flandre

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De la baie de Somme à la frontière belge, la côte du nord de la France offre des contrastes saisissants entre les falaises droites et verticales et d'immenses étendues vaseuses. Le hâble d'Ault, la baie de Somme, la baie de la Canche et l'estuaire de l'Authie, telles des encoches sur la côte, sont des sites naturels d'une grande richesse. Les eaux de mer, plus ou moins ; agitées par le reflux des marées, et l'eau douce des rivières s'y rencontrent, formant des vasières, des chenaux, des marais d'eau douce et d'eau saumâtre, des bancs de sable et des prés salés riches en nourriture pour de nombreux oiseaux.

La baie de Somme, surnommée la Camargue du Nord, et le parc ornithologique du Marquenterre accueillent plus de 300 espèces d'oiseaux venus de toute l'Europe, et la plus belle colonie de phoques veau marin de France y a élu domicile.

Les somptueuses falaises blanches du cap Blanc-Nez et du cap Gris-Nez, qui font partie du parc naturel régional du Nord-Pas-de-Calais, marquent la limite entre la Manche et la mer du Nord. Du haut de ces falaises crayeuses, d'où l'on domine la Côte d'Opale au sud et la Flandre maritime au nord, on peut facilement observer les oiseaux marins et les oiseaux migrateurs.

Tout au nord, la craie fait place au sable, et la côte est bordée par un chapelet de dunes mouvantes, dont les plus belles sont celles de la réserve naturelle de la dune Marchand.

À l'intérieur des terres apparaît un autre visage, plus verdoyant, de la Picardie : des rivières, comme l'Oise ou les Évoissons, serpentent au milieu des prairies humides, des cultures et des bois, et les profonds massifs forestiers d'Hirson et de Saint-Michel annoncent déjà les Ardennes.

Le hâble d'Ault et les falaises picardes

La côte picarde, entre Dieppe et la baie de Somme, est bordée de falaises impressionnantes par leur blancheur et par leur hauteur, qui peut atteindre 70 mètres à Mers-les-Bains.

À la base de ces falaises, de gros blocs de craie contrastent avec l'épais lit de galets. Ces galets de silex, appelés rognons, sont des grosses masses irrégulièrement arrondies, issues de la falaise. Le grand mur blanc de la falaise s'effrite et recule en effet de plusieurs centimètres chaque année sous l'effet conjugué de la mer et du gel à son sommet.

Un chemin serpente au sommet de la falaise, puis de Ault jusqu'à la jolie valleuse du bois de Cise, offrant de multiples panoramas et permettant d'observer les couples nicheurs de fulmars et de goélands argentés.

Au sud de Cayeux-sur-Mer, par la D 140, se trouve l'un des sites les plus étonnants de Picardie : le hâble d'Ault (de havre ou hajen, signifiant "port"), sorte de long étang sinueux encombré de roseaux. C'est en effet une ancienne lagune naturelle isolée de la mer par la prolongation du poulier de galets. Les sables ou les galets qu'apportent les cours d'eau sont entraînés par les courants littoraux, et vont "engraisser" les plages voisines. Si la côte offre un obstacle, une flèche se forme. Quand celle-ci s'établit en travers d'un estuaire ou d'une baie, on lui donne le nom picard de "poulier". Ce poulier tend à fermer la baie et à la transformer en lagune. L'eau y est douce, excepté dans quelques secteurs remplis d'eau saumâtre.

Le hâble est particulièrement intéressant en avril et en mai, car près de huit espèces de canards y nichent. C'est aussi la saison des parades des grèbes ; quant aux guifettes moustac et aux mouettes pygmée, elles font une halte sur le trajet de leur migration.

L'été, le hâble est le plus important site de mue pour le cygne tuberculé ; jusqu'à 200 individus se réfugient là le temps de changer de plumes. Un chemin carrossable, qu'il ne faut pas quitter, permet de faire le tour du hâble d'Ault sans déranger les oiseaux.

En hiver, à cause de la chasse, le stationnement des oiseaux est limité à la zone constituée en réserve ornitho-logique gérée par l'Office national de la chasse.

Le cordon de galets (qui s'étend sur 16 kilomètres depuis Ault jusqu'au poulier du Hourdel) est une véritable digue naturelle qui protège les bas champs des incursions de la mer. Cette zone de galets, à première vue stérile, surprend par la richesse de sa flore. On trouve notamment le chou marin, le pavot cornu ou le silène maritime. C'est aussi un lieu de nidification important pour les trois espèces de gravelots : le grand gravelot, le petit gravelot et le gravelot à collier interrompu, petits échassiers se nourrissant d'insectes, de larves, de vers et de crustacés.

La baie de Somme

Les ports du Hourdel, de Saint-Valery et du Crotoy sont comme les trois gardiens de la baie de Somme, véritable sanctuaire pour les oiseaux migrateurs. Longue de 15 kilomètres et large de 5 kilomètres, la baie de Somme est le plus vaste estuaire du nord de la France. Sur 7 000 hectares s'étendent les vasières, les chenaux, les bancs de sable, ainsi que les prés salés où poussent la spartine, la soude ou la salicorne. Au centre de l'estuaire, la Somme, qui a été en partie canalisée en 1830, serpente dans la vase avant de se perdre dans les flots marins.

Pour découvrir l'estuaire, on peut en faire le tour par la D 940 et la D 204, mais l'idéal est d'emprunter à pied les deux chemins d'accès à la baie, au départ du hameau du Bout-des-Crocs et du village de Saint-Quentin-en-Tour-mont, tous deux situés sur la D 204. On arrive là au cœur de la réserve naturelle, qui s'étend sur 3 000 hectares et longe le parc du Marquenterre, dont les digues, équipées de palissades, permettent de découvrir de nombreux oiseaux sans les déranger. Il est interdit de monter sur les digues, mais des postes d'observation ont été installés.

La baie de Somme est connue pour ses grands stationnements de limicoles migrateurs : pluviers argentés, courlis, huîtriers pie et bécasseaux. Mais près de 1 200 pilets et 15 000 tadornes de Belon viennent y passer l'hiver. Sur les bancs de sable, on peut observer les groupes de phoques veau marin et de phoques gris comme nulle part ailleurs en France.

Ce milieu remarquable, bercé par le mouvement perpétuel des marées et guetté par l'envasement, est aussi un grand site de frai et d'élevage pour de multiples espèces de poissons et pour la crevette grise, ainsi que pour l'exploitation des coques (les hénons, en picard) et pour la mytiliculture (production de moules de bouchot).

La baie est dangereuse, ne vous aventurez jamais sans connaître l'heure des marées et prévoyez de revenir sur la plage trois heures avant la marée haute. Ne dérangez pas les rassemblements d'oiseaux à marée haute.

La chasse au gibier d'eau est très développée et se pratique à l'affût dans des huttes, dans la partie sud de l'estuaire. On peut même en voir certaines flotter à marée haute.

Le parc ornithologique du Marquenterre

Le parc du Marquenterre se trouve près du village de Rue, au nord de la baie de Somme. On y accède par la D 4, en direction de Saint-Quentin-en-Tourmont.

Le Marquenterre, dont le nom signifie "mer qui entre en terre", a été façonné par les hommes. En 1099, les premières digues et les premiers polders furent édifiés par les moines dans la région comprise entre l'estuaire de la Somme et celui de l'Authie. Ce pays de dunes et de vastes marais s'enrichit de prairies et de bocages. En 1960, Michel Jean-son, ingénieur agronome, passionné d'oiseaux et bagueur du Muséum national d'histoire naturelle, transforme en polders près de 200 hectares, au nord de la baie de Somme, pour la culture des jacinthes et des tulipes. En 1970, le Marché commun fait subir à ces cultures la concurrence hollandaise et les nouvelles terres sont abandonnées. Michel Jeanson transforme alors le site en parc ornithologique. Né en 1973, ce parc, qui appartient au Conservatoire du littoral, va grandir au fil de sa gestion écologique et économique, jusqu'à devenir le premier site ornithologique de France.

Ces milieux d'une grande diversité (marais d'eau douce et d'eau saumâtre, roselières, aulnaies, prairies, dunes, etc.) accueillent plus de 320 espèces d'oiseaux migrateurs. Le parc est surtout connu aujourd'hui pour ses grands stationnements de limicoles à marée haute (jusqu'à 15 000 huîtriers pie), les grandes troupes de spatules en été, la colonie nicheuse d'avocettes, la héronnière, les couples nicheurs de cigognes blanches et d'oies cendrées. Mais il est également intéressant en été pour sa flore (380 espèces), et abrite des mammifères (renard, putois, chevreuil, sanglier...), 27 espèces de libellules et de nombreux papillons diurnes et nocturnes.

Un sentier de 7,5 kilomètres avec quatorze postes d'observation permet de découvrir facilement ces espèces tout au long de l'année. Des animateurs nature sont à la disposition des promeneurs pour faire partager leur passion de la vie sauvage. Sur réservation, les groupes d'adultes ou de scolaires sont accueillis pour une visite guidée ou un séjour.

Le phoque veau marin

La baie de Somme abrite la plus importante colonie française de phoques veau marin. Avec 37 individus (en 1996) et trois ou quatre naissances chaque année, le groupe, auquel se mêlent parfois quelques phoques gris, s'agrandit régulièrement. La colonie fut toujours présente en ce lieu, et, jusqu'au XIXème siècle, plusieurs dizaines d'individus étaient tués chaque année lors de parties de chasse.

Les femelles mettent bas sur des bancs de sable durant la saison estivale. Les animaux doivent alors bénéficier d'une totale tranquillité. Bateaux de plaisance et photographes ne doivent pas s'approcher des reposoirs, au risque de faire échouer les naissances, de perturber les allaitements ou les repos, ou de séparer le petit de la mère. Vous pouvez observer les veaux marins sans les déranger depuis le quai Jeanne-d'Arc à Saint-Valery, ou depuis le blockhaus de Cayeux. Depuis le poste d'observation du parc ornithologique du Marquenterre, des animateurs vous aideront à les repérer à l'aide d'une longue-vue. L'association locale Picardie Nature organise une surveillance régulière de la colonie pour éviter tout dérangement de l'espèce, particulièrement en été.

L'estuaire de la Canche

Entre Le Touquet et Étaples, deux villes situées de part et d'autre de la rivière côtière, l'estuaire de la Canche, qui s'étend sur 8 kilomètres, est en perpétuel mouvement. Les vasières et les bancs de sable sont en effet régulièrement inondés, tandis que les prés salés et les dunes, un peu en retrait, sont plus ou moins modifiés par les fortes marées ou le vent. L'estuaire lui-même se déplace constamment vers le nord sous l'effet de l'avancée de la pointe du Touquet, que les courants marins et le vent alimentent en sable.

Pour préserver le milieu, la réserve naturelle de la baie de la Canche a été créée en 1987 sur la rive nord de l'estuaire, le long de la D 940, entre Étaples et Camiers. Elle couvre 500 hectares, et elle est constituée de vasières, de bancs de sable, de dunes, de pelouses et de plantations de pins. La végétation y est très riche : la slikke, partie basse des vasières, est plantée de salicorne, d'obione, d'armérie maritime et de nombreuses autres plantes typiques des milieux marins.

En arrière des dunes, bien protégées, des mares d'eau douce, des zones marécageuses et des roselières se sont développées et accueillent des dizaines d'espèces de libellules, de papillons, et des poissons comme l'anguille et la truite. L'estuaire joue, de plus, un rôle économique très important pour la pêche en mer, puisqu'il produit chaque année des tonnes de petits invertébrés qui, comme les crevettes grises, servent à nourrir un grand nombre de poissons péchés au large.

Parmi les oiseaux présents sur la réserve, il faut citer : l'engoulevent d'Europe, dont plusieurs couples nichent ici, et le rossignol, dont le chant nocturne répond au chant de l'alyte (le petit crapaud accoucheur) et aux coassements incessants de la rainette verte.

Quelques mammifères intéressants ont été observés, dont le chevreuil, le putois, et surtout le phoque veau marin qui apprécie beaucoup les baies préservées, comme celle de la Somme à quelques kilomètres au sud.

Le cap Gris-Nez et le cap Blanc-Nez

Le cap Gris-Nez et le cap Blanc-Nez sont tous deux situés dans le département du Pas-de-Calais entre Boulogne-sur-Mer au sud et Calais au nord. Pour y parvenir, il suffit de suivre la D 940 qui relie ces deux villes. Pour arriver au cap Gris-Nez, il faut remonter au nord de Boulogne-sur-Mer par la D 940 sur une vingtaine de kilomètres, puis prendre la D 191 en direction du phare, où l'on peut se garer et observer la nature du haut de la falaise. Le cap Blanc-Nez, le plus au nord, est accessible depuis le village d'Escalles, à 7 kilomètres au sud de Calais.

La situation du cap Gris-Nez est exceptionnelle. La côte, qui remontait jusque-là selon un axe sud-nord, tourne brusquement pour prendre la direction nord-est. Le cap est à une avancée où se mêlent les eaux de la Manche et de la mer du Nord. Nous sommes là au point le plus proche de la Grande-Bretagne, qui se trouve seulement à 28 kilomètres.

Entre les deux caps, distants d'une douzaine de kilomètres, s'épanche une large plage de sable fin : la baie de Wissant. Le paysage est somptueux, avec ses falaises de calcaire et de craie hautes de plus de cent mètres et longues de plusieurs kilomètres.

Contrairement à ce qu'une rapide observation pourrait laisser croire, ce ne sont pas les tempêtes et les vagues qui érodent la falaise par la base, mais les eaux d'infiltration et le gel. En remplissant les fissures de la roche, ils la font éclater, ce qui provoque l'éboulement de pans entiers dé parois dont les débris s'entassent au pied de la falaise.

Malgré la longueur et la hauteur des falaises, ce n'est pas en tant que sites de nidification que les caps sont réputés, mais en tant que lieux d'observation pour le passage d'oiseaux migrateurs. La Ligue de protection des oiseaux (LPO), dans son guide intitulé Où voir les oiseaux en France ?, considère cet endroit comme "le meilleur site migratoire de la France septentrionale et l'un des meilleurs d'Europe". On observe en effet ici des oiseaux de mer (plongeons, eiders à duvet, petits pingouins, guillemots), des oiseaux de rivage (huîtriers pie, barges, tadornes de Belon, spatules), mais aussi des oiseaux des bocages et des marais (hiboux des marais, bruants des neiges, bergeronnettes printanières, etc.). Enfin, on peut observer au cap Blanc-Nez une belle colonie de fulmars et de goélands argentés.

Le parc naturel régional du Nord-Pas-de-Calais

Le parc naturel régional du Nord-Pas-de-Calais, créé en 1986, couvre 143 000 hectares. Il est divisé en trois grands sites. Premièrement, le Boulonnais, autour de Boulogne-sur-Mer, qui comprend notamment la Côte d'Opale et le site des deux caps, Blanc-Nez et Gris-Nez : deuxièmement, l'Audomarois, quadrillé de canaux autour de la rivière Aa et du marais de Saint-Omer ; et troisièmement, la plaine de la Scarpe et de l'Escaut composée de forêts et d'étangs contrastant avec les terrils tout proches. Ce dernier secteur recouvre l'ancien parc de Saint-Amand-Raismes qui, en 1968, a été le premier parc naturel régional de France.

La vallée des Évoissons

Si la vallée des Evoissons n'a pas la renommée ni le prestige des grandes vallées de la Somme ou de l'Authie, son charme et son intérêt écologique n'en sont pas moins indéniables. Située entre les petites villes de Poix-de-Picardie et de Conty, la rivière des Évoissons s'écoule au milieu des prairies, des bois de peupliers et des champs. On peut suivre cette jolie rivière, dont le nom signifie "libellules" en picard, par la D 920, à 28 kilomètres au sud d'Amiens.

Au fil des années, des carrières ont certes bouleversé le paysage, mais aujourd'hui, certaines d'entre elles, comme celles de Bergicourt ou de Famechon, sont devenues des lieux appréciés des oiseaux d'eau.

Le versant nord de la vallée est occupé par des terres agricoles dont émerge le plus grand massif forestier du secteur : le bois de Frémontiers, qui s'étend sur 240 hectares. Il est accessible au public et abrite une importante population de chevreuils et plusieurs rapaces nicheurs comme la buse variable, la bondrée apivore, le hibou moyen duc ou le busard Saint-Martin, qui niche dans les terrains découverts où les arbres ont été fraîchement coupés.

Le versant sud est constitué de nombreux bois et bosquets privés, ainsi que de remarquables coteaux calcaires (les "larris" en picard) sur lesquels pousse une flore caractéristique : néottie nid-d'oiseau, ophrys abeille, anémone pulsatille. Les coteaux les plus intéressants se trouvent à Guizancourt ou Uzenneville.

La vallée des Évoissons et ses plans d'eau permettent d'observer, notamment au printemps, de nombreux oiseaux d'eau comme le grèbe castagneux, le martin-pêcheur, le grèbe huppé, la bergeronnette printanière et la bergeronnette des ruisseaux. Les secteurs de bocage de Blangy-sous-Poix ou de Contre sont, quant à eux, un paradis pour les passereaux. Les naturalistes locaux ont aussi recensé ici depuis 25 ans plus de 190 espèces d'oiseaux, de nombreux batraciens menacés, tels le crapaud calamité ou le pélodyte ponctué, et 41 espèces de mammifères.

Des petits campings et des gîtes ruraux permettent de passer un agréable séjour dans cette vallée accueillante aux richesses écologiques insoupçonnées.

La vallée de l'Oise

À cheval sur les départements de l'Aisne et de l'Oise, la vallée de l'Oise constitue un milieu unique en Picardie. Elle est extrêmement intéressante entre Vendeuil (Aisne) et Thourotte (Oise), le long de la N 32. La rivière, libre de son cours, serpente au milieu de terres agricoles et de prairies de fauche comme un joyau dont l'écrin serait le canal de Saint-Quentin et les forêts d'Ourscamps et de Saint-Gobain.

La terre agricole subit ici les caprices de la nature. L'Oise sort de son lit chaque année, de l'automne au début du printemps, pour inonder le fond de la vallée, voué aux grasses prairies de fauche pour le fourrage des bovins.

Ce type de paysage rural, pourtant façonné par l'homme au fil des ans, est un dernier refuge pour nombre d'espèces en Picardie. Dans les prairies humides, où paissent les bêtes, poussent la pulicaire vulgaire et la véronique en épis.

Ce secteur abrite également la seule population importante de râles des genêts du nord de la France. Le courlis cendré, la bécassine des marais et le tarier des prés apprécient aussi ces lieux naturels où se mêlent la terre et l'eau. A l'automne, les vastes plans d'eau éphémères formés par le débordement de la rivière accueillent quelques groupes de grues cendrées, de canards et d'oies cendrées, ainsi que de vastes troupes de vanneaux huppés. Les zones inondables sont aussi favorables au frai du brochet.

Afin de maintenir les pratiques agricoles traditionnelles, le Conservatoire des sites de Picardie a acquis ou loué des prairies et mis en place un programme européen d'action de préservation (projet Life). Mais la préservation de ces paysages ne pourra pas se faire sans la coopération des principaux acteurs concernés que sont les agriculteurs.

La réserve naturelle de la dune Marchand

La réserve naturelle de la dune Marchand se trouve dans le département du Nord, sur les communes de Zuydcoote et de Bray-Dunes, tout près de la frontière belge. Créée en 1974, elle couvre environ 80 hectares de dunes mouvantes ou fixées par des buissons d'argousiers et des boisements. La flore y est extrêmement intéressante, car le vent, qui transporte le sable, creuse des dépressions dont le fond est humide. La nappe d'eau souterraine n'est effectivement pas loin.

Les graines transportées par le vent trouvent là un environnement varié, à la fois sablonneux, venteux et sec, ou humide et bien protégé. La réserve abrite notamment la parnassie des marais, l'épipactis des marais, et, bien sûr, l'oyat, appelé également roseau des sables, qui est une graminée utilisée pour la fixation des dunes. Le busard Saint-Martin ne fait qu'y stationner en hiver, tandis que le tarier pâtre y niche. D'autres dunes du département du Nord sont classées et complètent ainsi ce dispositif de protection des milieux fragiles. Ce sont par exemple, de part et d'autre de la dune Marchand, la dune Dewulf (47 hectares) et la dune du Perroquet (250 hectares).

Les forêts d'Hirson et de Saint-Michel

Situées à l'extrême nord-est du département de l'Aisne, dans la région de la Thiérache, les forêts d'Hirson et de Saint-Michel, prolongées par les vastes massifs forestiers de Fourmies et de Trélon au nord, s'adossent aux derniers contreforts des Ardennes. On peut y accéder en suivant, depuis Hirson, la D 1050 en direction de Chimay.

Le chêne pédonculé, le hêtre et le charme sont les essences dominantes sur près de 4 000 hectares de forêts domaniales et 1 800 hectares de forêts privées (Hirson). Curieusement, la forêt, qui était exploitée pour le bois et la chasse depuis le haut Moyen Âge par les moines de l'abbaye de Saint-Michel, ne présente pas de grands et vieux arbres. Deux raisons expliquent cela. D'une part, les lieux furent surtout exploités en taillis et en futaie pour alimenter les fonderies en bois de chauffage. D'autre part, durant la Seconde Guerre mondiale, l'occupant exploita systématiquement ces forêts en coupe à blanc. L'ONF reboisa ces massifs principalement avec des feuillus (merisiers, frênes...), mais des épicéas, espèce artificielle ici, ont malheureusement été introduits en nombre.

La forêt est entaillée par de nombreuses petites vallées encaissées où serpentent en cascades rus et rivières aux noms poétiques tels le Grand Rio, le Gland des Bois ou la Wartoise, et où s'épanchent des étangs comme le Pas-Bayard. Au détour d'une cascade, vous surprendrez peut-être le cincle plongeur, ou merle d'eau, en train de nager sous l'eau à la recherche des larves d'insectes aquatiques. Cet oiseau discret et farouche niche dans la forêt depuis 1981, mais sa population n'excède pas une douzaine de couples, et il faut éviter de le déranger, notamment aux abords de son nid.

La forêt abrite aussi un hôte de marque particulièrement discret, le chat sauvage, que l'on peut parfois observer le soir chassant les mulots dans les prairies en lisière. Chevreuils, sangliers, blaireaux et martres sont aussi présents.

Nous vous proposons enfin une idée de promenade : l'axe vert, une ancienne voie ferrée désaffectée transformée en sentier de randonnée qui serpente le long de l'Oise et dont les gares ont été aménagées en gîtes. C'est une manière originale de découvrir le bocage de Thiérache !